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Publié par Saoudi Abdelaziz

Quand le point zéro de Chawki Amari se met à détricoter les mailles des faiseurs de scrutins, on se réjouit de sa méchante allègresse. Quant à Kamal Daoud, il analyse les prouesses des spécialistes égyptiens et algériens en maintenance des systèmes et ses lignes nous enlèvent de sur le cœur.

 

 

 

DOK en mode vibreur

 

Par Chawki Amari

 

On pourrait croire au débat constructif quand le ministre de l’Intérieur discute avec les sénateurs sur le choix du mode de scrutin, proportionnel ou majoritaire, à liste ouverte ou fermée.

 

Mais ce serait comme si l’on ne connaissait pas l’obsession du régime à truquer les élections avec tous les modes possibles et imaginables, du correcteur orthographique à la perceuse électrique en passant par l’imposition des mains, la fouille au corps électoral ou le gang bang, viol collectif des urnes.

 

De fait, parler de mode de scrutin en oubliant la fraude organisée est comme demander à un aveugle s’il préfère des lunettes Giorgio Armani ou Dolce Gabbana.

 

Un luxe que l’Algérien ne peut se permettre tant que ses dirigeants lui confisquent encore sa voix et son avis. D’ailleurs, DOK a tenu, dans la foulée, à rappeler que le mode de scrutin majoritaire avait fait gagner le FIS en 1991 avec seulement 3 millions de voix, mais 150 sièges aux législatives.

 

Là aussi, il a oublié de rappeler que des partis démocrates demandaient un scrutin à la proportionnelle qui aurait accouché d’une Assemblée hybride, mais sans majorité nette. Sur un point seulement, celui-ci, unilatéralement décidé sans concertation, l’Algérie n’aurait peut-être pas basculé dans sa sombre séquence historique et DOK n’aurait jamais existé.

 

Maintenant qu’il est là, grâce à la dérive terroriste et au repêchage des vieux recalés de l’ancien système, il aurait tout intérêt à réactiver les commissions d’enquête sur la fraude électorale au lieu d’ergoter sur le sexe des anges et de l’urne. Parce que, en tant que ministre de l’Intérieur, il va bientôt entrer dans l’histoire par la petite porte en étant le responsable de la prochaine fraude électorale.

 

Son nom, comme celui de ses prédécesseurs, sera apposé à la longue liste des dirigeants algériens qui ne croient ni à la démocratie,
ni au consentement, ni au XXIe siècle.

 
Chawki Amari. Le Point Zéro, 22 novembre 2011. El Watan.com

 

 

Les Egyptiens face à notre octobre 88

Par Kamel Daoud

 

 « On ne fera pas les  mêmes erreurs que vous», a dit au chroniqueur un écrivain égyptien il y a quelques mois. Cela se confirme : les Egyptiens restent vigilants et savent décoder l'arnaque. Et contrairement à ce que l'on croit et répète, l'expérience algérienne, ratée, est dans les esprits de nos voisins en Tunisie et en Egypte. Ils savent que chasser Chadli et obtenir un parti majoritaire à la place d'un parti unique n'est pas la démocratie. Le Pouvoir ruse à chaque fois et aujourd'hui encore en Egypte.

 

Là, l'armée veut faire en remake ce qui s'est fait chez nous : déplacer le centre de la décision vers l'occulte, s'autonomiser par rapport au droit de regard et de surveillance du peuple et offrir à la populace un Etat fantoche avec un Président faible, des ministres sans puissance et un Parlement sans poids.

 

Pour comprendre ce qui s'est passé chez nous en 88 et qui permet à certains oiseaux de répéter que «l'Algérie a déjà payé» (oui, mais jamais livré), il faut inverser : en 1988, les Egyptiens chassent Moubarak, leur FLN devient parti favori (synonyme poli de parti unique) et ils ont droit à une fausse opposition surveillée et des islamistes en bocal pour faire peur. Les islamistes sont poussés à la révolte et ils se révoltent, on revient au «tout sécuritaire» et on reprend le pouvoir sous l'impératif de la stabilité et de la lutte antiterroriste. Le maréchal Tantaoui devient le vrai maître du pays, Amr Moussa devient un Président coopté pour accueillir les étrangers et la police politique change de sigle mais pas de mission. A la fin ? Rien n'a changé, sauf la couleur de la veste. Dix ans après, les Egyptiens se retrouvent avec 256 petits Moubarak et leurs fils, plusieurs polices politiques, une place Tahrir devenue lots de terrains ou assiette pour la plus grande mosquée d'Afrique.

 

Les Egyptiens veulent donc que cela ne leur arrive pas. Ils veulent l'autorité du peuple sur l'armée et pas l'inverse. Ils veulent que ceux qui ont tué durant leur révolution soient retrouvés et jugés. Ils ne veulent pas que les victimes finissent comme les victimes d'octobre 88, «accident du travail», selon la nomenclature de remboursement et des indemnisations décidée sous Chadli.

 

Chez nous, personne n'a été jugé pour les tirs à balles réelles du 5 octobre. Personne n'a payé pour les centaines de morts et les milliers de torturés. Les Egyptiens veulent que le budget de leur armée ne soit pas un secret entres intimes et veulent que la démocratie demandée par les 850 morts soit livrée immédiatement et pas comme chez nous, livrée après la mort. Les Egyptiens ne veulent pas que cela leur arrive et c'est le plus dur : démocratiser l'armée dans les pays arabes, lui signifier qu'elle n'est pas au-dessus du peuple, que c'est le peuple qui la paye et qu'elle est là pour obéir et pas pour donner des ordres.

Le Quotidien d’Oran, 22 novembre 2011. Raïnaraïkoum

 

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