Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Publié par Saoudi Abdelaziz

 

 

..."Malgré une prise de conscience de plus en plus forte des méfaits de la pollution par les citadins, le développement économique reste une priorité pour les autorités".

 

 

La lutte pour l'environnement, nouvelle cause du peuple chinois

 

 

15 juillet 2013, Le Devoir (Canada)

 

 

Pékin — À Heshan, la population a réussi à remettre en cause un projet de centre de retraitement d’uranium.

 

 

 

 

 

 Près de 2000 manifestants ont envahi vendredi les rues de Heshan pour protester contre la construction d’un centre de retraitement de l’uranium.       

DR

 

La toute première manifestation antinucléaire en Chine a fait de l’effet. Affolée par les 2 000 manifestants qui ont envahi vendredi les rues de Heshan (sud) pour protester contre la construction d’un centre de retraitement de l’uranium, la municipalité a soudain annoncé ce week-end qu’elle abandonnait purement et simplement le projet. Ce complexe nucléaire, à l’origine conçu pour retraiter le combustible de la moitié des centrales chinoises à l’horizon 2020, devait s’installer à une quarantaine de kilomètres de Macao, où l’inquiétude était aussi de mise. « Le gouvernement populaire de Heshan a décidé de respecter l’opinion publique », a tranché le vice-maire samedi, alors qu’un nouveau cortège très surveillé par la police s’apprêtait à défiler une deuxième fois aux cris de « protégeons nos enfants ».

 

Membres de la classe moyenne, les militants craignaient une chute du prix de leur propriété si le projet se réalisait. Ils s’étaient organisés clandestinement via le microblog Wechat, en invitant les habitants à « aller se promener » dans le square de leur ville. Après l’annonce du retrait du projet, la plupart d’entre eux étaient satisfaits. Mais certains doutent de la véracité de cette promesse hâtive. « Les autorités n’ont à mes yeux aucune crédibilité », s’est exclamé un habitant, cité par la presse de Hong-Kong.

 

«Inoffensif»

 

Il est vrai que les cadres locaux ont tout fait pour cacher à la population la réelle nature de ce projet industriel à l’étude depuis plusieurs années. Alors même qu’une partie des résidents expulsés du site avait déjà été indemnisés et qu’un contrat pour débuter les travaux avait été passé avec la China National Nuclear Corporation (CNNC), ce n’est que mercredi que la population fut informée par les médias locaux qu’il s’agissait d’un centre de retraitement nucléaire. Elle découvrit alors qu’elle n’avait que quatre jours pour « donner son opinion »… sur le site Web de la mairie. La tactique du fait accompli se fit plus irritante encore lorsque le journal local titra « On peut sans danger tenir à mains nues une barre de combustible nucléaire ».

 

Réalisant qu’une manifestation se préparait, les officiels avaient mis en branle la propagande, affirmant haut et fort que ce centre de retraitement était « inoffensif ». Pour dissuader les frondeurs, le microblog de la police se consacra à « l’éducation de la population » à propos du « savoir scientifique nucléaire » et des « capacités technologiques très avancées de la CNNC ». « Comment se fait-il que ce sont les flics qui nous donnent des cours de science nucléaire ?» ironisa un blogueur.

 

Ce type de mobilisation populaire spontanée - et illicite - contre un projet industriel potentiellement polluant n’est pas une première en Chine. C’est même devenu une habitude. En mai, une série de manifestations a conduit à l’annulation de la construction d’une usine de batteries au lithium à Shanghai, et d’une autre de paraxylène près de Kunming (sud). Idem pour un complexe pétrochimique à Ningbo (est), en octobre, et trois mois plus tôt à Qidong (est). Les promesses officielles faites aux manifestants de fermer une implantation industrielle sont parfois tactiques, comme ce fut le cas à Dalian (nord-est) en 2011, où les meneurs écologistes ont été condamnés, et l’usine a rouvert un an plus tard.

 

Village

 

Les cadres locaux du Parti, qui bien souvent profitent directement ou indirectement de ce type de projets, sont prêts à utiliser, pour les promouvoir, tous les moyens, qu’il s’agisse des médias, de la police, voire de l’armée. C’est ainsi qu’à Chengdu (centre) en mai, pour intimider des manifestants opposés à une raffinerie, la mairie a envoyé des milliers de soldats en prétextant un « exercice de préparation en cas de tremblement de terre ». Malgré une prise de conscience de plus en plus forte des méfaits de la pollution par les citadins, le développement économique reste une priorité pour les autorités. Un maire qui investit dans la protection de l’environnement a moins de chances d’être promu que s’il s’en abstient, souligne une récente étude réalisée par des chercheurs chinois, canadiens et singapouriens.

 

Autre exemple : le nouveau projet de loi sur la protection de l’environnement. Celui-ci introduit la possibilité pour des victimes de pollution de porter plainte devant les tribunaux -ce qui était jusqu’alors pratiquement impossible dans les faits. Ces éventuelles plaintes devront obligatoirement passer par la Fédération chinoise de l’environnement (FCE), dont une partie des 290 membres sont des entreprises polluantes avérées. Le Global Times avait révélé en mars que le taux de cancer chez les habitants de Yangliushan, un village proche de la centrale nucléaire de Qinshan (est), était sept fois plus élevé que la moyenne nationale. Ils ont peu de chances d’être un jour indemnisés.

 

Source: Le Devoir.com

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article