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Publié par Saoudi Abdelaziz

 Brahim Tazaghart DR

 

 « La transformation générationnelle, avec l’arrivée aux commandes de jeunes officiers supérieurs, combinée à la conjoncture régionale et internationale, ne sont-elles pas en train de pousser l’institution militaire à adopter une nouvelle doctrine qui va la mettre en phase avec la société ? ».

Ce constat semble être l’argument principal de la contribution de Brahim Tazaghart, publié dans Maghreb Emergent. L’écrivain précise : « l’armée elle-même doit participer activement à restituer sa totale souveraineté au peuple algérien, dans un mouvement concerté avec l’ensemble des forces représentatives de la société. La défense de la souveraineté nationale et de l’intégrité territoriale est indissociable de la liberté des citoyennes et des citoyens et des intérêts communs partagés ».

 

 

 

Texte intégral.

 

 

 

 

 

 

 

Le FFS et le scrutin de mai 2012 à la lumière du Printemps arabe et des signes de mutation du régime

 

 

 

 

 

Par Brahim Tazaghart, écrivain et éditeur

 

 

 

 

 

 

 

 

 

J’avais décidé de ne pas publier cette réflexion qui tentait, initialement, de comprendre le pourquoi de la levée de boucliers politique à laquelle nous avons assisté lorsque le Conseil constitutionnel a accordé au FFS six nouveaux sièges dans l’Assemblée nationale populaire (APN). J’avais pensé que, passé le moment de l’annonce de cette décision et des réactions immédiates qu’elle avait suscitées, elle allait paraître comme hors contexte. La persistance de la crise imposée au FFS m’a poussé à réviser ma position en revoyant ce texte à l’ombre des derniers développements.

 

 

 

En effet, les anciens/nouveaux dissidents du FFS, sans arguments convaincants pour justifier leur regroupement composite contre le redéploiement du doyen des partis de l’opposition, ont vu - et voient encore - en ces 6 sièges ajoutés à ses 21 sièges initiaux la preuve d’un « deal » conclu avec un clan du pouvoir.

 

 

 

Confirmer ou infirmer cette assertion n’est pas l’objet de mon propos. En revanche, je tenterais une approche que je pense en mesure de permettre de mieux saisir le moment historique que le pays traversait et qui nous éviterait assurément les faux débats qu’on voulait imposer à la société, gérée par la diversion et le conditionnement le plus abject.

 

Pour ce faire, je me suis posé la question suivante : quelle signification politique donner à cette nouvelle représentation ? Et pour bien saisir les enjeux s’y rattachant, j’ai fragmenté le temps politique en un « avant » et un « après » les élections du 10 mai 2012.

 

 

 

 

 

 

 

Dès l’indépendance, diviser les Algériens pour régner

 

 

 

 

 

 

 

Tout le monde admet qu’à la suite de la politique coloniale, et sans opérer les ruptures nécessaires avec elle, le pouvoir a suivi une politique de division des forces de l’opposition pour mieux s’imposer, dans un premier temps, et pour se maintenir, par la suite.

 

 

 

Face à la doctrine patriotique et démocratique du FFS, les appareils de manipulation et de propagande du régime ont œuvré, sans discontinuité, à mettre en évidence l’origine natale de son leader, Hocine Aït Ahmed, afin de limiter son influence politique à la seule Kabylie.

 

Résultat de cette campagne - qui, au passage, a fragilisée le sentiment d’intégration nationale - et vu les gros moyens dont il disposait et le manque manifeste de culture politique chez les populations, le pouvoir a réussi à circonscrire la lutte pour la démocratie, et ce, pendant longtemps, dans cette région. Il a même réussi l’exploit de mettre les élites des autres régions du pays dans une position d’attente ou d’indifférence, sauf rares exceptions.

 

 

 

Un tête-à-tête dangereux s’est alors installé entre le pouvoir, concentré dans la capitale, et la région rebelle de Kabylie.

 

 

 

Durant toute cette période, l’institution militaire, au cœur du système politique algérien, a assuré seule la sécurité politique du pays, imposant politiques et présidents.

 

Les partis de l’opposition, au lieu qu’ils soient considérés comme partie prenante de l’architecture institutionnelle de l’Etat national, étaient perçus comme une source d’agitation et d’instabilité et combattus comme tels.

 

 

 

Le multipartisme n’a été accepté qu’après des sacrifices ayant occasionné plus de 500 morts en octobre 1988, dans une conjoncture internationale marquée par la chute du mur de Berlin et des dictatures de l’Europe de l’Est.

 

 

 

Cependant, malgré la reconnaissance du multipartisme dans la Constitution du 23 février 1989, force est de constater que l’attitude du pouvoir vis-à-vis des partis de l’opposition est restée la même, sans aucun changement notable qui aurait épargné au pays des drames et des pertes irremplaçables.

