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Publié par Saoudi Abdelaziz

Le colonel Fawzi était chargé de la logistique dans le dispositif mis en place par le DRS pour contrôler et utiliser la presse "indépendante", née avec le soutien de subventions publiques, au lendemain des évènements d'octobre 1988. La roue tourne. Fawzi vient d'être limogé et serait aujourd'hui, selon la source sécuritaire du journaliste d'El Watan poursuivi pour avoir mis en place "un système de prédation de deniers publics". Le DRS est-il en train d'effectuer son aggiornamento, ou bien le désormais pauvre colonel Fawzi n'est-il que le bouc émissaire d'une nouvelle opération "on efface tout et on recommence"?

Il y dix ans le journaliste Abed Charef prononçait une "Fatiha pour l'Algérie" qu'il concluait ainsi: "Si les services décident de saborder les élections de 2004, ils le feront. Mais s’ils décident, après avoir pris des garanties raisonnables, de laisser l’Algérie se libérer, ils auront accompli un essentiel pour permettre au pays d’envisager une sortie de crise".

 

 

 

Le "système Fawzi" dans le collimateurs des services

 

 

 

 

Par Zouheir Aït Mouhoub, 26 juillet 2013; El Watan

 

 

Le limogeage du colonel Fawzi, ex-responsable du Centre de communication et de diffusion (CCD) appartenant au DRS, prend une tournure inattendue.

A peine la nouvelle a fait le tour des rédactions que les langues se délient. Le site électronique Algérie Patriotique, appartenant au fils du général à la retraite Khaled Nezzar, révèle un bout d’une grosse affaire politico-financière et de détournement de deniers publics à laquelle le colonel Fawzi serait lié. Ainsi ce militaire, qui faisait la pluie et le beau temps dans le paysage médiatique algérien depuis une décennie, fait aujourd’hui les frais «des résultats de l’enquête d’habilitation diligentée par les services chargés de la promotion des hauts officiers de l’armée. Résultats avérés négatifs, le colonel Fawzi ne peut prétendre donc au grade supérieur. Ironie du sort, celui-là même qui utilisait les enquêtes d’habilitation comme moyen de pression et de chantage pour la délivrance des accréditations aux correspondants des médias étrangers ou pour l’agrément de nouveaux journaux selon la règle «docile ou hostile» est viré suite à une enquête d’habilitation. Que révèle celle-ci ? «Des affaires douteuses qui mériteraient des enquêtes approfondies», affirme un haut responsable de l’armée.

 

Le colonel Fawzi, chargé entre autres de la diffusion des informations concernant les affaires de corruption, se retrouve dès lors dans le collimateur des mêmes services auxquels il répercutait les «succès» de son propre travail. Parmi le personnel proche du colonel visé par les enquêteurs figure l’actuel directeur de l’ANEP, Ahmed Boucenna. «Il y a beaucoup d’anomalies dans le fonctionnement de l’ANEP, notamment sa gestion financière, les modalités et les critères d’attribution des encarts et des pages de publicité institutionnelle qui, à l’origine, est conçu comme étant une forme d’aide de l’Etat pour les journaux», explique notre haut responsable de l’ANP.

 

Selon une source à l’ANEP, le montant distribué sous forme d’insertions publicitaires depuis 2011 s’élèverait à 30 milliards de dinars (environ 300 millions de dollars), soit presque le double des investissements publicitaires du secteur privé algérien. Une bonne partie de ces investissements publicitaires se chiffre en euros ou en dollars qui vont dans les caisses des magazines étrangers censés promouvoir l’image de l’Algérie à l’étranger. Un magazine de l’Hexagone empocherait quelque 20 millions d’euros par an pour des insertions pas trop visibles. Compte tenu de l’opacité qui entoure ces attributions, il semble que cette manne constitue une caisse noire qui échapperait à tout contrôle des institutions de la République.

