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Publié par Saoudi Abdelaziz

Ecole de Duquesne en 1956. Dans la cour, les trois grandes tentes  dans lesquelles logeaient les soldats français. Photo DR

Ecole de Duquesne en 1956. Dans la cour, les trois grandes tentes dans lesquelles logeaient les soldats français. Photo DR

Cela s'est passé le 10 juin 1957. Sept habitants de Kaous ont été fusillés le dos au mur. Les Français appelaient depuis la fin du 19è siècle ce village "Duquesne" du nom d'un amiral français qui avait participé à l'échec lamentable de l'invasion de Jijel ordonnée en 1664 par Louis XIV.

Le regretté Mokhtar Zine avait recueilli dans l'hebdomadaire local, aujourd'hui disparu, les témoignages sur les circonstances de ce massacre. 

Par Mokhtar Zine, 5 septembre 2001. Jijel Infos

 Da Cherif Bensaïdi comme l’appellent les gens de Kaous nous en parle.

"Nous étions locataires du verger de Montmomej, le garde-champêtre. C’était le moment de la cueillette des poires. Je me rendais à cette tâche et une fois dans le jardin, j’entends un coup de feu. Je suis sorti en courant, en enjambant le corps de ce garde-champêtre. C’est là que j’ai compris que la personne que j’ai rencontré devant la maison du garde était le moussebel chargé de l’éliminer. J’ai couru à Duquesne pour m’approvisionner en cigarettes car nous allons tous être arrêtés. Ce moussebel était habillé en bleu.

La famille du garde avait donné ce signalement et ordre a été donné pour ramener toutes les personnes habillées en bleu. Elles étaient alignées alors contre le mur où a eu lieu l’attentat. Il y avait une trentaine de personnes en joue, pour le moins, lorsque les soldats ont tiré. S’il n’y a eu que sept morts, c’est parce que certains ont sauté par-dessus le mur, d’autres se sont jetés à plat ventre. Certains militaires aussi, parmi les appelés, n’avaient pas joué le jeu.

Le capitaine en furie ordonna que tous les survivants reprennent leur place contre le mur. Un gendarme, adjudant-chef, arrive et ordonne l’arrêt immédiat de la tuerie, tout en criant : « Capitaine, vous avez terni l’image de la France ».

 Rachid B., retraité, évoque une autre figure de Kaous qui a survécu au massacre :

« Abdesslam Bouzenoun avait sauté par-dessus le mur. Une balle lui avait perforé les boyaux. Il s’est refugié à quelques kilomètres du village, dans l’oued Mencha, au lieu-dit Drida, dans une meule de foin. Le lendemains, les travailleurs de la ferme Morinaud, aujourd’hui ferme pilote Adouane-Ali, l’ont découvert. Ce n’était pas un inconnu pour eux et pour le colon. Le nécessaire a été fait pour l’évacuer à l’hôpital et lui raccommoder son intestin. Il prendra par la suite le maquis et survivra longtemps après. Il deviendra le respecté garde-champêtre du village ».

 Mokhtar Zine, 5 septembre 2001. Jijel-infos n°8

 Liste des fusillés du 10 juin 1957, à Kaous

Derbal Saïd, 32 ans

Hafsi Mohamed, 51 ans

Kaoula El-Hocine, 21 ans

Kaoula Allaoua, 23 ans

Ribouh Amar, 19 ans

Soutou Mohamed, 51 ans

Yousfi Mohamed, 45 ans

 

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