 

 

 

 

 

« Une transformation générationnelle en cours au sein de l’armée »

 

 

 

 

 

 

 

Les élections législatives du 10 mai 2012 se sont déroulées dans un contexte marqué par de grands bouleversements régionaux. La chute de Zine El Abidine Ben Ali en Tunisie et de Hosni Moubarak en Egypte, l’intervention de l’OTAN en Libye, la guerre civile puis le départ de Ali Abdallah Salah au Yémen, la guerre civile en Syrie et la guerre et le chaos dans le nord du Mali constituent l’arrière-fond de l’instant historique dans lequel elles se sont tenues.

 

 

 

Dans ce contexte, qui contrastait brutalement avec celui d’un passé très récent (celui d’avant les révoltes arabes), il était utile de se demander : l’Armée nationale populaire, cœur du système politique algérien, était-elle en mesure de sécuriser les frontières nationales et de prévenir les prétextes d’une intervention étrangère en continuant à tenir à l’écart du pouvoir de l’Etat les partis patriotiques et démocrates ? Etait-elle dans une situation confortable face aux défis qu’imposait la conjoncture régionale et mondiale, lors même que le risque de chute durable des prix du pétrole n’était pas (et n’est toujours pas) à écarter ?

 

 

 

La transformation générationnelle, avec l’arrivée aux commandes de jeunes officiers supérieurs, combinée à la conjoncture régionale et internationale, ne sont-elles pas en train de pousser l’institution militaire à adopter une nouvelle doctrine qui va la mettre en phase avec la société ?

 

 

 

Des questions et d’autres qui doivent être posées sans retenue, car les réponses détermineront l’avenir de tout un peuple.

 

 

 

A ce niveau, il est utile de signifier la différence essentielle entre l’armée en tant qu’institution de l’Etat algérien et les chefs militaires qui ne l’incarnent pas nécessairement tout le temps et dans toutes les situations.

 

 

 

Car, contrairement aux idées statiques auxquelles s’accroche une certaine élite politique qui désire figer le temps, l’institution militaire n’a jamais été dans une situation aussi complexe, difficile et féconde que celle présente !

 

 

 

 

 

La menace extérieure n’est pas une vue de l’esprit

 

 

 

 

 

Comme au temps de la Guerre d’indépendance, l’Armée populaire nationale, héritière de la glorieuse Armée de libération nationale, a besoin d’être sécurisée par le peuple algérien afin qu’elle puisse sécuriser le pays. C’est là un défi qui s’impose à tous, en premier lieu à l’armée elle-même, qui doit participer activement à restituer sa totale souveraineté au peuple algérien, dans un mouvement concerté avec l’ensemble des forces représentatives de la société. La défense de la souveraineté nationale et de l’intégrité territoriale est indissociable de la liberté des citoyennes et des citoyens et des intérêts communs partagés.

 

Les opportunités pour le faire ne manqueront pas, et une présidentielle ouverte en 2014 sera une occasion irremplaçable.

 

 

 

Nous devons tous admettre que les menaces sur le pays sont multiples et pointent de partout. Si la plus lourde est l’incapacité de la gouvernance actuelle à s’élever au niveau des attentes des populations et de permettre une vie publique sereine, avec ce qu’elle suppose comme rêves et espérances, les menaces extérieures ne sont pas une vue de l’esprit.

 

 

 

Ceux qui affirment avec dérision - comme l’a fait M. Djamel Zenati - que « l’OTAN n’est pas une menace puisqu’elle est déjà parmi nous » confondent intentionnellement les influences économiques et politiques des grandes puissances, auxquelles aucun pays n’échappe, et les interventions musclées sous divers prétextes afin de remodeler le monde selon la volonté des maîtres de l’Empire. Ce genre de propos, populistes et impensés, participent à désarmer politiquement et psychologiquement le peuple et la société, avec tous les drames qu’un tel dérapage suppose.

 

 

 

A ce sujet, et loin de tomber dans la démagogie, je suis convaincu qu’à défaut de pouvoir assumer, en tant que classe politique, le rôle primordial de préservation de la sécurité politique du peuple et de l’Etat, c’est la police politique qui persisterait à le faire, seule et en dehors de toutes les règles légales.

