Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Publié par Saoudi Abdelaziz

 

Zoe Konstantopoulou est députée Syriza-FSU. Elle livre à humanite.fr son regard sur la situation en Grèce à la veille du passage, en procédure d’urgence, du projet de loi imposant une nouvelle dose d’austérité

 

La Grèce manifeste. Le gouvernement entend-il le refus des Grecs d’appliquer l’austérité ?

Zoe Konstantopoulou. Je pense que le gouvernement n’entend que les voix de la troïka, n’a vraiment aucune volonté d’appliquer une politique sociale, humanitaire je dirais même. Ce qui reste au peuple grec est de résister fortement, de manifester de tout leur cœur et des leur âme et de revendiquer ce qui devrait être l’acquis, ce qui était l’acquis et qui est démoli par la récession et la politique d’austérité.

 

Mais il paraît que la balance commerciale est en amélioration. Les choses vont-elles mieux en Grèce ?

Il pourrait y avoir un argument que si nous n’avons plus de société, les chiffres prospéreraient. Mais ce qui se passe en ce moment en Grèce est une crise humanitaire. Nous avons 55% de sans emplois parmi les jeunes, 25% dans la population. Cela se traduit par 1,5 million de chômeurs, de plus en plus de sans abris. Nous expérimentons une catastrophe sociale et il n’y a aucun argument mathématique ni économique qui peut légitimer ce qui est un crime contre la société grecque et européenne.

 

Pour la 1ère fois, les Européens du Sud d’accord sur une grève générale le même jour, le 14 novembre. Qu'en attendez-vous?

Je pense qu’il est important que les peuples européens s’unissent, se réunissent et mènent une lutte commune car les problèmes sont commun et il ne peut avoir de solution individuelle comme il ne peut y avoir de solution nationale. Il est très important pour le peuple grec qu’il ressente la solidarité de la part des autres peuples européens et il est très important que les peuples européens prennent leur destin en main.

 

La Grèce atteint bientôt le chiffre de 30% de chômeurs officiels. Dans l’histoire, ce seuil marque souvent des changements politiques profonds. Un changement de régime est-il possible en Grèce ?

Il paraît que le chômage réel touche déjà les 30% car les taux annoncés ne comptent pas les entrepreneurs de petites et moyennes entreprises qui ont dû fermer, ni ceux qui n’ont jamais été enregistrés comme employés. Nous en sommes donc déjà au 30%. En outre, il ne faut pas attendre qu’il y ait une catastrophe sociale totale pour revendiquer le changement des politiques et du régime – j’entends par là, malheureusement, ce qui est appliqué en ce moment en Grèce n’est pas la démocratie ; nous avons des lois qui passent sans être discutées au Parlement et nous avons de plus en plus d’actes présidentiels législatifs, c’est-à-dire d’actes passés par le Président et le gouvernement sans discussion parlementaire et ratifiés ensuite par le parlement par des procédures d’urgence. Nous avons de plus en plus de projets de lois anticonstitutionnels, antieuropéens et anti-droits de l’homme.

 

Entretien réalisé par Fabien Perrier, 5 novembre 2012. L’Humanité.fr

 

 

 

Les hôpitaux grecs privés du médicament contre le cancer de Merck

 Photo Joël Philippon

Photo Joël Philippo

L’industriel pharmaceutique allemand Merck a décidé de ne plus livrer son médicament contre le cancer Erbitux aux hôpitaux publics grecs. La seule possibilité pour les Grecs de continuer à se soigner avec est de payer le médicament cash, en pharmacie.

"Cela n'affecte que la Grèce, où nous avons été confrontés à de nombreux problèmes. Cela ne concerne que ce produit", explique Matthias Zachert dans cet entretien au Börsen-Zeitung. Et ce en raison de factures non payées. L'anticancéreux Erbitux est un peu la poule aux œufs d’or de l’industriel, le deuxième médicament sur ordonnance le plus vendu. Il a représenté un chiffre d'affaires de 855 millions d'euros en 2011. En juillet déjà, le groupe pharmaceutique Merck menaçait de renoncer à de futurs projets de recherche de plusieurs dizaines de millions d'euros au Portugal si des hôpitaux du pays ne remboursaient pas leurs dettes.
A noter qu’un autre groupe pharmaceutique allemand, Biotest, a déjà cessé de livrer les hôpitaux publics grecs dès juin dernier.

 

 

L’horreur au quotidien de l’accès au soin

 

Le New-York Times avait publié à ce propos un reportage terrifiant. Suite à une loi passée à l'été 2011, les Grecs perdent toute sécurité sociale après un an de chômage. Ils seront bientôt 1,2 millions dans ce cas. Des médecins sous-payés en sont réduits à tenter de soigner les malades sur leur temps libre, avec des médicaments périmés. Le reportage s’appuie sur le témoignage atroce d’Elena, victime d’un cancer du sein qu’elle n’a pas pu soigner, dont la tumeur de la taille d’une orange est aujourd’hui à vif. Elle n’a d’autre traitement d’éponger ce qui suppure de sa poitrine avec des serviettes en papier. Et 2 milliards d'euros d’économie sur le système de santé sont encore à venir en Grèce.

 

L’Humanité.fr, 5 novembre 2012

 

 

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article