Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Publié par Saoudi Abdelaziz

 

 

 

 

 

 

DR-Oumar Sissoko, secrétaire général de    

la fédération panafricaine des cinéastes

 

 

 

 

 

Propos recueillis par Fayçal Métaoui,

 

EXTRAITS

 

 

 

 

 Quelle lecture faites-vous des événements actuels au Mali ?
 

Un grand complot a été préparé, pas seulement pour le Mali mais pour l'Afrique. Il ne s'agit pas d'une recolonisation, parce que les temps ont changé. Mais de la reprise en main de toutes les ressources humaines, énergétiques, halieutiques, bref, tout !

Maillon faible aujourd'hui, le Mali est un terrain d'essai. Cela est en train de fonctionner merveilleusement. Le MNLA (Mouvement national pour la libération de l’Azawad) a été créé et soutenu par les Occidentaux dans leur diplomatie, dans leur presse et sur le plan financier. Appuyé également dans des pays voisins du Mali, comme le Burkina Faso et la Mauritanie, où ils ont pignon sur rue et où ils ont des espaces pour s'exprimer. C'est un complot qui vise le territoire malien et ses richesses. Ils essaient d'appliquer ce qu'ils ont fait au Soudan, diviser le Mali en deux, prendre une partie pour en faire un Emirat ou une République. Dans la situation actuelle, ils cherchent l'autonomie autour de Kidal et Tessalit. Il y a du pétrole, du gaz, de l'uranium, de l'or et des diamants autour de la région de Kidal. Il y a aussi d'immenses ressources d'eau dans le sous-sol. La guerre de demain sera celle de l'eau potable et des terres cultivables. Plus important encore, les puissances occidentales veulent installer une base militaire à Tessalit.

 

 

Comment ?

La base militaire de Tissalit existait durant la période coloniale. Modibo Keita (président du Mali de 1960 à 1968) ne voulait pas la laisser entre les mains des Français. D'où sa déclaration, le 20 janvier 1961 (à cette date, Modibo Keita avait demandé à la France d’évacuer les bases militaires de Bamako, Kati, Gao et Tessalit, ndlr). Tessalit est un lieu géo-stratégiquement important pour contrôler l'Afrique du Nord, la Méditerranée, l'Europe du Sud, la mer Rouge, l'Afrique de l'Est, le Moyen- Orient et l'Afrique centrale avec des pays comme la RDC et l'Angola qui possèdent de grandes richesses. Tessalit est également la porte de l'Algérie. Cette Algérie que la France et les puissances occidentales ne voient pas d'un bon œil, à cause des acquis que le peuple algérien a développé pour l'utilisation des richesses du pays. Il ne serait pas hasardeux politiquement de dire que l'Algérie fait partie des prochaines cibles. Une cible des Français et des Occidentaux. Ils sont ensemble quand il s'agit de chercher des marchés et des matières premières.

En plus de la crise économique à laquelle ils font face, ils sont gênés par l'arrivée de nouveaux venus comme l'Inde, la Corée du Sud, la Chine, le Brésil, l'Afrique du Sud qui ont des politiques industrielles et des produits à placer sur les marchés. Ces pays ont également besoin de matières premières pour développer leur industrie. Cela fait déjà beaucoup de monde sur l'espace africain. Les deux tiers des richesses du monde se trouvent dans ce continent.

 

 

Et comment est la situation actuellement à Tessalit ?

La base de Tessalit est utilisée aujourd'hui pour l'atterrissage des avions. Elle peut recevoir tous les gros porteurs militaires. Pas étonnant qu'on ne veuille pas que les Maliens y aillent et qu'on prépare en catimini l'autonomie du territoire. Après l'autonomie, on va donner tous les moyens à cette région pour se développer sur les plans militaire et économique. On va ensuite poser la question de l'indépendance (du Nord Mali, ndlr). C'est visible comme le soleil. Au début, lorsque les Français ont débarqué, nous avons été la cible de toutes les injures. Aujourd'hui, les gens comprennent mieux les choses. Les Français sont allés seuls à Kidal et à Tessalit, disant à l'armée malienne de s'occuper des opérations à Tombouctou et Gao. Et, là, on veut que l'armée malienne soit partout : à Kidal, Tessalit, au Nord Mali. Pas question de parler ou d'accepter l'autonomie ou la partition du territoire. Le 24 janvier 2013, le MNLA et des djihadistes ont massacré 120 soldats maliens à Aguelhok (nord de Kidal). Trois jours après, le ministre français des Affaires étrangères déclarait que le MNLA réalisait des succès importants sur le terrain. Pas un seul mot sur Aguelhok. Comme pour le Soudan, la communauté internationale qui veut envoyer des forces de l'ONU, dira après qu'il existe des problèmes entre communautés et que celles-ci ont des revendications légitimes. On parlera ensuite de la nécessité de garantir les droits des minorités. Le MNLA, qui est décrié par l'ensemble des Touareg, ne représente même pas 1 % des communautés qui vivent au nord du Mali...

 

 

Êtes-vous optimiste pour l'avenir du Mali ?

 

A court terme, je ne le suis pas. On est en train de préparer les élections dans la précipitation pour installer un homme qui va être un sujet. Cela me préoccupe énormément. On n'a pas pris de réelles dispositions pour que l'armée soit prête. Les anciens combattants maliens ont dit qu'ils étaient disposés à former l'armée malienne. On a préféré faire appel à des formateurs européens pour le faire. Avec quel esprit ? La Cedeao n'a pas fait débarquer 3000 hommes au Mali comme elle avait prétendu. Elle n'a rien fait lorsqu'un dialogue a été engagé. Et la Cedeao a encore compliqué les choses. Tout cela faisait également partie du complot consistant à pousser le Mali dans l'enlisement. On a tout fait pour que la concertation nationale que nous avions demandée n'ait pas lieu. Remis en selle, les gens de l'ancien pouvoir se sont opposés à cette concertation nationale qui aurait pu dégager une vision claire, une feuille de route avec des missions précises. Nous aurions nommé d'autres personnes, formé et renforcé l'armée. Certains n'ont pas voulu cela. La plupart des pays de la Cedeao sont financièrement et militairement dans le giron de la France et de l'Union européenne. Ils n'ont pas les moyens, pas d'armées sérieuses, mis à part le Nigeria.



Entretien réalisé lors du 23e Festival du ciné africain FESPACO de Ouagadougou qui s’est déroulé du 23 février au 2 mars 2013.

 

El Watan, 8 juin 2013. Pages hebdo Arts et lettres

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article