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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

 

On sait que les journaux ont naturellement des lignes éditoriales (et parfois des allégeances) différentes. Lorsque ces lignes éditoriales éclairent des avis médicaux dans les rubriques politiques, cela donne parfois de curieux résultats.

 

 

Bouteflika très affaibli par la maladie, titre la une d’El Watan. Hacen Ouali, un spécialiste de la rubrique politique, scrute les faits et gestes du malade : « Le geste lent et incertain nous apprend le visage bouffi, le regard ayant perdu de sa superbe et un mouvement tremblant des lèvres. Des images muettes qui montrent un Président épuisé. Un homme de 76 ans fragilisé par une longue maladie ». Pour ceux et celles qui étaient distraits, il rappelle : « Bouteflika est apparu assis dans un fauteuil, habillé d’une robe de chambre sombre, bougeant péniblement les membres supérieurs, visiblement très affaibli et diminué, conséquence d’un AVC dont il a été victime fin avril dernier ». Sans Hacen Ouali, le détail nous aurait sûrement échappé : « Les images montrent le Président portant une tasse à sa bouche de la main droite alors que sa main gauche paraît figée ». Il précise mystérieusement : « L’articulation du mouvement semble aléatoire ».

 

 

Des images qui ne rassurent pas  titre Le Soir d’Algérie. Kamel Amarnia a  regardé la télé : « Bouteflika donne l’image d’un Président très fatigué. Le geste est lent. Le réflexe aussi. Comme lorsque Abdelmalek Sellal lui tendait une petite assiette pour se servir un gâteau. Un geste certainement préparé à dessein, car connaissant la rigueur du protocole présidentiel, même Sellal ne se serait jamais permis une telle «entorse», à plus forte raison dans cette circonstance-là. Or, Bouteflika prend le gâteau, mais pour le déposer d’abord. Avant de se rappeler qu’il fallait, au contraire, s’en servir pour montrer aux Algériens qu’il était encore en possession de toutes ses facultés, comme manger ou prendre son café, tout seul. Tout est question d’images en effet et rien que cela, dans toute cette histoire ».

 

 

« Des images contre la maladie et la rumeurs », titre Le Temps d’Algérie. Les réalisateurs du film peuvent être contents. A lire l’article signé, pudiquement F.H., le montage semble avoir été très efficace : « Sur les images, Bouteflika, en robe de chambre, était assis sur un fauteuil, avec ses hôtes. Le Président, tout en sirotant un café, discutait tantôt avec Sellal, tantôt avec Ahmed Gaïd Salah. Durant la discussion, Sellal a présenté l’assiette de gâteaux à Gaïd Salah, puis à Bouteflika, qui en a pris un en le posant sur sa sous-tasse. D’autres images ont montré le chef de l’Etat en train de déguster un gâteau, puis s’essuyer la bouche avec une serviette et enfin épousseter sa robe de chambre ».

 

 

« Après 50 jours de rumeurs folles : Bouteflika apparaît à la télévision, l'armée affiche son légalisme ». C’est le titre choisi par le Quotidien d’Oran. Salim Ferdi écrit notamment : « Les images montrées hier où la main gauche du président semble figée éclairent peut-être la formule de «réadaptation fonctionnelle». Cinquante jours après, un effort de communication un peu plus consistant est fait où le président paraît bien affecté par son AVC mais dans une situation beaucoup moins grave que le créditaient les rumeurs ».

 

 

DILEM DU 13 JUIN 2013

 

 

Liberté a choisi un titre neutre pour sa une : « Bouteflika réapparaît ». Le journaliste politique Azzeddine Bensouiah , plus sobrement que ses confrères, écrit : « Robe de chambre noire, assis sur un fauteuil, éprouvé par la maladie. Des images montées pour montrer juste ce qu’il faut : c’est-à-dire un Président en possession de ses capacités motrices et mentales, buvant du café, mangeant des gâteaux, qui écoute ses principaux collaborateurs et qui  leur donne des instructions. » Il rapporte les modalités de diffusion tournage de ces scènes : « Il aura fallu une journée pour faire le montage de ces images prises par l’équipe qui le suivait depuis son accession au pouvoir. Des images où les rares plans serrés montrent un Président affaibli, portant les séquelles de la maladie. Le reste des plans sont larges et montrent le Président de loin, juste pour montrer que ses bras, notamment droit, fonctionnaient normalement, qu’il pouvait boire, manger, parler et entendre (…). On n’entendra pas un seul mot de sa bouche, encore moins son habituel sourire ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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