Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Publié par Saoudi Abdelaziz

Depuis plusieurs décennies, l’ « embargo » contre Cuba a contraint l’Ile rebelle  à d’extraordinaires efforts pour découvrir les voies du développement et du progrès social. Heureusement, le contexte lui est plus favorable ces deux ou trois dernières années, avec un environnement latino américain plus favorable. Les Algériens venant de loin se faire soigner à Djelfa par les ophtalmos cubains, savent les extraordinaires prouesses de la médecine cubaine, obtenues par une opposition frontale à la marchandisation de la santé.  

Après des décennies de ce que Salim Lamrani nomme un « Etat de siège », les pressions prennent aussi une forme plus insidieuse.

 

Le récent numéro spécial de The Economist donne le ton aux commentateurs.

 

 

 

 

Et si Raul Castro était le Deng Xiaoping cubain ?

 

 

Le pape s'est rendu ce week-end en visite officielle de quatre jours à Cuba, l'une des dernières démocraties populaires d'obédience soviétique de la planète. S'envolant pour La Havane, vendredi, Benoît XVI s'est empressé de prendre ses marques par rapport au régime en déclarant que l'idéologie marxiste professée par les leaders cubains « comme elle avait été conçue ne répond plus à la réalité » et qu' « il convient de trouver de nouveaux modèles».

 

Un conseil que le nouveau maître de La Havane, Raul Castro, a fait sien, estime « The Economist ». L'hebdomadaire londonien consacre un imposant dossier spécial sur les modifications économiques et politiques intervenues dans l'île des Caraïbes depuis l'ascension au pouvoir du frère du « Lider Maximo » Fidel. « Raul Castro n'est pas un démocrate mais il est assurément un homme doté de davantage de sens pratique que son frère », lit-on dans l'éditorial.

 

Nombreux et « irréversibles » sont les changements qu'il a introduits depuis son ascension au pouvoir : « la plupart des fermes cubaines ont été privatisées », « environ un tiers de la main-d’œuvre cubaine sera transférée au secteur privé d'ici à 2015 », « les Cubains peuvent désormais acheter et vendre les logements et les voitures, et même le nombre de téléphones mobiles et d'ordinateurs grimpe vite sur l'île ».

 

« The Economist » en conclut que ces développements indiquent un tournant qui est comparable à celui inscrit par la « révolution de Deng Xiaoping en Chine ».

 

 

Massimo Prandi, 28 mars 2012. Les Echos

 

 

Mais on continue aussi les bonnes vieilles méthodes de Langley…

 

 

Flottille anticastriste en vue de La Havane

 

 

Une flottille d'au moins quatre bateaux menée par des exilés cubains anticastristes s'est lancée depuis Miami, mardi, dans une traversée du détroit de Floride. Objectif: pointer à 20 km des côtes cubaines, à la limite des eaux internationales, au moment même où le pape Benoît XVI s'entretenait, cette nuit, avec Raul Castro dans le palais de la Révolution.

Ramon Saul Sanchez, président du Mouvement démocratie, explique son initiative : «Le monde doit savoir que (les autorités cubaines) arrêtent des dissidents à travers tout le pays.» Il affirme que l'on a «arrêté 150 militants de manière préventive ces quatre derniers jours pour les empêcher de troubler la visite du pape».

À l'heure dite, des fusées de détresse seront tirées des embarcations de façon qu'elles soient visibles depuis la côte cubaine. Et ce matin, à bord, des messes seront célébrées en vue de «prier pour le destin démocratique de l'île, les dissidents et les exilés». Au moment précis où le Pape présidera, lui, une messe sur la place de la révolution, à La Havane.

Le Point, 28 mars 2012

 

Préface de Paul Estrade au livre « Etat de siège » de Salim Lamrani*

 

Ce livre présente une réalité méconnue, tergiversée, voire sciemment occultée, tue en tout cas par les médias chargés de sélectionner et de décrypter l’information. Ces médias dominants, multiples mais univoques, dissimulent au sujet de Cuba une réalité que s’emploie à restituer ici Salim Lamrani.

 

Les « spécialistes » institutionnels de Cuba et les envoyés « spéciaux » à La Havane mentionnent certes l’existence d’un « embargo » dans leurs commentaires sur les difficultés endurées par le peuple cubain. Toujours de la même façon : le plus brièvement et le plus vaguement possible, au détour d’une phrase, d’un seul mot. Ils ne peuvent pas nier l’existence d’un embargo, mais ils font, dans leurs analyses, comme s’il n’existait pas. Ainsi, point n’est besoin pour eux d’en rappeler les origines (ni, du coup, le nom de l’Etat qui en est responsable), ses motivations changeantes, son caractère illégal, ses modalités perverses, sa durée insupportable, ses effets déplorables.

 

Pour certains, l’embargo est un facteur accidentel sans importance, une circonstance dépourvue de sens et de conséquence. Quand ils daignent en dire un peu plus, ils en font presque tous un alibi et même une aubaine pour Cuba. « Et voilà justement comment on écrit l’Histoire ! » dirait Voltaire. Mais, quel curieux hasard que cette convergence !

 

On ne saurait expliquer, en 2011 moins que jamais, que la seule cause de son actuelle et grave stagnation économique est due au blocus imposé par les gouvernements étasuniens depuis 1960. Les réformes drastiques en cours à Cuba prouvent le contraire. D’aucuns prétendent que le gouvernement cubain se sert, depuis des décennies et à des fins de propagande, des sanctions injustes qui frappent son peuple, pour minimiser ses propres erreurs et les carences de son système. Il conviendrait, dans ce cas, d’expliquer alors pourquoi le gouvernement des Etats-Unis n’y a pas mis fin, comme chaque année l’Assemblée Générale de l’ONU quasi unanime le lui demande, et comme, en octobre 2010, 187 Etats (contre 2 : les Etats-Unis et Israël, et 3 abstentions : La Micronésie, les Iles Marshall et Palau) le lui ont encore demandé en votant la résolution « Nécessité de lever le blocus économique, commercial et financier imposé à Cuba par les Etats-Unis d’Amérique » ?  

