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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

 

 

(François Hollande et Maurice Lévy - CHESNOT/SIPA)

François Hollande et Maurice Lévy - CHESNOT/SIPA)    

 

DR-Maurice Levy : « La mondialisation a été un bien indiscutable pour les populations des économies émergentes et un défi inattendu pour les économies matures. Toute décision qui rendrait la compétitivité des pays matures plus difficile aurait des conséquences graves. (…) Prendre des mesures isolées comme dans le cas d’UnitAid ou de la taxe sur les transactions financières n’aboutirait qu’à l’aggravation des situations actuelles de la France et d’autres pays. »

 

C’est un extrait d’une lettre de Maurice Levy, le PDG de Publicis -qui se revendique « conservateur »- que publie Maurice Jorion dans son blog et à laquelle il répond.

 

 

EXTRAITS DE LA  REPONSE DE PAUL JORION

 

(…) On trouvera bien sûr des personnes pour considérer que la répartition de la richesse telle qu’on la constate aujourd’hui n’est pas essentiellement fondée sur un rapport de force historique mais sur le talent. Le chiffre que l’on cite aujourd’hui à propos des principales multinationales est celui de leur P-DG gagnant en moyenne 450 fois ce que touche leur employé moyen. Il est bien possible que ce P-DG soit beaucoup plus talentueux que son employé moyen, l’éventualité n’est pas à exclure, mais 450 fois, comme le voudraient les chiffres ? cela dépasse les bornes de la vraisemblance.

 

Sur quoi débouchent de telles disparités ? sur des situations telles qu’on les observe par exemple aux États-Unis, où les 50% les moins riches de la population se partagent 2% du patrimoine, tandis que le 1% le plus riche détient lui 40% de la richesse nationale. Dans des conditions comme celles-là, les 1% voudraient-ils même consacrer leur fortune à l’investissement productif plutôt qu’à la spéculation comme ils le font en ce moment pour 80% du volume, qu’ils seraient bien incapables de le faire, faute de pouvoir d’achat dans la grande masse de la population. J’ajoute que la spéculation (qui ne crée de la liquidité que pour d’autres spéculateurs) est un facteur de déstabilisation dans la formation des prix, pénalisant le consommateur quand elle pousse les prix à la hausse et le producteur quand elle les entraîne à la baisse.

 

Tout ceci n’empêche pas que l’on recommande en ce moment-même dans les milieux où l’on décide (contre l’avis des milieux où l’on réfléchit) des ajustements « structurels », entendez des baisses salariales, au prétexte de faire baisser les coûts de production, comme si le souci de vendre pouvait mettre entièrement entre parenthèses la question de qui sera en mesure d’acheter. Oui, on imagine depuis les années 1975 que le crédit peut remplacer les revenus, comme si le crédit n’était pas une simple hypothèque sur des salaires encore à venir.

 

Vous êtes « conservateur », dites-vous ? Très bien, mais que s’agit-il encore de conserver sur une planète où le système économique en place dérègle de manière irréversible le climat, détruit la planète à coups d’excavatrices, rend l’air irrespirable, et où des calculs de risque fondés sur des bases fausses par excès de naïveté conduiront à ce que s’étendent sans cesse les zones interdites au peuplement en raison du danger d’irradiation ?

 

Que peut-on conserver encore dans un monde où le système financier est entré en déliquescence depuis six ans déjà ? où la destruction de l’économie est irréversible en raison de l’endettement des États qui, dans leur folie, ont tenu à régler rubis sur l’ongle les pertes essuyées par les spéculateurs dans les paris pharaoniques qu’ils engagèrent les uns contre les autres ? où la classe politique sera bientôt discréditée dans sa quasi-totalité quand il apparaîtra qu’elle s’est elle aussi compromise par des paris spéculatifs et la corruption que ceux-ci engendrent dans leur sillage.

 

Le monde se transforme aujourd’hui trop vite en raison des excès accumulés par une espèce animale « colonisatrice opportuniste » comme la nôtre pour qu’un « conservatisme » puisse encore – et ceci, quelle que soit la manière dont il se définit – trouver quoi que ce soit de solide à quoi s’ancrer.

 

Ce monde qui était le nôtre s’abîme dans un grand fracas, à nous de déterminer à quoi le nouveau devra ressembler. Vouloir conserver à tout prix celui en voie de disparition ne peut avoir qu’un seul effet : précipiter davantage encore sa chute, et rendre du coup plus désordonnée la transition vers celui qui lui succédera inéluctablement.

 

C’est de celui-ci qu’il est question quand nous parlons d’« économie positive ». Pour l’autre, rangeons-nous à ce que suggère la sagesse immémoriale et « laissons les morts enterrer les morts ».

 

 

Paul Jorion, 6 avril 2013. pauljorion.com

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