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Publié par Saoudi Abdelaziz

Le siège de la CIA à Langley aux Etats-Unis.
Le siège de la CIA à Langley aux Etats-Unis. Photo DR

Dans un article intitulée, « ils voient la CIA partout, sauf là où elle est », je commentais en février 2012, les « révélations » de Mme Louisa Hanoune, accusant alors les associations SOS disparus, et la LADDH, d’être manipulées par la CIA. Un an après, elle fait de nouvelles révélations accusant cette fois-ci Ennahda d’organiser  en Tunisie "des stages de formation" de groupes djihadistes chargés de « déstabiliser » notre pays. Ces sornettes semble fabriquées à l’usage des parents algériens « pour qu’ils ne laissent pas leurs enfants sortir dans les rues ». Je remets en ligne mon article de février 2012.

 

Ils voient la CIA partout, sauf là où elle est

 

Cette semaine semble celle de la découverte de la toute puissance américaine et de son omniprésence. La Cia serait derrière des Ong algériennes, selon les révélations de Mme Louisa Hanoune. Quels sont ces redoutables chevaux de Troie intrigant contre notre indépendance nationale? On cite SOS disparus, une association regroupant des femmes dont les conjoints, enfants ou proches parents ont été porté disparus pendant la décennie noire, et qui réclament obstinément la vérité ; ou la LADDH, une ONG en première ligne de la lutte pour les droits de l’Homme. Coïncidence ? Le maréchal Tantaoui vient de lancer des accusations similaires contres des ONG égyptiennes qui "manipulent" les jeunes révolutionnaires.

 La patronne du PT, devenue une ultra patriote tatillonne, en ces temps préélectoraux, ne dit pas un mot sur les affaissements -autrement plus préoccupants-de l’Etat algérien devant des puissances étrangères. Pas un mot sur les briefings complaisants de notre ministre des Affaires étrangères au Palais-Bourbon à Paris, ou plus récemment à Washington -non loin de Langley- discutant de la conduite du pouvoir algérien, dans les think tanks des Maîtres du monde. Motus aussi sur la honteuse mobilisation de cet ancien puissant ministre, chargé de Sonatrach, qui se met au service de la propagande des services américains contre l’Iran.

 Dans ces conditions, le dernier dérapage hautement patriotique de Mme Hanoune, bien introduite dans le premier cercle du pouvoir, jette le trouble sur les motivations de ses autres initiatives récentes contre « l’ingérence étrangère ».

 Les informations de Mme Hanoune se sont pas isolées. On assiste ces derniers jours à une cascade de « révélations » sur le rôle des services américains dans le déclenchement et la conduite des révolutions arabes. Il y a trois jours, dans un article de presse largement diffusée sur le net, Tariq Ramadan abonde dans ce sens. Titre de cet article : « Tariq Ramadan : Les révoltes arabes sont orchestrées par les Etats-Unis ». On nous précise que Tariq Ramadan « a fait part de son optimisme prudent concernant la notion de Printemps arabe étant donné que les révoltes qui ont secoué les pays arabes ont été planifiées par les États-Unis ». L’article complète : « Tariq Ramadan a indiqué que les États-Unis ont utilisé Google dans la révolution en Égypte étant donné qu’après la décision du Gouvernement égyptien de couper l’Internet, Google a donné les mots de passe aux manifestants pour entrer sur la toile par satellite ».

 Il y a un an, presque jour pour jour, c’était un tout autre son de cloche. Le 1er février 2011, Le penseur d’Oxford confiait à l’hebdomadaire Paris Match toute l’admiration qu’il éprouvait à l’égard des événements en Tunisie et en Egypte affirmant : « Personne n’avait prévu cette détermination populaire. Ni les chancelleries occidentales ni les différents mouvements d’opposition dont les islamistes, pourtant réputés proches du peuple ».

 Il y a un an, les Etats-Unis étaient donc pris de court par la jeunesse d’Egypte, selon le penseur d’Oxford qui ajoutait : « les Occidentaux vont devoir faire leur examen de conscience et arrêter de fustiger les opposants aux dictateurs pour justifier les dictatures. Les Etats-Unis et l’Europe sont en perte de vitesse dans l’ensemble du monde arabe à cause de cet aveuglement. »

 Les peuples sont des corps vivants, à la recherche obstinée de la santé. La domination veut les dévitaliser à chaque poussée de la santé retrouvée. Ses services fabriquent des contrefeux et des poisons et savent entretenir les divisions et les impasses. C’est leur métier de protéger la domination ; pour cette besogne ils disposent de gros budgets et d’une longue expérience, puisée dans le riche fonds de la communauté-internationale-du-renseignement, cette nouvelle « race des Seigneurs », dixit Bismark.

 De leur côté, les peuples arabes ne disposent pas encore d’élites aguerries et nombreuses, sorties de leurs rangs et de leurs combats. Si on a un peu de cervelle disponible, il faut donner un coup de main. La plèbe y travaille et fabriquera sans doute les anticorps dont nos pays ont besoin. Leur survie en dépend. Les peuples sont entrés dans l’arène et ne sont pas près d’en sortir. Présentement, ils prennent le temps de fourbir de nouvelles ruses de l’histoire, comme celle du début de l’année 2011.

 Pendant ce temps, les « penseurs », qui ont raté le coche, conceptualisent leur vacuité et leur mise à l’écart du cours des évènements, ressassant les réflexions de l’« après coup ». Toujours en retard d’une séquence, ces revenants sans chair, portant leurs concepts révolutionnaires comme de saints sacrements, errent en boucle, éclairés par leurs froides espérances.

 Saoudi Abdelaziz, 9 février 2012

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