 

 

Soupçons

 

Pire, elle est devenue un moyen d’enrichissement illicite pour beaucoup d’hommes d’affaires, de fils de hauts responsables de l’Etat, de patrons et de pseudo-journalistes. Les soupçons ne s’arrêtent pas là. Dans la foulée du limogeage du colonel Fawzi, des «patrons de presse» «sont aussi visés par des enquêtes, certains sont soupçonnés d’enrichissement illicite aux frais de l’Etat, d’autres de transferts illicites de fonds vers l’étranger, d’acquisition de biens immobiliers en Europe, notamment en France et en Espagne». Ce véritable «hold-up» opéré à l’ANEP porte un nom : «le système Fawzi».

 

Ses ramifications s’étendent aux imprimeries de l’Etat, aux différentes formules d’aide à la production cinématographique et audiovisuelle et arrivent jusqu’à l’organisation des petits événements culturels. Le colonel régentait le tout et affermissait sa mainmise sans «gêne aucune. Si vous ne lui plaisez pas, vous n’aurez rien. Certains réalisateurs et producteurs ont dû accepter les conditions posées et édictées par le colonel pour pouvoir travailler», confie un réalisateur sur la place d’Alger, victime des agissements de ce militaire aux prérogatives élargies. Il est devenu au fil du temps, un acteur du milieu et tous les projets doivent être soumis à son approbation.

 

Des soupçons entourent les conditions de la création de chaînes de télévision en offshore et le rehaussement de simples agences de communication en chaîne de télévision. Pour les premières, l’argent contracté de l’ANEP et les impayés dus aux imprimeries de l’Etat auront, selon nos sources, servi à les financer. Le montant des dettes se chiffre en milliards et s’élèverait à quelque 3 milliards de dinars, rien que deux journaux à gros tirages contracteraient le tiers des redevances. D’autres n’ont jamais payé le moindre sou mais perçoivent des sommes colossales, l’équivalent du paiement de l’insertion de six pages de publicité institutionnelle quotidienne, que personne n’a jamais pu créé sous un prête-nom. D’autres agréments attendent l’approbation du ministre, l’on parle de près de 50 nouveaux titres avant la fin de l’année.

 

Le «système Fawzi» n’agit pas seul puisqu’il est secondé par celui de Saïd Bouteflika, le «parrain» de plusieurs titres créés récemment. L’arnaque ne s’arrête pas là, puisque le processus établi pour l’enrichissement rapide inclut le recrutement de jeunes journalistes dans le cadre de l’ANEM payés souvent à peine 8000 DA par mois. Ainsi l’éditeur peut empocher le reste en silence. Selon nos sources, «la hiérarchie a décidé d’épurer et de réguler la corporation pour mettre fin à ce système de prédation de deniers publics, l’Etat ne peut plus continuer à subventionner des journaux sans aura ni ancrage», assure un haut responsable sécuritaire. D’ailleurs, il s’agit à en croire nos sources de l’une des missions prioritaires assignées au nouveau chef de la CCD.

 

El Watan

 

 

UNE FATIHA POUR L'ALGERIE

 

 

 

 

Par Abed Charef, Le Quotidien d'Oran, 13 février 2003

 

 

Fayçal Metaoui n’a pas fait de révélation sensationnelle. Il a simplement écrit, dans deux articles différents, ce que toute l’Algérie sait: les services du DRS contrôlent tout le pays.

 

Le Département de renseignements et de sécurité, que les Algériens continuent de désigner par le sigle SM pour Sécurité militaire, qui en fut l’ancêtre, contrôle les partis, les associations, la presse, et tout le reste: administration, banques, finances, diplomatie et carrières.

 

Pourtant, ces articles ont cassé un nouveau tabou. Leur publication a mis en émoi le monde politique d’Alger. Qu’est-ce qui a changé pour qu’il soit désormais possible de citer ces deux hommes, et de dire, publiquement, leur puissance, leur mainmise totale sur la vie politique du pays ? Désormais, le pouvoir a un nom. Il est identifié, car le journaliste cite nommément les généraux majors Mohamed Mediène, celui qu’on appelle presque affectueusement Tewfik, et Smaïn Lamari, ou Hadj Smaïn, l’homme qui, dit-on, effectue chaque année un pèlerinage à La Mecque. Voilà les deux hommes qui président aux destinées du pays depuis une décennie, qui furent au centre de la décision politique durant ces années terribles, des hommes dont le pouvoir comprend aussi bien la lutte antiterroriste que le choix du chef de l’Etat, la désignation des ministres que la distribution des quotas à l’Assemblée, les orientations données à la presse comme le choix des dirigeants des partis.

