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Publié par Saoudi Abdelaziz

Présentant la trentaine de films retenus par les organisateurs officiels du  Cinquantenaire, O. Hind écrit dans l’Expression d’aujourd’hui : « Des films et des sujets pertinents. Reste à savoir s'ils seront réceptionnés à temps. Et surtout, gageons qu'ils ne ressembleront pas aux gâchis de «Tlemcen, capitale de la culture islamique». Des films poubelles qui, aussitôt faits» ont été aussitôt remis aux tiroirs sans aucune perspective cinématographique déterminée... »

 

Pourquoi n'a-t-on pas projeté Zabana!?

 

Par O. Hind

 

 

Onze films de fiction et 20 documentaires ont été retenus par le comité de lecture chargé de l'appréciabilité des projets et la qualité des scénarios dans le cadre du Cinquantenaire.

Imad Benchenni alias Ahmed Zabana 

Imad Benchenni alias Ahmed Zabana

 

33 films donc, dont les unités chargées du suivi sont le Centre national du cinéma et de l'audiovisuel (Cnca) et l'Agence algérienne du rayonnement culturel. Depuis quelques jours la liste de ces films est visible sur le site Web du ministère de la Culture. Parallèlement, certains réalisateurs et producteurs s'étaient élevés depuis pour crier leur mécontentement accusant la ministre de la Culture de favoritisme. Une lettre fantoche qui est tombée aujourd'hui dans les oubliettes. Qui sont ces gens? Et pourquoi ne se sont -ils pas adressés ouvertement à la presse? La ministre de la Culture, elle ne s'est pas fait prier, en répondant avec virulence à ces gens par voie de presse lors d'une conférence axée sur les grandes lignes du programme des festivités du Cinquantenaire organisé par son département. Bien qu'elle ait reçu des plaintes, selon elle, pour revoir justement cette liste, la ministre dira faire entièrement confiance à cette commission jugée d'après elle de «souveraine» et de dire: «C'est elle qui s'est occupée de l'appréciation des projets et la qualité du scénario, en son âme et conscience. Pour déposer un projet, il faut que cela soit une boîte de production. Seuls, on ne peut pas. Vous le savez très bien. Sur 150 projets, la commission en a sélectionné 31.

Y a-t-il eu censure? Jamais! Il y a eu des rejets de projets par une commission souveraine! Au-delà de cette petite cagnotte qu'on a pu avoir pour le Cinquantenaire, il y a la commission du Fdatic à qui on peut s'adresser....»

C'est donc dans ce climat morose, qui sent le roussi, marqué aussi par le dégoût de certains réalisateurs qui dénoncent le «non-professionnalisme d'un certain membre de ladite commission érigé en juge et juré en même temps» que vont se tourner ces films dont on peut citer notamment La Ligne Morice ou les Jardins de l'Enfer, un long-métrage documentaire, produit par Malek Ali-Yahia (MDCiné), Saïd Ould Khelifa. Il s'agit nous apprendra son réalisateur, «d'une enquête menée à travers le regard d'un enfant qui a été témoin de l'implantation de ce barrage électrifié et puis de l'arrivée en Tunisie d'une partie des 300 000 réfugiés algériens poussés vers l'exil, en direction de la Tunisie et du Maroc, par l'armée coloniale française». Cette enquête, nous indique-t-on, sera illustrée par des images de synthèse et des documents d'archives (en provenance de banques de données algériennes, françaises, allemandes et serbes), étayée par une série d'entretiens avec des historiens spécialistes de l'histoire du fil de fer barbelé (utilisé pour la première fois pour isoler les Indiens d'Amérique lors de la conquête de l'Ouest), des psychanalystes qui donneront leur point de vue sur la mentalité du «Mur» depuis l'Antiquité, en passant par le Mur de Berlin et celui érigé par Israël autour des Territoires palestiniens. Ont été aussi recensés d'anciens responsables militaires français qui ont surveillé la construction de cette ligne Morice. Côté algérien, des rescapés de l'ALN, des grandes batailles autour de cette ligne Morice, ainsi que des officiers de l'ANP qui se chargent du déminage depuis l'Indépendance à ce jour, De ces deux barrages électrifiés (ligne Challe du côté du Maroc, et la ligne Morice, côté tunisien). Voici donc un nouveau projet qui succède au film Zabana! et que d'aucuns ne pensaient voir en avant-première mondiale lors de la célébration du 5 Juillet dernier. On aurait parié dessus. Peine perdue.

