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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

 

 La maison où ont été tirés la proclamation et l'appel du 1er Novembre

DR. A Ighil Imoula, la maison où fut imprimé la proclamation du 1er Novembre

 

 

 

 

La déclaration du Premier novembre proposait à l’Etat français : « L’ouverture des négociations avec les porte-parole autorisés du peuple algérien sur les bases de la reconnaissance de la souveraineté algérienne, une et indivisible ». Douze jours plus tard, le 12 novembre 1954, le ministre français de l’Intérieur, François Mitterrand, déclarait : «Des Flandres au Congo, il y a la loi, une seule nation, un seul Parlement». On connaît les terribles résultats de cet aveuglement de la classe politique française. Héritier de François Mitterrand, François Hollande va-t-il proclamer le repentir de l’Etat français?  Rien n’est moins sûr en ces temps de réécriture rampante de l’histoire.

 

 

 

Copie de la proclamation du 1er Novembre tirée à Ighil Imoula

 

 

 

Le ministère des Anciens moudjahidines, assis sur son gros budget, est devenu le ministère de l’histoire de la lutte de libération nationale. Il ressasse un discours quasi-syndical au profit de la famille révolutionnaire et des ayant-droit, dont il vient d’ailleurs de clore la liste (il n’y en pas suffisamment pour tout le monde).

 

 

Tandis que l’héroïque ministre dispense ses recommandations  à la Jeunesse-oublieuse-du sacrifice-des-Ainés, c’est le massacre général des héros. Pendant que les historiens font modestement leur travail pour restituer la génèse de l'insurrection, sa mise en perspective, le déroulement de la lutte de libération est le fond de commerce des médias. Périodiquement, des  "révélations" sont livrées sur le marché : luttes de clans, complots, exécutions sommaires, conditions « suspectes » du décès dans les maquis.

 

 

 

En contrepoint à cette démolition des héros, la mode médiatique, c’est le refrain des « Occasions manquées » et des « malentendus ». Et leurs responsables : les ultras de l’Algérie française d’un côté, les radicaux plébéiens et autres « gardiens de chèvres » de l’autre, deux extrêmes  jugés responsables de l’échec d’une "décolonisation pacifique et civilisée".

 

   

 

 

Des esprits forts affirmant vouloir « rompre avec le discours nationaliste » propose une Nouvelle histoire, dont le fil conducteur se résume à une interrogation audacieuse : cela valait-il vraiment le coup de déclencher le Premier novembre ? Peut être aurait-il mieux fallu attendre que les forces positives de la Métropole se décident pour une décolonisation à l’amiable ? Cette option (imaginaire) aurait, selon eux, permis à l’Algérie d’éviter les crises futures en mettant en selle pour gérer l’Algérie une élite civilisée, ayant pignon sur rue : les impasses après l’Indépendance sont dues à l’emprise des « gardiens de chèvres» sur la conduite de lutte de libération nationale ! Revanche des anciens vaincus : on invoque, sans la moindre vérification, les témoignages d’anciens officiers du 2ème Bureau et autres Paras de l’intox et de la contre guérilla. Des faux témoins professionnels appelés à la barre de l’histoire !

 

 

La lutte de libération nationale doit être passée au scanner, mais faut-il rejeter le bébé avec l’eau du bain ?

 

 

Ahmed Akkache, évoquant la révolte des Circoncellions algériens, à l’époque de la domination romaine, (révolte condamnée par Saint Augustin et par l'Histoire), notait : « Ce qui leur a permis de rassembler autour d’eux tous les mécontents et les victimes de l’occupation, suscitant ainsi un immense mouvement social auquel on peut donner le nom de «Révolte des saints» ou «des justes» par référence aux noms que prenaient les premiers groupes d’insurgés pour se différencier de la sauvagerie romaine. Ce mouvement extraordinaire n’est en fait qu’un des maillons de cette longue et riche chaîne historique que Kateb Yacine a appelée «la Guerre de 2000 ans», et que la jeunesse algérienne gagnerait à mieux connaître. » (Le Soir d’Algérie,)

 

 

 

Cinquante ans après l’Indépendance, d’autres ancêtres que ceux de Kateb Yacine ont décidé de prendre la parole d’outre-tombe. Leurs ayant-droit perdent leurs complexes. Ces Grands anciens,  personnages hauts en couleur, ont fièrement abdiqué l’ambition autochtone devant l’inexorable Civilisation Occidentale. Ils ont mis leur rayonnement archaïque au service de l’occupant. Suivront en vrac, durant les 50 premières années du 20ème siècle : les prouesses des spahis (s’bayess) glorieux médaillés des guerres françaises du Levant contre la renaissance arabe, la somptuosité des  bachaghas polygames, l’allégeance des m’khaznia des piémonts kabyles, celle des mokadem et autres chefs de Grandes Tentes. Les « Services » de l’armée coloniale -sous l’inspiration de Lyautey, le maréchal stratège de la colonisation maghrébine- avaient au début du siècle méthodiquement installé et suivi avec soin ce processus de récupération.  

 

 

 

Au tournant du 20ème, la colonisation territoriale était achevée, mais pas celle des Algériens. Félix Gautier, L’historien de l’université d’Alger (1864-1940) notait alors que «L’outrage par le regard » envers un fonctionnaire de police, considérée comme une infraction, était monnaie courante.

