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Publié par Saoudi Abdelaziz

 
 
C'est depuis la base américaine de Creech au Nevada que les pilotes de Predator guide les drones sur les positions talibanes.
DR-Station de guidage
  
  

Après l’annonce, en avril dernier, de la création du Defense clandestine service (CDS) qui permet au Pentagone de surveiller directement certaines régions sensibles du globe où les USA ne sont pas en état de guerre-dont le Sahel-, le Pentagone fait un nouveau pas dans cette démarche impériale. Selon le New York Times qui l’annonçait lundi, le général Carter Ham, chef de l'Africom, a rencontré le président Issoufou pour mettre au point un accord en vue de la création d'une base de drones sur le territoire de cet Etat du Sahel. La nouvelle station américaine de drones comptera à terme quelque 300 militaires américains et les contracteurs civils qui les accompagnent. K. Selim analyse ces informations dans le Quotidien d'Oran.

  
  
 
  
  
L'Empire arrive avec ses gros sabots dans la région :
 
 
Une base américaine de drones au Niger
 
 
Par K. Selim
 
 
« L'Empire arrive dans la région sahélo-saharienne». C'est ce que l'on peut dire à propos des révélations du New York Times sur l'intention des Etats-Unis de mettre en place une base de drones au Niger. Un lobbyiste américain du Maroc, ex-ambassadeur à Rabat, en profite pour demander à l'administration américaine de s'appuyer sur le Maroc pour faire face « aux menaces qui viennent du Mali, de l'Algérie et de la Libye » !


L'armée américaine envisage d'installer un centre de surveillance au Nord Niger et souhaite coordonner son action régionale avec Rabat. Selon le New York Times, le général Carter Ham, chef de l'Africom, a rencontré le président Issoufou pour mettre au point un accord en vue de la création d'une base de drones sur le territoire de cet Etat du Sahel. Selon les sources militaires du quotidien new-yorkais, il ne serait question à ce stade que d'appareils de surveillance non armés. Les Etats-Unis qui disposent déjà de facilités « secrètes » dans la région, notamment au Burkina Faso et au Sénégal, entendent s'impliquer de manière plus directe dans la partie centrale de ce que leurs diplomates appellent l'arc d'instabilité africaine, qui va de la Somalie au Nord Nigeria. La motivation immédiate de mise en place d'une base de drones au Niger répond au besoin d'apporter assistance aux forces françaises au Mali, mais cela « pourrait donner également à l'Africom une présence plus durable », a indiqué un responsable militaire américain. L'information ne surprend guère, les Etats-Unis ayant clairement fait connaître depuis des années leur volonté d'intervenir directement dans une zone au fort potentiel minier gravement sous-administrée où activent des groupes subversifs de toutes natures. Les officiels américains insistent sur le caractère non létal des équipements qui seront déployés à la frontière nigéro-malienne où leur base, qui devrait compter à terme 350 hommes, sera située.


 
Clause de style


Pour Washington, la base nigérienne a pour vocation de collecter des informations et d'assurer la surveillance sans engagement de drones de combat. Pour nombre d'experts, cette précision est une pure clause de style, les Etats-Unis s'engagent de plus en plus nettement dans la région et les drones armés, moyen secret et ne requérant aucune autorisation préalable du Congrès pour bombarder des groupes non identifiés à travers la planète, sont clairement l'outil contre-terroriste de prédilection de l'administration Obama. L'Afghanistan, les zones tribales pakistanaises, le Yémen et la Somalie sont les théâtres d'utilisation «traditionnels » de ces engins. Le Sahel ne devrait donc pas échapper à l'application de la doctrine Obama de guerre antisubversive.


La guerre au Mali crée les conditions idéales pour le déploiement à long terme de forces militaires occidentales appelées à soutenir l'effort militaire français. Usant de la même phraséologie que leur grand cousin outre-Atlantique, les Britanniques envisagent l'envoi de troupes « non combattantes », deux cents hommes au Mali, pour « former les armées ouest-africaines ». Cette force sera composée d'instructeurs, d'agents de renseignement et de troupes destinées à assurer leur protection. Les Britanniques qui ont soutenu du bout des lèvres l'intervention française ont semble-t-il changé d'avis à la suite de la sanglante prise d'otages de Tiguentourine.


 
 
L'instabilite s'arrête à la frontière marocaine!


De fait, la soudaine - et toujours incompréhensible - offensive vers le Sud des insurgés maliens et l'attaque-suicide de la base gazière d'Aïn Amenas ont constitué pour l'opinion publique les éléments déclencheurs successifs et « l'imparable »justification de l'intervention étrangère dans la région. La propagande occidentale faisant ses choux gras de la caricaturale sauvagerie d'une guérilla islamiste obscurantiste, détruisant d'antiques mausolées, brûlant de très précieux manuscrits et adeptes de châtiments barbares.
  
  
L'enchaînement des événements et leur mise en scène paraissent cependant trop circonstanciés pour être entièrement convaincants. A tout le moins, il semble bien que les capacités« militaires » des bandes armées aient été très largement surévaluées. Ces bandes n'ont opposé aucune résistance et ne semblent disposer d'aucun armement, notamment des fameux missiles sol-air « libyens », susceptible de gêner les troupes françaises. Malgré l'évaporation de groupes que l'on disait surarmés et très combatifs, les spécialistes « sécuritaires » des journaux de référence occidentaux mettent aujourd'hui en avant les risques d'enlisement dans une guerre sahélienne qui pourrait durer des années.
  
  
Ces mises en garde peuvent constituer une préparation de l'opinion à la présence à long terme de troupes occidentales dans la région. En tout état de cause, la base de drones américains au Niger traduit concrètement un engagement dans la durée. Avec un sens de l'opportunité commercial, l'ancien ambassadeur US au Maroc (97-2001), devenu lobbyiste du gouvernement marocain à Washington (voir le Quotidien du 31 mai 2011), saute sur l'occasion pour louer le miracle d'un « arc d'instabilité» qui traverse toute l'Afrique du Nord pour s'arrêter, miraculeusement, à la frontière du Maroc. Conclusion du lobbyiste : il faut s'appuyer sur le Maroc contre les « menaces » qui viennent du Mali, de Libye et d'Algérie !
 
K. Selim, 30 janvier 2013. Le Quotidien d’Oran
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