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Publié par Saoudi Abdelaziz

La situation est devenue insupportable.

 

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DR. Manifestation à Al-Khalil, le 4 septembre - Des manifestants palestiniens brûlent Salam Fayyad en effigie

 

 

 

Des manifestations se déroulent depuis plusieurs jours dans les villes de Cisjordanie déclenchées par l’augmentation des prix de l’essence. « Dégage », tel a été le message adressé au Premier ministre de l’Autorité palestinienne, Salam Fayyad, accusé de corruption et de mener une politique néfaste pour les pauvres. Mahmoud Abbas semble avoir trouvé le bouc émissaire : il n’a pas eu de paroles de soutien à l’égard de Salam Fayyad et a jugé les revendications des manifestants « justes et pertinentes ». « Le printemps palestinien a commencé », a-t-il déclaré.

Un reportage à Ramallah de Fadi Abu Saada pour Info-palestine.net

 

 

 

 

 

Manifestations en Cisjordanie : une économie sous occupation et qui vacille

 

 

Par Fadi Abu Saada, 8 septembre 2012

 

 

Ramallah - Sept heures du matin, c’est le début de l’heure de pointe sur les principales routes des villes palestiniennes. Les étudiants se rendent à leur université et d’autres vont à leur travail. Mais hier n’était pas un jour comme les autres. Un grand nombre de camions et de taxis bloquaient les carrefours sur les routes reliant les villes de Cisjordanie.

 

Le Syndicat des travailleurs des transports en Cisjordanie a entamé une grève totale de 7 heures à 9 heures, poursuivant une grève partielle pour le reste de la journée.

Les chauffeurs de taxi, de bus, et de camions protestaient ainsi contre la flambée des coûts du carburant, qui a conduit à la hausse des prix des principaux produits alimentaires.

La grève a provoqué des embouteillages monstres à l’heure de pointe le matin, des centaines de milliers d’étudiants et d’employés subissant des retards.

Les conducteurs en grève ont promis de répéter la grève lundi prochain - pour une journée entière et dans toute la Cisjordanie - si le gouvernement de Salam Fayyad ne prenait pas en compte leurs demandes d’une baisse des prix du carburant en les ramenant à qu’ils étaient avant la dernière augmentation.

 

Al-Akhbar a interrogé plusieurs habitants et des militants en Cisjordanie à propos de cette mobilisation populaire contre la flambée des prix.

« Je crois que les gens ont le droit d’exprimer leurs opinions de manière pacifique. La situation est devenue insupportable », a déclaré Ahmad al-Barghouti. La classe politique est en pleine confusion et « il ne semble pas y avoir de lumière au bout du tunnel. Il y a une rupture dans la situation sociale dans toutes les directions et dans chaque famille », a-t-il poursuivi.

 

« Par où commencer ? Il y a le chômage, l’inflation, la pauvreté, le clientélisme et les traitements préférentiels, sans parler de l’occupation et des violences quotidiennes des colons [juifs]. Ensuite, il y a un gouvernement extrémiste de droite [en Israël] et un mur qui étouffe le peuple », a-t-il expliqué. Barghouti dit aussi être persuadé que ces conditions « mèneront la rue à exploser, que ce soit contre les prix trop élevés ou pour une troisième Intifada contre l’occupation. Cela pourrait constituer une liste de revendications populaires menant à une véritable révolution pour renverser l’Autorité [palestinienne]. »

 

Sami Awad de Ramallah, dit de son côté qu’il voit « un fossé qui se creuse entre le peuple et l’Autorité palestinienne. Les gens ne se sentent pas partie prenante de l’Autorité, et l’Autorité ne représentent pas les souhaits et les aspirations du peuple. »

Il explique que « l’absence d’élections, d’un véritable processus démocratique, d’unité et d’une vision commune pour l’avenir sont une partie du problème. »

 

« Je soutiens le droit du peuple à manifester pacifiquement pour ses revendications. Je suis en faveur de cette mobilisation, et pas seulement parce que je veux critiquer et me plaindre, mais pour y participer politiquement. Il est de notre responsabilité de répondre à ces défis, afin de créer un avenir meilleur. Nous devons cesser de traiter les symptômes et nous pencher sur la véritable raison de la crise économique, » développe-t-il.

 

À Jérusalem occupée, Roline Tafakji a déclaré à Al-Akhbar que « les exigences de renverser Salam Fayyad sont irresponsables. Ceux qui connaissent les accords signés par l’Autorité palestinienne savent que Fayyad n’était pas impliqué. Il sert simplement de bouc émissaire avant les élections locales. » « Le scénario est le suivant. Fayyad sera renversé et les injustices de l’accord économique de Paris [signé en 1994 et visant à coordonner les relations économiques avec Israël] lui seront mises sur le dos. Ensuite, des politiciens commenceront la promotion d’idées incompréhensibles et gagneront les élections locales », a-t-elle dit. « Je préfère que nous appelions à l’abrogation de l’Accord économique de Paris, au lieu de brûler des photos de Fayyad et d’appeler à son renversement ou à la démission de son gouvernement, » a-t-elle recommandé.

 

Rami Deaibes de Jénine estime que « manifester est un droit légitime. C’est un moyen de contester les prix exorbitants par rapport au revenu... La situation aujourd’hui est que la plupart des citoyens sont otages de leurs salaires et des prêts bancaires. Ils vivent sous de fortes pressions économiques et ont du mal à subvenir à leurs besoins. »

 

Akram al-Natsheh d’Hébron a été plus direct. « La dernière hausse des prix a fait déborder le vase. Les Palestiniens vivent dans un état de pauvreté et de chômage depuis trop longtemps », dit-il. Il a expliqué que « aucune des promesses n’a été remplie, et rien n’a été obtenu, sauf de nouvelles taxes et des frais exorbitants perçus par l’Autorité palestinienne sur les transactions. Au cours des dernières années, ces augmentations accumulées ont fini par amener aux bouleversements d’aujourd’hui. »

 

Natsheh estime que les manifestations sont chaque jour de plus en plus populaires. Elles vont en effet se développer, à moins que l’Autorité palestinienne prenne des mesures immédiates.

 

Bien que les manifestations tournent autour des questions économiques, Natsheh fait valoir qu’elles révèlent un ressentiment sous-jacent sur l’ensemble des réalisations du gouvernement palestinien.

 

8 septembre 2012, info-palestine.net

 

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