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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

Par Saoudi Abdelaziz

 

 

 

 

Aujourd’hui, la vogue médiatique est de rendre hommage au rôle de Chadli comme précurseur du libéralisme économique en Algérie. Il a en effet amorcé, après sa rencontre avec François Mitterrand, en 1981, la réintégration du pays dans les mécanismes du système financier international. Ce qui a marqué le premier mandat de Chadli c’est, au diapason de la fièvre de l’ultralibéralisme reaganien et thatchérien triomphant des années 80, la recherche de l’argent facile. Cette recherche, dont l’impulsion venait d’en haut, a marqué toutes les catégories sociales, notamment parmi les couches moyennes.

 

 

L’argent facile et les avantages dépendaient de la proximité de l’individu des centres de décision, créaient, sur une vaste échelle, l’allégeance clientéliste, qui a stérilisé durablement les « élites ». Cela existait sous Boumediene, mais ce qui était dominant c’était la primauté donnée à la sphère de la production et au progrès social, crédo de la Révolution de Novembre. En Algérie, l’affairisme se développait depuis l’indépendance, d’abord comme excroissance, puis a progressivement prévalu à travers une « stratégie d’enveloppement », qui a fini par paralyser dans les années 80 le projet de développement des forces productives, qui jusqu’alors structurait les alliances sociales et le rôle de l’Etat.

 

 

Au plan politique, a été amorcé le retour en force des castes, compromises avec la colonisation et qui avaient été marginalisées par le mouvement indépendantiste. La politique néolibérale a nourri l’accession de ces catégories aux commandes, pénétrant le premier cercle de la présidence Chadli.

 

 

C’est une un pseudo-présidentialisme, que l’on peut  retrouver dans plusieurs autres pays. Chadli fut un personnage assez falot et sans vraie envergure. C’est la condition pour que le pouvoir présidentiel devienne l’instrument d’un système de gestion du pays où se connectent des groupes de pression et des réseaux d’influence, contrôlant de manière occulte les principaux flux commerciaux et financiers, notamment avec l’étranger. Ce système contrôle obliquement les centres de décision de l’Etat.

Le chadlisme, ce fut la décision de mettre l’armée à l’écart de  de la décision politique. Le congrès du FLN de 1983 excluant l’armée des institutions civiles de l’Etat a ouvert la voie à la mise en place d’un nouveau système où les généraux, à titre individuel en quelque sorte, continueront de jouer un rôle structurant dans la mise en place du nouveau système. L’armée en tant qu’institution est écartée du processus de prise de décision. Deux exceptions d’urgence : l’intronisation puis la déposition du président.

 

 

Il existe entre Boumediène et Chadli une différence de nature politique de l’institution présidentielle. Le propre du Chadlisme, fut d’être a-constitutionnel. L’hégémonie était assurée par un système coordonnant des mécanismes occultes s’appuyant sur utilisation des services de sécurité chargés dans le même temps de contrôler l’institution militaire. Une copie du système égyptien. Les décisions sont le résultat de cheminements obliques. On a cité l’exemple, de wali nommé à Annaba, le temps de faire appliquer un décret juteux touchant à l'import, au profit d’un clan, qui sera annulé le mois suivant par un autre règlement ! En fait, tout le monde savait : on ne passe pas par des institutions normales, les problèmes ne sont pas soulevés dans les cadres normaux.

 

 

C’est durant les mandats de Chadli que le lien entre le pouvoir et les besoins du peuple s’est progressivement distendu, débouchant sur la crise sociale, la Décennie noire et l’impasse civile actuelle.

 

 

 

Saoudi Abdelaziz, 7 octobre 2012

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