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Publié par Saoudi Abdelaziz

Par Mohamed Bensafi

 

Mardi soir, il s'était endormi chez lui pour ne plus se réveiller. Il était le plus fidèle des donneurs de sang de Béni-Saf. Il s'appelait Djemaï Boucif. «Incontestablement, il va manquer à cette noble action», me souffla un médecin, membre de l'association de donneurs de sang de la ville de Béni-Saf. Le défunt compterait, mine de rien, près de 200 dons de son sang.

 

Il était très connu par tout le monde, il n'a jamais manqué à l'appel au profit d'un patient, en quête de quelques plasmas, sur un lit d'hôpital. «Il suffit seulement de m'en parler ou de m'informer par un proche ou voisin, je serais toujours le premier à tendre mon bras et me faire passer le garrot», dira-t-il un jour à un imam d'une mosquée qui venait de lire une lettre d'appel de don de sang.

 

Associations, hôpitaux ou autres, tous reconnaissaient en lui cet enthousiasme quant à donner de son sang. Tout le monde connaissait son numéro de portable, encore plus son domicile. En dehors, il ne connaissait que le marché de la ville où il était (dans l'informel, pardon!) un simple vendeur de légumes. «Il n'a jamais, au grand jamais, refusé de donner de son sang», me dira un donneur de sang comme lui. Il était aussi un des plus importants sinon le plus important fournisseur de la banque de sang de l'hôpital de Béni-Saf. Plusieurs fois distingué par la Fédération nationale des donneurs de sang pour ses actions qu'elle invitait à Alger, Djemaï Boucif en était fier d'appartenir à cette «communauté». Mais le contrecœur, qui l'a peut-être le plus marqué dans sa vie, fut vraisemblablement le poste de gardien promis à l'hôpital mais qui ne lui fut jamais accordé. «On m'a dit que je n'ai pas de diplôme ni un bon niveau d'étude», m'avait-il dit tristement un jour. Un diplôme pour ouvrir et fermer un portail, quelle ingratitude !

 

En plus de l'homme engagé dans ce genre d'actions qu'il fut, il était très apprécié par toute la population. Boucif était un homme très gracieux. Son enterrement, ce mercredi au cimetière de Ghar-el-baroud, a été suivi par une foule immense. Djemaï Boucif avait 50 ans et était père de cinq filles dont la plus jeune a à peine 3 ans.

 

 

Le Quotidien d’Oran, 21 juillet 2012

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