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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

 

Un ministre peut coûter cher au pays. Pas à cause de de son train de vie, mais en raison de sa mauvaise gestion et de ses mauvais choix. Abldehamid Temmar et Mohamed Benmiradi en sont de bons modèles.

 

Que coûte un ministre à la collectivité ? Un salaire relativement élevé, deux voitures avec au moins deux chauffeurs, et des frais de sécurité très coûteux. Il y a aussi les frais d’hébergement, avec parfois une villa au Club Des pins, raisons de sécurité obligent. A cela s’ajoute une prise en charge, souvent déguisée, de la famille. C’est une pratique entrée dans les usages, et relativement admise : un ministre vit plutôt aux frais de la république.

 

Cela fait beaucoup. Mais tout ceci reste dans le domaine du nécessaire pour le bon fonctionnement de l’Etat. Car un Etat a un coût. Et celui qui assume la responsabilité de gérer les affaires du pays a le droit, non à des privilèges, mais à des compensations qui lui permettent d’être pleinement à la disposition de la République. Et contrairement à un discours populiste concernant les indemnités des parlementaires et des membres du gouvernement, celles-ci ne sont pas forcément trop élevées dans l’absolu. Elles choquent seulement quand on sait comment ces responsables sont élus ou nommés, et quel est leur véritable apport à la gestion des affaires du pays.

 

Mais il y a un autre coût du ministre qui est beaucoup plus inquiétant. C’est le coût de la mauvaise gestion, des décisions inopportunes, des mauvais choix ou de l’absence de choix, des erreurs d’appréciation qui poussent à des décisions erronées ; bref, il s’agit de tout ce qui fait la gestion à l’algérienne, où des ministres représentent de vraies catastrophes pour le pays.

 

Deux d’entre eux, qui se sont succédés pour gérer le même dossier, méritent que leur action soit évaluée, pour voir ce qu’elle a coûté au pays. Abdelhamid Temmar, actuellement ministre de la prospective et des Statistiques, auparavant ministre de l’Industrie et de la Promotion des investissements, a eu à gérer l’industrie du pays quand les chiffres des importations de véhicules ont commencé à peser lourdement sur la balance commerciale du pays.


Dès le tournant du nouveau siècle, on considérait comme anormal qu’un pays, qui dépasse le seuil des 100.000 véhicules importés chaque année, ne possède pas un embryon d’industrie automobile. M. Abdelhamid Temmar s’est logiquement inquiété de cette évolution, et a décidé de lancer la fabrication de véhicules en Algérie. Il a entamé des négociations avec de grandes entreprises, Renault et Volkswagen, pour démarrer la production avant 2010. En 2009, il a pris le risque d’annoncer que la première voiture algérienne sortirait d’usine avant la fin de l’année, alors qu’aucun accord n’avait été conclu avec aucun constructeur.


On avait alors compris que M. Temmar était un homme aussi ridicule que dangereux. Ridicule parce qu’il n’avait aucune maitrise du dossier, aucun sens de la négociation, et qu’il disait n’importe quoi. Dangereux parce que les partenaires extérieurs devaient s’en être rendus compte depuis longtemps, et géraient leurs relations commerciales avec l’Algérie en conséquence : avec un tel responsable, l’Algérie n’aurait jamais d’industrie automobile, et ne doit même pas être prise au sérieux. Autant donc en profiter.


C’est ce qui est arrivé. Car dans l’intervalle, les importations de véhicules ont explosé. Sous l’effet cumulé du crédit automobile, de « l’effet autoroute » et de la hausse des revenus des ménages, le chiffre des importations franchissait chaque année un palier symbolique, pour dépasser le seuil du demi-million de véhicules dès 2012. Ce qui représentera une facture de près de sept milliards de dollars ! Et la première voiture algérienne n’est toujours pas près de sortir d’usine.


Entretemps, M. Mohamed Benmiradi a pris le relais dans la négociation. Et lui aussi révèle une aptitude rare à tout rater, et à maintenir l’illusion d’un accord tout proche, alors que rien de concret n’a été réalisé. Les négociations avec Renault trainent, mais M. Benmiradi assure que les choses avancent. Le constructeur français évoque tantôt le dossier financement, tantôt le lieu d’implantation de l’usine, pour aboutir au même résultat : aucun accord en vue. Et quand M. Benmiradi fait état d’un accord de partenariat, c’est le premier ministre lui-même, Ahmed Ouyahia, qui le raille, laissant clairement entendre qu’il ne faut pas trop prendre au sérieux ce ministre qui ressemble tant à son prédécesseur.


Si l’Algérie avait eu un ministre efficace, s’appuyant sur une démarche viable, au sein d’un gouvernement cohérent, qui veille à protéger le marché algérien, l’industrie automobile aurait pu être lancée depuis une dizaine d'année, dès le moment où les finances du pays le permettaient. La production aurait aujourd’hui atteint son rythme de croisière, et aurait dû couvrir au moins la moitié de la consommation. Le résultat aurait été très simple : des dizaines de milliers d’emplois directs et indirects créés, de nouveaux besoins en formation auraient émergé, de nouveaux débouchés auraient été offerts aux jeunes diplômés, sans oublier l’effet d’entrainement de l’industrie automobile sur l’économie du pays.


Au lieu de cela, l’Algérie fait le bonheur des concessionnaires, qui constituent désormais une force économique, et sont capables d’empêcher l’émergence d’une industrie automobile pour maintenir leurs profits. Entre 2010 et 2013, l’Algérie devrait débourser près de vingt milliards de dollars pour les importations de véhicules. Il était non seulement possible d’économiser une partie de cet argent, en lançant une production locale, comme l’a fait le Maroc, mais cet argent pouvait être utilisé pour renforcer le pays, pas pour aggraver sa dépendance. Mais l’incompétence avérée des deux ministres qui ont géré le dossier a paralysé le pays, et contraint l’Algérie à jouer le rôle de sauveteur d’une industrie automobile en pleine crise.


Sous cet angle, apparait le coût de ministres comme Temmar et Benmiradi. A cause d’eux, l’Algérie a raté son virage industriel. Pour la seule industrie automobile, si on admet qu’une industrie locale fait économiser vingt pour cent du prix d’un véhicule, l’Algérie aura perdu 1.2 milliards de dollars pour la seule année 2012. Et le pire, c’est que cette situation risque encore de durer des années, car il n’est pas envisageable que l’Algérie puisse produire des véhicules avant au moins trois ans.

 

Abed Charef, 7 août 2012.  La Nation.info

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