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Publié par Saoudi Abdelaziz

Par Driss Bennani, 26 Juillet 2013. Tel Quel

 

Neuf médecins et trois militants associatifs marocains ont récemment organisé une mission médicale à Gaza. Comment vit-on dans cette prison à ciel ouvert ? Récit de Noureddine Bennani, président de l’association de médecins bénévoles Les Rangs d’honneur.

 

Carnet de bord.Chroniques de Gaza

 

8 juin 2013 Le Caire-Gaza

Le voyage pour Gaza commence à l’aéroport du Caire. Les officiers de la police des frontières sont méfiants. Vu que nous ne disposons pas de visa pour la bande de Gaza, ils rechignent à nous laisser sortir et nous font patienter pendant des heures. Ils insistent pour fouiller nos cartons un à un puis acceptent de nous laisser tenter notre chance. Après un bref détour par le centre ville cairote (très animé, même au-delà de minuit), nous prenons la route vers le poste frontalier de Rafah. Nous traversons donc la zone du Sinaï. Une étendue désertique assez dangereuse où patrouillent en permanence des jeeps militaires et des blindés de l’armée égyptienne.

Après six heures de route, nous arrivons enfin au poste-frontière de Rafah. A force de le voir à la télévision, le bâtiment nous paraît familier. Le passage se fait au compte-gouttes entre 9 heures et 16 heures. Le poste-frontière n’est donc ouvert que 7 heures par jour. “Et encore, nous apprend un douanier. Le passage reste parfois fermé plusieurs jours d’affilée pour des raisons de sécurité. Des Palestiniens peuvent être refoulés pour un oui ou pour un non”. En tout, nous devons attendre plus sept heures avant de passer la frontière. L’autocar nous dépose dans une zone tampon que nous devons traverser à pied avant qu’une navette en provenance de Gaza ne nous récupère. L’accueil des Gazaouis est plus chaleureux. Les voyageurs (sans qu’ils soient forcément des VIP) sont reçus dans des salons climatisés le temps de faire tamponner leurs passeports. La mission de solidarité avec Gaza peut enfin commencer.

 

 

9 juin 2013 Bienvenue à Gaza !

Nous retrouvons nos collègues palestiniens pour un dîner en ville. A l’entrée du restaurant, un énorme portrait de Mohamed Assaf, finaliste d’Arab Idol sur MBC, encourage les visiteurs à voter pour “le représentant de la Palestine”. En plus d’adoucir les mœurs, la musique a le don d’effacer les dissensions idéologiques entre les frères ennemis du Fatah et du Hamas. Presque toutes les tables du restaurant sont occupées. A l’autre bout de la salle, quatre filles fêtent l’anniversaire de l’une d’entre elles dans une ambiance bon enfant. Nos clichés sur le Hamas et sur la vie sans distractions dans la bande de Gaza tombent les uns après les autres.

 

 

10 juin Les consultations démarrent

Le matin, nous nous dirigeons vers l’hôpital Al Awda. Il est géré par l’association “Lijane Al Amal Assihi”, totalement indépendante du Hamas. L’association, qui dispose de plusieurs centres de santé, de bibliothèques et d’instituts culturels, dépend presque entièrement des aides internationales. Ses projets sont financés par près d’une cinquantaine de bailleurs de fonds arabes, américains ou européens. Nos médecins enfilent leurs blouses blanches et entament les consultations. La gynécologue et le pédiatre marocains participent à l’accouchement de jumeaux. Les chirurgiens opèrent pendant toute la journée. Un responsable de la Caisse nationale de la sécurité sociale (CNSS) anime un atelier sur la gestion de la qualité en milieu hospitalier. La première journée est un succès.

 

 

11 juin Le culte des martyrs

Nous découvrons une ville dynamique. Une ville débout mais qui a du mal à cacher ses blessures. Ici et là, des amas de ruines témoignent des agressions israéliennes répétées contre ce territoire meurtri. Les constructions poussent dans une totale anarchie. Ici, pas d’eau courante ni de réseau d’assainissement. Les habitants stockent l’eau potable dans de grosses citernes en plastique installées sur les terrasses. Le système de gestion des déchets solides est inexistant. Et puis il y a la conduite, ou plutôt le slalom au volant ! “Ici, les gens ont appris à conduire sous occupation israélienne. A l’époque, ne pas respecter les règles était considéré comme un acte de résistance. Cela n’a pas changé depuis”, raconte un chauffeur de taxi.

Notre programme de visite comprend des rencontres avec des familles de martyrs. Un passage obligé pour tous les visiteurs de la Bande. Nous sommes reçus par une vieille dame connue sous le nom “Oum Achouhadaa” (la mère des martyrs). Ses trois enfants ont péri en combattant Israël. Elle nous parle de résistance, d’histoire, de son village natal et de ses ancêtres. Son discours me rappelle ce jeune combattant rencontré dans un hôpital lors de ma première visite à Gaza. Constatant qu’il était amputé des deux jambes, je lui avais demandé comment on pouvait l’aider. “Mettez-moi des prothèses pour que je puisse repartir au combat”, m’avait-il répondu. A méditer…

 

 

12 juin Pas de quoi s’inquiéter

Nos proches appellent souvent pour avoir de nos nouvelles. Certains sont réellement inquiets pour notre sécurité. Il n’y a pourtant pas de quoi. “Si Israël n’attaque pas, il n’y a rien à craindre”, nous dit l’un de nos accompagnateurs. Il n’a pas tort. Même si tout le monde ou presque a une arme à Gaza, si des militaires cagoulés défilent parfois à côté de la frontière, on ne se sent pas particulièrement en danger. Les magasins restent ouverts jusque tard dans la nuit. Les restaurants sont toujours pleins. On croise même des cortèges de jeunes mariés sur la voie publique.

 

 

13 juin Envie de revenir

Au terme de notre voyage, nous nous mettons d’accord sur l’organisation d’une mission médicale annuelle à destination de Gaza. Lors de notre prochaine visite, nous tenterons de ramener un groupe électrogène et un extracteur d’oxygène. Sur place, les médecins réanimateurs ont en effet beaucoup de mal à acheminer des bouteilles d’oxygène. A cause de leur forme, l’aviation israélienne a tendance à croire que ce sont des bombes et n’hésite pas à bombarder le convoi ! Le trajet du retour se passe sans encombres. Après un périple d’une semaine, nous regagnons le Maroc avec une seule envie : revenir et, pourquoi pas, tenter une nouvelle mission dans la cité sainte d’Al Qods.

 

Tel Quel

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