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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

Curieuse conception des relations professionnelles chez Cevital. Le sort des travailleurs y est décidé en « conseil de discipline », dans une entreprise où on refuse la représentation des salariés ! « Nous avons agi dans la légalité absolue » explique le DRH de M. Rebrab. Comme dit le dicton, « c’est mon avis et je le partage ».

« Ainsi va le secteur privé en Algérie »,conclut  

 

 

Cevital : Ça va mal!

16 travailleurs du groupe le plus riche du pays observent une grève de la faim

 

Le groupe Cevital, qui a la part du lion dans le marché algérien de l'huile et du sucre, est de nouveau sous les feux de la rampe. Depuis hier, 16 de ses travailleurs sont en grève de la faim pour dénoncer un licenciement qu'ils qualifient d' «arbitraire».

Ce licenciement, avancent-ils, intervient suite au mouvement de grève spontanée initié par les travailleurs de ce groupe, au début du mois en cours. Les grévistes voulaient la satisfaction de leur revendication du 18 janvier dernier, date de la première grève générale des travailleurs, que le patron du groupe Cevital avait «étouffée par des promesses virtuelles». Suite donc à ces mouvements, au total 27 ouvriers ont été convoqués en conseil de discipline pour incitation à la grève et atteinte au bon fonctionnement de l'entreprise. Lequel conseil a statué pour le licenciement des 27 travailleurs avant d'accepter la réintégration d'une partie et d'en licencier 16 d'entre eux.

Les grévistes que nous avons rencontrés sur les lieux de leur piquet de grève, à l'entrée principale du complexe, dénoncent l'injustice et revendiquent présentement leur réintégration sans conditions estimant que «c'est leur droit de demander des droits». Ils demandent leur réintégration dans leurs postes comme leurs 10 autres collègues qui ont été réintégrés après introduction de recours. «Nous n'avons rien compris quant aux agissements de notre direction qui nous a notifié par courrier la discision de licenciement. C'est là une récompense de la part de Cévital à la veille de la Fête du travail le 1er Mai», déclarent à l'unisson les grévistes de la faim. «Après dix ans de loyaux services pour le dernier d'entre-nous qui a au moins deux enfants à en nourrir voilà comment notre direction nous récompense de fort belle manière pour avoir osé demander le droit d'avoir des droits». Du côté de la direction, les choses semblent placées dans leur juste contexte. «Ces travailleurs ont été licenciés pour incitation à la grève et perturbation du climat de travail à l'intérieur de l'entreprise. Ce sont des éléments perturbateurs», explique le directeur des ressources humaines dépêché depuis le 1er avril dernier au groupe Cevital.

«Toutes les mesures prises par notre direction sont conformes à la loi du travail et nous avons agi dans la légalité absolue. Ils ont été traduits en conseil de discipline et ont tous reconnu les faits reprochés», ajoute ce responsables. Quant à la revendication phare des travailleurs, M. Oularbi nie toute revendication allant dans ce sens: «Jusqu'à présent, nous n'avons reçu aucune revendication émanant des travailleurs relative à l'installation d'une section syndicale... ils ont demandé l'élection des délégués des travailleurs pour l'installation d'un comité de participation et la direction a répondu favorablement à leur revendication qui est en cours d'exécution».

Ainsi, pour avoir revendiqué le droit de se constituer en organisation syndicale, les travailleurs de Cévital, le plus grand groupe privé de l'industrie agroalimentaire en Algérie, subissent les représailles d'une initiative pourtant reconnue par la loi algérienne. Depuis le début de l'année en cours, ce groupe appartenant à l'homme d'affaires Issaâd Rebrab, vit au rythme des protestations et contestations continues. En effet, sérieusement ébranlé en janvier dernier par un mouvement de grève générale sans précédent, le patron du groupe, qui a tenté d'apaiser la situation en promettant de prendre en charge les revendications des travailleurs.

 

 Une fois la bourrasque passée, il est revenu à la charge en identifiant les meneurs de grève, pour les isoler ensuite et les renvoyer. Tout a commencé au début du mois en cours lorsque des centaines de travailleurs se sont mis en grève pour réitérer leur revendication et rappeler par la même, le patron du groupe quant à ses promesses avancées au lendemain de la grève du 18 janvier dernier. Les grévistes réclamaient notamment «l'installation dans les plus brefs délais d'un conseil syndical autonome», ainsi qu'une «augmentation conséquente des salaires» et «l'amélioration des conditions de travail, jugées lamentables et loin des normes internationales du travail». Contrairement au précédent mouvement, les grévistes sont cette fois-ci, soutenus par le Syndicat national autonome des personnels de l'administration publique (Snapap, et la section PST de Béjaïa (Parti social des travailleurs) qui n'est pas resté en marge.

 

Dans une déclaration, le PST s'est solidarisé avec les travailleurs de Cévital à Béjaïa. «Les travailleurs de l'entreprise Cevital luttent depuis début janvier pour le droit à une organisation syndicale et pour leurs revendications socioprofessionnelles. 16 travailleurs sur 27 considérés comme des meneurs sont aujourd'hui licenciés. Leur seul tort est de revendiquer le respect des lois du travail (création d'une représentation syndicale): amélioration des conditions de travail, augmentation des salaires, installation d'un comité de participation» explique le PST qui ponctue sa déclaration par un appel lancé à tous les travailleurs et à toutes les organisations syndicales pour « se solidariser avec leurs frères de Cevital.»

Hier, au moment où nous mettions sous presse, un autre licencié nous a rendu visite à notre bureau pour dénoncer l'arbitraire subi. Pour avoir déposé un arrêt de travail, il s'est vu renvoyer. M. Ouali Mourad, agent polyvalent, est renvoyé au lendemain de son arrêt de travail déposé conformément à la réglementation. Il est, désormais dans la nature depuis février 2011 et toutes ses démarches pour sa réintégration sont restées vaines. Ainsi va le secteur privé en Algérie...

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