 

Ou bien l’embargo est contourné, coûteux et inutile, et il faudrait que ses exécutants y renoncent vite. Ou bien, pire, l’embargo fournit un argument commode au gouvernement cubain, et il serait judicieux alors que ses instigateurs le suppriment de suite.

 

Or, voilà, ils le maintiennent – Démocrates comme Républicains, Obama comme Bush – contre le vœu des nations, contre l’opinion majoritaire des citoyens de leur pays, contre les intérêts vitaux de la population cubaine victime de l’état de siège. Comment ? Pourquoi ? Dans quel but ultime ? 

 

Salim Lamrani ne se contente pas de souligner les dégâts humains de cet embargo d’un autre siècle (pensons au boycott d’Haïti) qui sévit pourtant depuis un demi-siècle. Il examine, point par point, les étapes de sa mise en place et de son renforcement, le replaçant dans une perspective historique et le considérant du point de vue du droit international. Il n’a pas de mal à en montrer l’iniquité. Cependant, il le fait sans emphase et sans acrimonie, prenant appui, comme à son habitude, sur des sources très nombreuses en provenance, pour la plupart, de documents officiels publiés aux Etats-Unis.

 

Ce faisant, l’auteur accumule des faits précis, datés, établis, et reproduit tout un éventail d’opinions autorisées. Mesuré dans le ton, sobre dans le propos, il est prolixe dans la démonstration. Trop sérieux ? L’affaire traitée n’incite évidemment pas à la plaisanterie, mais on sourit de-ci de-là à la lecture des imbécilités qu’entraîne l’application stricte de l’embargo. On y apprend de la plume de juges étasuniens qu’importer des dauphins de Cuba ou vendre des pianos à Cuba sont des négoces attentatoires aux intérêts et à la sécurité intérieure des Etats-Unis. Le ridicule ne tue plus depuis longtemps. Mais le blocus tue, ne serait-ce que par l’interdiction d’introduire à Cuba des médicaments irremplaçables.   

 

Qu’on les appelle comme on voudra – « bloqueo » ou embargo –, les sanctions économiques qui frappent Cuba sont sans fondement. Les prétextes sous lesquels elles ont été justifiées à Washington se sont évanouis un à un. En outre, qui peut prétendre que Cuba ait menacé et menace encore les Etats-Unis ? Chacun sait lequel de ces deux Etats a été l’agresseur au cours de l’Histoire, et lequel a été l’agressé, notamment depuis 1959. Chacun sait que la Baie des Cochons, où des mercenaires tentèrent de débarquer en 1961, se situe à Cuba et non en Californie.

 

Chacun sait aussi – ou devrait savoir – que lorsque les Tours Jumelles de New-York se furent effondrées, le gouvernement cubain proposa immédiatement son concours, et lorsque le cyclone Katrina eut dévasté la Nouvelle-Orléans, les autorités cubaines offrirent spontanément leur aide désintéressée. Malgré la recrudescence de l’embargo…

 

Les succès incontestés qu’a remportés Cuba dans les domaines de l’éducation et de la santé, de la culture et du sport, l’ont été eux-aussi malgré l’embargo… Le coût de celui-ci, en dehors du coût généré par les agressions et les menaces d’intervention armée, a été évalué en octobre 2010 par le ministre cubain des Affaires Etrangères, M. Bruno Rodriguez, à plus de 750 milliards de dollars (valeur actuelle de cette monnaie) pour les 50 années passées. De quoi renflouer bien des dettes publiques, à commencer par celle de Cuba.

 

En dépit de l’incongruité de cet « Etat de siège » permanent et de l’énormité des souffrances qu’il entraîne, l’auteur ne hausse pas le ton, n’ironise pas, n’invective pas, il se montre même gentil à l’égard du président Barack Obama dont il reconnaît les mesures favorables à l’assouplissement des conditions de voyage à Cuba. Mais combien Obama sortirait grandi de son passage à la Maison Blanche s’il ordonnait la levée totale de l’embargo ! Le Prix Nobel qu’il a reçu avant l’heure apparaîtrait mérité.

 

La France, par l’intermédiaire de son représentant à l’ONU, vote régulièrement en faveur de la résolution qui préconise la levée de cet embargo. Mais l’engagement de la France s’arrête là, alors qu’ailleurs, en Afrique ou en Asie, elle préconise à l’envi une politique musclée de « protection des populations civiles », qu’elle met en œuvre, hélas, de manière tout à fait inadéquate.

 

Salim Lamrani ne nous dit pas ce que nous avons à faire. Mais son exposé rigoureux serait sans objet, si les amis de la Justice et du Droit, ne s’en emparaient pas. Il faut répandre ce livre étayé, implacable et fort. Il faut s’indigner de la poursuite de cet état de siège, le combattre et contribuer ainsi à son retrait inconditionnel.

 

Paul Estrade.

 

* Etat de siège. Les sanctions économiques des Etats-Unis contre Cuba

Prologue de Wayne S. Smith

Préface de Paul Estrade

Paris, Editions Estrella, 2011

15€

Disponible en librairie et sur http://www.amazon.fr/Siege-Sanctions-Economiques-Etats-Unis-Contre/dp/2953128425/ref=sr_1_1?ie=UTF8&qid=1317400645&sr=8-1

Pour toute commande dédicacée, veuillez contacter : lamranisalim@yahoo.fr

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article