 

 

 

« L’OTAN souhaite sortir de son rôle défensif qui opérait pendant la Guerre froide pour se préparer, de façon opérationnelle, aux nouvelles ‘’menaces’’ telles que ‘’le terrorisme’’, la ‘’concurrence pour le contrôle des ressources énergétiques et des voies d’acheminement’’, le contrôle de la prolifération nucléaire provenant des ‘’pays lointains’’, les cyber-attaques, la piraterie maritime, la criminalité organisée. Sa zone d’intervention ne sera donc plus limitée aux frontières du pays de l’Alliance mais sera mondiale et la guerre en Afghanistan ne sera plus une exception. » Cette mise en garde d’Europe Ecologie, dans un communiqué de presse datant du 15 novembre 2010, c’est-à-dire avant même le début des révoltes arabes, mérite toute notre attention.

 

 

 

Sous l’intitulé « Non à la nouvelle stratégie de l’OTAN qui devra courir jusqu’en 2020 », nous pourrions lire dans ce même communiqué : « Avec sa nouvelle stratégie, l’OTAN accentuera les tensions entre le Nord et le Sud, aggravera le conflit de la ‘’guerre des civilisations’’, sera le ferment des nouvelles guerres préventives et d’intervention pour le contrôle des ressources naturelles et énergétiques. Par l’effort financier qui est demandé aux membres de l’OTAN, la course aux armements, y compris nucléaires, ne pourra que s’accroître dans une modernisation permanente et de moyens répressifs asymétriques. Les citoyens n’auront aucun contrôle démocratique sur les options militaires de l’organisation. »

 

 

 

 

 

Est-ce la fin de la politique de cantonnement du FFS en Kabylie ?

 

 

 

 

 

C’est en ayant à l’esprit cet arrière-fond des élections du 10 mai 2012 et le besoin de cohésion et de sécurité du pays qu’imposait à tous un moment historique redoutable qu’il faut chercher la réponse à notre question initiale.

 

 

 

En effet, que le pouvoir se soit trouvé embarrassé de voir la population amazighophone de Bouira sans représentation politique est compréhensible, ce qui ne l’a pas autorisé à négliger l’étude des recours introduits et le rétablissement du FFS dans son droit.

 

 

 

Qu’il ait cédé au fait que le FFS se maintienne dans ses fiefs traditionnels et ne perde pas des espaces dans les Hauts-Plateaux est remarquable. Mais qu’il ait accepté que ce parti déborde les limites de la Kabylie pour représenter Constantine, Cirta des temps anciens et ville de Abdelhamid Ben Badis El Sanhadji, mérite une profonde méditation.

 

 

 

Dans un temps pas lointain, il aurait œuvré, par tous les moyens en sa possession, à confisquer le siège hautement symbolique de Mlle Hamrouche, comme il l’avait toujours fait pour réduire le FFS à une dimension de parti régional. Or, comme déjà avancé, les changements qui agitaient et agitent encore la région et le monde ne pouvaient épargner notre pays. Et le pouvoir, du haut de ses certitudes, était contraint de se réviser. Et ce n’est que le début.

 

 

 

 

 

 

 

Rester vigilant

 

 

 

 

 

Ceux qui veulent faire du boycott une idéologie, de l’insulte et de l’invective une doctrine politique et de l’immobilisme une perspective salutaire négligeant totalement le poids des conjonctures dans l’entame et l’accélération d’un tel ou tel autre processus politique et oublient que le devoir des femmes et hommes politiques est de saisir toutes les opportunités permettant le changement.

 

 

 

Entre l’avant et l’après-élections législatives du 10 mai 2012, nous avons sous les yeux deux démarches contradictoires du pouvoir qu’il faut apprécier à leur juste valeur.

 

Le moment de passage de l’une à l’autre signe une transformation qui, si elle ne se manifeste pas momentanément, ne manquera pas de marquer l’avenir. De l’obsession de voir le FFS enclavé en Kabylie à la paralysie devant son effort de remplir son rôle de parti national, le pouvoir, sous des contraintes objectives, admet une mutation dans sa ligne de conduite. C’est un fait. Et s’il est impératif de prendre acte de cette évolution, la vigilance doit être de mise.

 

 

 

Le temps nous a appris que le pouvoir ne fait de concessions que par tactique et calcul, guettant toujours le moment propice pour récupérer d’une main ce qu’il a cédé de l’autre. Et c’est pour cela qu’il faut s’engager avec conviction et de façon résolue dans l’occupation du terrain pour rendre cette option irréversible et sa remise ne cause irréalisable.

 

 

 

Il ne s’agit pas de croire en la bonne foi du pouvoir et en son intention de permettre les transformations nécessaires à l’instauration d’un climat démocratique mais de s’offrir des chances d’espérance et une remobilisation en mesure de permettre une nouvelle dynamique politique dans le pays, capable d’imposer le passage inévitable vers la IIème  République.

 

 

 

 

 

Brahim Tazaghart, 2 août 2012. Maghreb Emergent

 

 

 

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