 

Désormais, on ne peut plus parler de «l’armée», ou des «généraux», des formules génériques qui permettent de tout dire sauf l’essentiel. Car dans l’armée elle-même, le monde des «services» a toujours été un monde à part. Le plus puissant, le mieux informé, celui qui dispose des meilleurs leviers d’influence sur la vie politique et économique du pays, celui qui agite les politiciens, organise les alliances, fait exploser les organisations et partis d’opposition indésirables, et gère le partage de la rente. Il dispose de ramifications dans tous les secteurs, jusqu’au niveau le plus bas, avec une marge d’action et de décision illimitée. On peut enfin dire qu’ils sont «Les Décideurs», les vrais. Les seuls. Dès lors, la responsabilité de ces hommes devient immense. Non celle liée à ce qui s’est passé, mais celle qui concerne l’avenir du pays. Toute sortie de crise dépend désormais d’eux. Ils détiennent l’information et la décision. Ils sont le pouvoir législatif et exécutif. Ils se sont substitués aux électeurs, et semblent encore avoir la possibilité de le faire. Vont-ils le faire, l’année prochaine, lorsque les Algériens seront appelés à élire leur nouveau chef d’Etat ?

 

Tout l’avenir du pays est lié à cette décision. S’ils s’en mêlent, cette fois-ci encore, il n’y aura évidemment rien à attendre des présidentielles de 2004. Ce sera un simple spectacle destiné à donner un peu de vie à la galerie politique, sans changement de fond. Par contre, s’ils décident, pour une raison ou une autre, de laisser les Algériens faire leur choix, ils peuvent donner au pays une chance de s’en sortir. Car aucun pays au monde n’a réussi à se développer, à donner une chance à ses citoyens, en les maintenant sous un contrôle policier strict. Le droit du citoyen à la liberté reste la meilleure garantie de développement, malgré ce que peuvent prétendre les partisans des «dictateurs éclairés».

 

Ces évidences amènent évidemment plus de questions que de réponses. Du moins pour le moment. A priori, on serait tenté de dire que les deux hommes ont été «débusqués», que leurs jours sont finis, du moment que la presse peut parler d’eux librement. Des rumeurs persistantes donnent les deux homes partants au lendemain des élections. Ils souhaitent simplement organiser leur départ, en obtenant certaines garanties, dit-on.

 

Mais le départ de Tewfik a déjà été annoncé à la «une» d’un quotidien. L’information est restée sans suite. Il est inutile de vouloir en comprendre le comment et le pourquoi. C’est un jeu trop complexe, et personne ne détient suffisamment d’informations pour prétendre comprendre.

 

Cette fois-ci, Tewfik Mediène et Smaïn Lamari sont désignés comme les faiseurs de rois. Et, curieusement, ceci intervient quelques semaines après les déclarations du chef d’état-major Mohamed Lamari affirmant que l’armée entérinera le choix des Algériens l’année prochaine, quel que soit le vainqueur. Le même homme avait fait une déclaration similaire avant les élections de 1999, ce qui n’avait pas empêché le scrutin d’être totalement manipulé, ce qui avait d’ailleurs provoqué le retrait de six candidats sur sept.

 

Faut-il comprendre par là que Mohamed Lamari se démarque de ses pairs, et qu’en même temps, ceux-ci sont montrés du doigt ? Peut-être. Mais c’est un monde kafkaïen, dans lequel il est extrêmement difficile de s’avancer. Au mieux, peut-on avancer des hypothèses. Avec cette certitude: si les services décident de saborder les élections de 2004, ils le feront. Mais s’ils décident, après avoir pris des garanties raisonnables, de laisser l’Algérie se libérer, ils auront accompli un essentiel pour permettre au pays d’envisager une sortie de crise.

 

En ces journées de l’Aïd, levons une fatiha...

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