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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

 

 

Le rejet des résultats de l’enquête emploi pour 2011 semble bien avoir une raison cachée, plutôt politique. La deuxième enquête ordonnée à l’ONS sera-t-elle réellement plus fiable ? Ou ne fera-t-elle qu’« améliorer » artificiellement la situation de l’emploi au bénéfice de la propagande du gouvernement sur ses « éclatantes réussites » ? C’est la conclusion de l’article du site économique Maghreb Emergent.

 

 

 

 

Chiffres du chômage en Algérie : doutes de Temmar et aveu tacite de l’infondé de l’optimisme officiel.

 

 

Pour Hamid Temmar, ministre algérien de la Prospective et des Statistiques, les chiffres du chômage fournis par l’ONS pour 2011 reflètent la situation de l’emploi uniquement pour le mois pendant lequel l’enquête a été menée. La question se pose: si ces chiffres ne sont pas fiables, pourquoi ceux des années précédentes, obtenus selon les mêmes méthodes de sondage, le seraient-ils ? Serait-ce là un audacieux aveu de ce que l’économie algérienne a toujours navigué à vue, ne se fondant sur aucune statistique exacte? Ou simplement l’expression du désir du gouvernement d’« adapter » les chiffres aux besoins de sa propagande ?

 

Le ministre algérien de la Prospective et des Statistiques, Abdelhamid Temmar, a demandé à l’ONS (Office national des statistiques) une deuxième enquête pour calculer le taux de chômage en Algérie en 2011, rapporte Algérie Presse Service (APS). Selon lui, ajoute l’agence de presse gouvernementale qui l’a interrogé en marge de la présentation de son livre « La transition de l’économie émergente », les taux arrêtés lors de la première enquête ne traduisaient pas la situation de l’emploi dans le pays.

 

Pour rappel, les chiffres du chômage en 2011 n’ont pas été publiés à ce jour, car contestés par le ministre de la Statistique et de la Prospective qui refuse d’autant de les avaliser qu’ils sont destinés à l’usage d’institutions internationales, comme la Banque mondiale, et de partenaires extérieurs comme l’Union européenne.

 

Hamid Temmar a ordonné à l’ONS de mener une deuxième enquête, qui est actuellement en cours et dont les résultats, a-t-il promis, seront connus « dans deux mois ». Il reproche à l’organisme national chargé de la statistique d’avoir présenté, pour 2011, trois taux de chômage différents mais il a refusé de les divulguer. « J’ai dit que je ne prendrais aucun d’eux car je ne peux pas dire que 9%, 10% ou 11% est le bon chiffre, alors qu’il est celui de septembre », a-t-il justifié, précisant que ces trois taux ont été calculés sur la base d’une seule enquête annuelle qui ne reflète pas, à ses yeux, la véritable situation de l’emploi.

 

 

« Fréquence insuffisante des enquêtes emploi de l’ONS »

 

 

L’ONS publie chaque année, en mars, les résultats de son « enquête de terrain » sur le chômage menée au mois de septembre. Il s’agit d’un sondage effectué sur un échantillon représentatif de la population algérienne. Dans la méthodologie de l’Office, qui est celle définie par le Bureau international du travail (BIT), « les ‘’chômeurs’’ comprennent toutes les personnes ayant dépassé un âge spécifié qui, au cours de la période de référence (une semaine, un jour, etc. NDLR) n’étaient pourvues ni d’un emploi salarié ni d’un emploi non salarié ».

 

Hamid Temmar ne doute pas de la fiabilité d’une telle méthode mais estime que les résultats d’une « enquête » réalisée en septembre reflètent la situation de l’emploi pendant ce mois uniquement, sous-entendant qu’ils ne peuvent servir d’instrument de décision économique pour le gouvernement. La manière dont l’enquête ONS est menée est également épinglée. Selon lui, elle est élaborée sur la base d’un seul constat de la situation de l’enquêté : « Dans d’autres pays, les enquêteurs font deux passages en questionnant l’enquêté deux fois s’il travaillait ou non, alors que chez nous ont fait un seul passage. Ce sont des choses qui doivent changer !»

 

 

Un audacieux aveu ?

 

 

Ces déclarations de Hamid Temmar sont, en réalité, un véritable pavé dans la mare. Bien que ce ne fût certainement pas son intention, ce proche collaborateur du président Bouteflika depuis son accession au pouvoir, a simplement remis en cause tous les chiffres de l’emploi publiés par l’ONS non seulement pour ces dernières années mais depuis la création de cet organisme ! Surtout, il a rappelé, involontairement, que l’optimisme officiel quant à la baisse constante du chômage n’a aucune base statistique fiable. L’ONS n’a-t-il pas, de tout temps, mené « un seul sondage par an » élaboré « sur la base d’un seul constat de la situation de l’enquêté » ?

 

Si les chiffres du chômage en 2011 sont inexacts, ceux de 2010 et de toutes les années précédentes ne le sont pas moins. Or, les gouvernements algériens successifs et leurs ministres - dont Hamid Temmar, qui a longtemps présidé aux destinées de l’économie - les ont toujours utilisés pour leurs prospectives et fournis aux institutions internationales ainsi qu’aux partenaires extérieurs de l’Algérie.

 

Le rejet des résultats de l’enquête emploi pour 2011 semble bien avoir une raison cachée, plutôt politique. La deuxième enquête ordonnée à l’ONS sera-t-elle réellement plus fiable ? Ou ne fera-t-elle qu’« améliorer » artificiellement la situation de l’emploi au bénéfice de la propagande du gouvernement sur ses « éclatantes réussites » ?

 

 

Yassin Temlali, 13 avril 2012. Maghreb Emergent

 

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