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Publié par Saoudi Abdelaziz

"Depuis les années 2000, ce ne sont pas seulement les fondements du monopole de l’Etat algérien sur les médias audiovisuels qui ont été déstructurés : les capacités endogènes du domaine se retrouvent dans un déficit grave face aux défis de l’avènement des nouveaux médias".

 

mostefaoui-Belkacem

DR

 

 

 

 

Farid Ikken rend compte dans bejaia-aujourdhui.com de la vente-dédicace à la librairie El Ijtihad du dernier ouvrage de Belkacem Mostefaoui, professeur à l'Ecole de journalisme du professeur: "Medias et liberté d’expression en Algérie, Repères d’évolution, et éléments d’analyse critique" paru  aux Editions El Othmania. Il rapporte les propos tenus à cette occasion par l'enseignant : "La nation algérienne ne peut pas faire l’économie d’un service public de l’audiovisuel qui doit être un référent de production de questions qui proposent à la nation algérienne d’autre modes de produire des images, du son, du sens sur le patrimoine de l’Algérie». Dans la pratique le bilan n'est pas réjouissant jusqu'ici :  «Ce qu’on  a appelé le secteur public de l’audiovisuel en Algérie a été en deçà des devoirs qu’il aurait dû assumer pour diverses raisons. La radio et la télévision ont été utilisées davantage dans des séquences diverses depuis l’Indépendance nationale comme outils au service des pouvoirs publics et non pas des publics. Ce n’est pas une caricature»,

 

 

A propos de l’avenir du paysage audio visuel en Algérie Belkacem Mostefaoui, professeur et directeur de recherche à l’Ecole nationale supérieure de journalisme et des sciences de l’information, affirmait déja, en décembre 2012, dans une interview au Soir d'Algérie ( Belkacem Mostefaoui et les incertitudes de l’audiovisuel en Algérie)  : "Depuis les années 2000, ce ne sont pas seulement les fondements du monopole de l’Etat algérien sur les médias audiovisuels qui ont été déstructurés : les capacités endogènes du domaine se retrouvent dans un déficit grave face aux défis de l’avènement des nouveaux médias. (…)

 

Quand l’argent existe, comme c’est le cas en Algérie, les producteurs et réalisateurs sérieux en sont interdits d’accès. Les bureaucrates au volant des commandes de programmes favorisent ce qu’ils appellent les «produits digest», politiquement, religieusement corrects. Insipides en fait. C’est ce cercle vicieux qui risque d’être mis en moteur des nouvelles radios et télés miroirs aux alouettes de l’avenir de l’Algérie. Mais bien sûr, les réalités sociales sont là aussi conflictuelles, et rien n’est déterminé, heureusement (…).

 

Cinquante années d’indépendance ont «formaté» beaucoup d’esprits à ne penser qu’à l’«investissement de trabendo». Il faut s’attendre à un grand nombre de «nouveaux entrepreneurs en audiovisuel». Le domaine recèle de possibles gains d’argent et d’influence politique. Les expériences dans le monde, dont celle de Berlusconi en Italie, nous ont montré comment la télé commerciale est convoitée comme «danseuse sur table» d’enrichis, surtout trop vite. (…)

 

Les consortiums satellitaires Nile Sat et Atlantic Bird, disposant de nombreux canaux vacants, ont permis à ces nouveaux entrepreneurs de diffuser leurs programmes, pour la plupart très artisanaux, voire indigents, de contenu de programmes et de qualité du signal. Deux entreprises de journaux privés arabophones ( Echourouk et Ennahar), des propriétaires de boîtes de communication (Al Djazaïria) et des investisseurs apportant leur promotion directe à l’un des partis islamistes (Al Adala) ont pu ainsi être dans le premier lot des «télés offshore» ciblant l’Algérie. Elles ont suivi l’exemple d’El Maghribia, lancée de Londres par un Algérien disposant de fonds de pays du Golfe. De droit étranger, ces télés ont élu domicile pour la plupart en Grande-Bretagne (remarquablement permissive en matière de réglementation, notamment par rapport à la France) ou en Jordanie et au Liban. L’expérimentation faite par les nouveaux diffuseurs télévisuels durant les élections législatives (mai) et locales (novembre) 2012 est loin de convaincre d’un apport d’une plus value en termes de droit à l’information et à l’expression plurielle des opinions. (...)

 

La nation algérienne a été sevrée, parmi d’autres, d’un droit universel durant ce premier cinquantaine d’indépendance, celui de disposer d’un service public de l’audiovisuel, d’où le risque immense, pour la société, d’être happée par un marché de l’offre de produits audiovisuels, comme disent les marchands, totalement débridés.(…)

 

Il y a comme une frénésie chez certains de nouveaux parrains d’oligarchies, ou prétendus tels, à faire cocorico d’entrée dans le nouveau marché, porteurs de tant de gains, mais aussi miroir aux alouettes. Les dossiers déposés réellement, je ne suis pas renseigné dessus, et je ne pense pas qu’il y ait déjà registre pour cela : tout simplement parce que de jure??? les inscriptions ne sont pas ouvertes. Par contre, les attentes formidables de la société algérienne en matière de nouvelles radios et télés, j’en suis conscient. Et je pose d’ailleurs cette question : pourquoi tant de frénésie aux télés et pas à la radio, magnifique média de communication sociale et de proximité, et sans doute formidable vecteur de notre algérianité dans ses tréfonds les moins «cosmétisés »?(…)

 

Le pouvoir d’Etat en Algérie tolère, voire alimente une pléthore d’entreprises éditrices de quotidiens. Ce qui n’est pas réellement signe de liberté d’information. Plus grave, c’est une source de cacophonie, en consonance avec celle produite par la pléthore de partis politiques. Nous venons d’observer le «souk» que cela a donné aux élections locales récentes. Se posent de nombreux problèmes bien sûr. L’un d’entre eux est dramatique : des dizaines d’éditeurs «activent» leurs boîtes sans le moindre respect des droits socioprofessionnels des journalistes. Mais aussi l’opacité de mouvements d’argent. Les risques sont démultipliés bien sûr dans les perspectives de «l’ouverture de l’audiovisuel».(…)

 

« Les principales incertitudes demeurent en lame de fond : les ressorts aléatoires de garantie des piliers de l’Etat de droit. Il s’agit de l’autonomie des pouvoirs fondamentaux : un pouvoir législatif d’Etat de droit, un pouvoir judiciaire autonome et un pouvoir exécutif respectueux des règles de l’alternance ».

 

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