 

 

 

Après la Première guerre mondiale, rompant avec le courant de la soumission chez les élites traditionnelles, les nouveaux patriotes algériens, ceux des temps modernes, relègueront  ces castes à leur place de supplétifs du système colonial dont ils fourniront aussi la couleur locale et les burnous d’apparat. Après le dernier soubresaut, en 1901 près de Miliana, de la Révolte nationale du 19ème siècle, de nouvelles élites patriotiques émergent dans de nouveaux combats sociaux, démocratiques, identitaires. Intellectuels Jeunes algériens, nationalistes plébéiens de l’Etoile, Oulemas, Communistes, Libéraux patriotes : tous sont les parrains de la grande initiative du Premier novembre.

 

 

Saoudi Abdelaziz, 1ernovembre 2012, revu le 31 octobre 2013

 

 

 

 

 

 

 

Le manteau troué de M. Mechati

 

 

 

 

Présenté comme le dernier survivant des initiateurs de l'insurrection du 1er novembre 1954, le très médiatisé Mechati est connu pour sa thèse audacieuse sur l'influence négative de l'Etoile Nord Africaine dont il écrit dans son dernier livre : " Cette structure était une création du pouvoir colonial, par l’entremise du Parti communiste français, pour saborder l’action de l’émir Khaled qui le dérangeait foncièrement ». Un révisionnisme qui alimente la campagne médiatique "anti-plébéienne" en cours, censée préparer l'abandon des options sociales novembristes qui font obstacle à l'intronisation historique du néolibéralisme.

Défenseur de la mémoire du défunt président Boudiaf, qui avait coordonné le déclenchement de la Révolution, son fils Nacer, met en cause ce manteau d'organisateur du premier novembre dans lequel Mechati se drape.

 

 

24 juillet 2013.

 

 

 

 

 

 

 

M. Mechati, comment avez-vous lâché le 1er Novembre 1954

 

 

 

 

 

Par Nacer Boudiaf, 24 juillet 2013

 

 

 

 

 

 

Il y a quelques jours, un des enfants de feu Lakhdar Bentobal a exprimé, dans les rubriques du quotidien El Watan, un droit de réponse à M. Mechati. J’ai longtemps tergiversé avant de me décider à apporter cette contribution pour réconforter la mise au point de M. Bentobal. Je voudrais, à cet effet, faire référence à un article écrit par Mohamed Boudiaf, paru sur la revue El Djarida n°15 de novembre-décembre 1974. Beaucoup d’amis l’avaient alors sollicité pour publier quelque chose à l’occasion du 20e anniversaire de la Révolution du 1er Novembre.
Alors, patiemment, et comme à son habitude, en toute modestie, il se mit à décrire la «Préparation de Novembre», titre de sa contribution. Dans la partie «la réunion des 22», Boudiaf écrit ceci :
«D’un point de vue géographique, il y avait pour Alger : Bouadjadj Zoubir, Belouizdad Athmane, Merzougui Mohamed et Derrich, chez qui nous étions réunis.

Pour Blida : Souidani Boudjemaâ et Bouchaïb Belhadj, qui sont sans être originaires de la région la connaissaient bien pour s’y être réfugiés depuis qu’ils étaient recherchés, travaillant dans les fermes et établissant des contacts avec les ouvriers agricoles.

Pour l’Oranie : Boussouf Abdelhafid et Ramdane Abdelmalek qui étaient toujours en activité dans le parti,
respectivement responsable de la daïra de Maghnia et de celle de Nemours.

Pour le Constantinois : Mechati, Habbachi Abdessalam, Rachid Mellah et Saïd dit Lamotta, membres du comité de Constantine et sur lesquels nous comptions beaucoup pour déclencher l’action à Constantine même. Ils nous lâchèrent avant le 1er Novembre.»

M. Mechati, cet article, publié en 1974, n’a jamais été démenti. Plus grave encore, il y a quelques mois, vous aviez accusé Boudiaf de dictateur. Je vous ai rappelé ce passage et vous ne l’aviez pas, non plus, démenti. Alors cessez de travestir la Révolution, cessez de modifier et d’adapter l’histoire au vide politique créé depuis l’indépendance confisquée. Je voudrais également rappeler un autre passage du même article publié en 1974, où Boudiaf rapporte ce qui suit :

«Deux positions se dégagèrent (à la réunion des 22) : l’une d’elles, représentant essentiellement les éléments recherchés, préconisait le passage immédiat à l’action comme seul moyen de dépasser la situation catastrophique non seulement du parti mais du Mouvement révolutionnaire dans son ensemble.
L’autre orientation, sans remettre en cause la nécessité de l’action, jugeait que le moment de la déclencher n’était pas encore venu. Les échanges d’arguments furent très durs.

La décision fut acquise après l’intervention émouvante de Souidani Boudjemaâ qui, les larmes aux yeux, fustigeait les réticents en déclarant : «Oui ou non, sommes-nous des révolutionnaires ? Alors qu’attendons-nous pour faire cette Révolution si nous sommes sincères avec nous-mêmes ?»

Cette intervention de Souidani Boudjemaâ fut grandement déterminante pour le cours de l’histoire, l’histoire du 1er Novembre 1954 que vous avez choisie, certainement par peur, de lâcher...

 

 

Mise au point publiée dans El Watan.com

 

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