 

 

 

 

 

Zabana! l'oublié des festivités

 

Si beaucoup a été dit sur la politique cannoise qui a prétendument écarté ce film en l'éliminant, a-t-on dit, injustement au détriment d'un autre (Le Repenti de Merzak Allouache) l'on comprendra difficilement les raisons cette fois-ci «nationales» qui ont conduit à cet oubli regrettable, et de commettre ainsi cet terrible affront, «Pourquoi ce film n'a pas été projeté dans nos rares salles de cinéma?» s'est-on demandé.

Un film qui évoque pourtant le premier guillotiné d'Algérie durant la guerre de Libération. Un film dont il a été dit beaucoup de bien par ceux qui ont eu la chance de le voir. Encore un lèse-majesté à notre culture en jachère.

 

C'est la culture officielle qui a bien sûr primé cette semaine en présentant un spectacle libanais à la gloire de notre cher Président. Mais un film de cette envergure aurait été aussi important, une manière de montrer que le cinéma, art que la ministre Khalida Toumi prétend défendre bec et ongles jusqu' à s'arracher les cheveux. Il aurait été bon ainsi de présenter ce film à l'occasion de la célébration de notre anniversaire et de prouver son intérêt efficient pour la relance du cinéma en Algérie. Mais que nenni, notre cinéma national, encore une fois s'est retrouvé victime d'un je-ne-sais quoi de mépris.

 

Si d'ores et déjà Dubaï l'a sélectionné, et suivront trois ou quatre festivals bientôt, l'on ne comprend pas du tout ce silence autour du film Zabana principalement dans ce contexte bien particulier, même si sa sortie commerciale est programmée pour la rentrée dans toutes les grandes villes du pays et une circulation en cinébus dans les zones reculées, les casernes, les prisons et les cités U. Aussi, nous signale t-on, un vendeur international, avec le soutien de l'Aarc, a commencé dès le lendemain de Cannes à le placer dans les grands marchés du film (en Amérique du Nord et en Asie) qui se tiendront de septembre à mars prochains. Des chaînes TV ont aussi manifesté leur intérêt. L'Algérie a tout de même raté l'occasion de fêter son Cinquantenaire sur grand écran! Autres films retenus par ailleurs par la commission du Cinquantenaire on retiendra Opération Maillot, du nom du martyr de la cause algérienne Henri Maillot par l'auteur de Morituri, Okacha Touita.


Les martyrs à l'honneur

 

Ce long métrage fiction est produit par Laïth Média. Son tournage devrait intervenir entre juillet 2012 et juillet 2013. Le scénario du film,co-écrit par le réalisateur et la scénariste française Nadia Chara, a été retenu par la commission de lecture, présidée par le cinéaste Moussa Haddad. Autre figure emblématique de notre histoire, est Fatma Nsoumer que compte incarner à l'écran Belkacem Hadjadj dans son long métrage Le Burnous embrasé. Aux dernières nouvelles, le réalisateur et son acolyte Marcel Beaulieu cherchent une actrice d'origine maghrébine âgée de 20 à 24 ans (ayant des notions ou parlant le kabyle ou l'arabe, pour le rôle principal de ce film historique qui sera tourné en kabyle en fin d'année 2012). Aussi, Salim Aggar s'attelle actuellement à la préparation du tournage de son film La Caméra et le fusil. Ce documentaire de 70 minutes a pour thème la guerre de Libération au cinéma.

 

 

«Pendant plus de 50 ans, le thème est resté le sujet le plus important dans la filmographie du cinéma algérien. Un thème qui a été également traité d'une manière différente de l'autre côté de la mer en France. Plus de 150 films côté français et 89 côté algérien, qui ont une relation directe ou indirecte avec la Guerre d'Algérie ont été réalisés dans ce contexte. Des cinéastes algériens et français évoqueront, dans le cadre de ce documentaire, leur vision et leur opinion sur cette guerre qui n'a pas encore dit son dernier mot. Tous ont fait des films sur la Guerre d'Algérie entre 1967 et 2010. Débats, rencontres et surtout avis partagés sur une guerre qui n'a pas encore pansé ses plaies. Le documentaire décrypte en images et en interviews, avec des cinéastes confirmés, des auteurs et surtout des historiens et des critiques, ces films qui restent comme les plus importants témoins d'une guerre de Libération dans un pays du Sud. Plus de 50 films importants sont décryptés et analysés dans une filmographie de 40 ans, plus de 25 mn de séquences et de photos inédites de tournage et d'archives», nous a confié l'auteur de Ça tourne, il à Alger. Des films et des sujets pertinents. Reste à savoir s'ils seront réceptionnés à temps. Et surtout, gageons qu'ils ne ressembleront pas aux gâchis de «Tlemcen, capitale de la culture islamique». Des films poubelles qui, aussitôt faits» ont été aussitôt remis aux tiroirs sans aucune perspective cinématographique déterminée...

 

 

O. Hind, 9 juillet 2012.  L’Expression

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