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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

Manifestation place de la Perle, Bahreïn le 19 février 2011

DR-Manifestation place de la Perle, Bahreïn le 19 février 2011

 

  

  

« Le printemps arabe », est un concept médiatique inventé pour confondre dans le même sac sémantique les levées populaires-démocratique en Tunisie et en Egypte (commencées  en hiver), avec ce qui se passera au lendemain de la chute de Ben Ali et Moubarak (laquelle chute a aussi eu lieu en hiver) : la militarisation des révoltes libyenne et syrienne. Par la force des choses, les deux peuples abandonneront les rues : cette militarisation est effet un contrefeu allumé par les monarchies et les services occidentaux pour changer la nature profonde du « printemps arabe » : il faut dorénavant éviter avant tout que les peuples s’emparent de l’espace public, comme ils ont commencé à le faire au Bahrein. (Dans ce pays pour éviter que ne se répète le phénomène de la place Tahrir, la monarchie a carrément détruit la place de la Perle au centre de Manama).

 

Cette militarisation amalgamant les militants sincères aux djihadistes aux forces spéciales occidentales et monarchistes a conduit au chaos stratégique dans ces deux pays. Contrairement à ce qui se passe en Egypte et en Tunisie où les peuples poursuivent leurs difficiles transitions démocratiques, naviguant entre les écueils des deux salafismes-l’un laïc et l’autre wahabiste- qui poussent à la fitna.  Les médias mainstream présentent comme un chaos ce qui se passe en Tunisie et en Egypte. Sans grand succès parmi les peuples concernés, qui gardent quand même leur sang froid.

 

Antar Daoud consacre sa chronique aux « glissements sémantiques » utilisés par les forces anti-démocratiques en Algérie pour mettre à profit la peur du chaos. Comme toujours, il y a toujours de très bonnes choses à se mettre sous la dent chez le chroniqueur oranais.

 

Saoudi Abdelaziz

 

 

Les Djihadistes sont les enfants des dictatures, pas des révolutions

  

Par Kamel Daoud

 

 

 

 

« Ceci est le résultat du printemps arabe» a résumé, sous couvert d'anonymat, un responsable algérien au «New York Times», rapporte le journal électronique TSA. C'est la nouvelle équation, épilogue de longs glissements sémantiques entre le sens de démocratie, chaos, révolution, désordre, islamistes, etc.

 

 

Chez nous, le régime a joué sur la peur du chaos et le traumatisme des années 90, pour stopper net les demandes de changements et faire passer la démocratie pour l'ennemi du Bien. Avec la prise d'otages d'In Aménas, cette équation est désormais revendue aux opinions de l'Occident : les Djiahdistes sont la conséquence du printemps «arabe». Est-ce vrai ? Non. Les révolutions en Tunisie, en Egypte ou, surtout en Libye, ont permis aux islamistes de prendre les pouvoirs et aux Djihadistes de prendre de nouvelles armes. Mais les islamistes et les Djihadistes ne sont pas nés des révolutions. Ils sont nés avant, des régimes, des dictatures, des échecs idéologiques des nationalismes, de l'injustice. Les islamistes sont d'abord les fils légitimes et aînés des régimes qui sont tombés et du wahhâbisme internationalisé par le livre et le satellite.


On ne semble retenir, aujourd'hui, de ces dictatures que leur vertu policière de «stabilité» et d'ordre. On oublie, avec une criminelle facilité, les tortures, les dénis de droits, les spoliations de richesses, les viols, les fraudes, les corruptions, le mal, les disparitions forcées, les vols, les assassinats. On oublie la guerre faite aux progressistes, les universités vassalisées, les élites soumises aux chantages par la violence, la chasse aux intellectuels et au Savoir. On oublie que ces régimes ont justement encouragé les islamistes comme alibi (Si ce n'est pas moi, ce sont eux !), pourchassé la modernité, et verrouillé les cultures sous la serre des mosquées et des «Services». On oublie aussi que faute d'alternative idéologique aux nationalismes menteurs, les gens n'ont trouvé que le wahhâbisme et l'islamisme comme refuges et comme solutions, parce qu'on n'a rien laissé émerger d'autres.


On ne fabrique pas un islamiste et un Djihadiste lorsqu'on se révolte contre un régime. On fabrique des Djihadistes quand on construit la plus grande mosquée de l'Afrique et pas le plus grand pays, quand on pourchasse les couples et les libertés, quand on encourage le bigotisme et les fatwas et quand on «talibanise» les écoles et les écoliers, au lieu de les encourager à s'interroger sur le monde et à créer la richesse et la valeur. L'équation moderne est d' «afghaniser» les peuples par les écoles et de «pakistaniser» les régimes par la global-war. Cela mène au mur.


Les islamistes sont donc les enfants directs des Dictatures. Kadhafi n'avait pas six enfants, mais des milliers, de Benghazi à Gao. Autant que Moubarak. Ce ne sont pas les enfants des révolutions. On en fabrique quand on infantilise un peuple pendant des décennies, quand on le dé-cultive, le réduit à l'ignorance et au Moyen-âge : la dictature peut tomber mais ses effets seront durables, pendant longtemps : les islamistes, le non-vote, le désengagement, le fatalisme, la violence comme institution primaire, l'intolérance, en sont les produits dérivés. Et si les peuples «arabes» se sont révoltés, c'est à cause de trois grand maux : les polices politiques alias les«Moukhabarates» qui gangrènent la vie des nations, la Justice à la dérive et les fils des dictateurs. Cela est la vérité crue et évidente pour celui qui ne veut pas s'illusionner ni mentir.


Dire aujourd'hui que le printemps «arabe» a enfanté des Djihdistes est une manœuvre, un mensonge, un raccourci et une ruse. Ce n'est pas vrai. Dans ce monde «arabe», aujourd'hui centre du monde par l'obscurité et pas par l'avant-garde et la lumière, les islamistes et les Djihadistes sont venus au monde parce que pendant le demi-siècle passé, on a tout fait pour détruire ce qui peut assurer une relève, une réflexion, une liberté. On les a encouragés, dopés et on a surveillé et emprisonné ce qui pouvait offrir un autre choix que le Moyen-âge. On a détruit les libertés et les libérations acquises après le départ des colons.


Demander la démocratie n'est pas un crime, ni la cause du chaos actuel. Le chaos et la violence sont le crime des régimes qui ne savent fabriquer que des prisons ou des islamistes ou des Trabelsi prédateurs. Dire aujourd'hui, que les Djihadistes sont une menace contre le pays est une vérité mais il faut aussi admettre qu'à long terme, on fabrique des islamistes quand on refuse la liberté aux siens, le Savoir, les écoles modernes, l'entreprise, la créativité et la création et lorsqu'on encourage la prière au lieu du travail et le conservatisme au lieu de la citoyenneté ou la fatwa au lieu de la loi. Lorsqu'on prive un peuple de sa liberté, il s'habitue aussi à ne pas en avoir, au nom de Dieu, à la place du «au nom du dictateur».

 

 

Kamal Daoud, 26 janvier 2013. Le Quotidien d’Oran

 

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