Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Publié par Saoudi Abdelaziz

 

Bachir Ben Barka. Mon père, le roi et les autres

Bachir Ben Barka (AFP)

"Ben Barka a joué un rôle dans l’histoire du Maroc, dans la tentative d’édification d’un pays indépendant et démocratique ainsi que dans la lutte des peuples. La moindre des choses, pour n’importe quel gouvernement digne de ce nom, est de tout faire pour établir la vérité par rapport à une famille, mais aussi par rapport à tout un pays".

 

Propos recueillis par Mohammed Boudarham, 23 août 2013. TEL QUEL

EXTRAITS

 

Bachir Ben Barka, fils du disparu et porte-parole de la famille, de passage récemment au Maroc, revient avec nous sur les blocages et les entraves dressées par la France et le Maroc. Et fait le point sur la relation pour le moins complexe qu’entretenait son père avec Hassan II… 

 

Ce 29 octobre, la famille Ben Barka célèbre le 47ème anniversaire de la disparition du grand leader de gauche. Un demi-siècle d’attente et d’espoirs déçus. Le Maroc traîne des pieds pour faire la lumière sur l’un des plus célèbres crimes politiques du 20ème siècle. Et la France fait de même. Ni la mort de Hassan II en 1999, ni l’arrivée des socialistes en France, d’abord avec François Mitterrand et aujourd’hui avec François Hollande, n’ont changé quoi que ce soit. Les deux pays, chacun à sa manière, continuent de bloquer l’accès à la vérité, toute la vérité, sur l’enlèvement et l’assassinat de Mehdi Ben Barka en octobre 1965. Parce que l’affaire implique les plus hautes autorités des deux pays ?

 

 

Y a-t-il du nouveau dans l’affaire Ben Barka ?

Bachir Ben Barka. Depuis l’année dernière, rien. Nous sommes toujours confrontés à un double blocage du fait de la justice française et marocaine.

 

 

 

La mission du juge Patrick Ramaël, qui instruit le dossier, serait-elle terminée ?

Pas du tout. Le juge Ramaël poursuit son travail. Sa dernière démarche pour lever le secret défense sur les dossiers qu’il a pu récupérer à la DGSE (Direction générale de la sûreté extérieure, renseignements extérieurs, NDLR) s’est soldée non pas par un refus, mais par une sorte de manipulation de la part du ministère de la Défense. En France, c’est une commission consultative de la Défense nationale qui tranche quant à la recevabilité des requêtes d’un juge d’instruction. Sur les 120 pièces récupérées par Me Ramaël, cette commission a donné un avis favorable pour en déclassifier 119. Son avis n’étant pas contraignant, le ministre de la Défense a quand même décidé de se soumettre à l’avis de cette commission. C’était donc encourageant, sauf que notre surprise a été grande quand, avec Me Maurice Butin, notre avocat, nous sommes partis prendre connaissance du contenu de ces pièces. Le ministre Hervé Morin (ministre de la Défense de Sarkozy) nous a montré une succession de papiers… noircis. Les seuls éléments lisibles étaient des informations d’une grande banalité. Tout le reste était illisible, frappé du sceau (noir) de la confidentialité. Parfois, sur une phrase entière, il ne restait plus qu’un seul mot non noirci…

(...)

 

Et Mohammed VI ?

Non plus, il n’y a jamais eu de contact de quelque nature que ce soit.

 

 

 

Pourtant, dans l’une de ses premières interviews, au Figaro, il avait exprimé la volonté de clore le dossier de Mehdi Ben Barka.

Avant cette interview, nous avions eu des messages qui laissaient croire que notre démarche de recherche de la vérité ne posait aucun problème. Il y a même eu des témoignages de Driss Benzekri, président de l’IER, puis d’Ahmed Herzenni, ancien président du CCDH, attestant que pour le roi il n’y avait aucune ligne rouge… Nous sommes donc surpris que, sur le terrain, il y ait toujours autant de blocages. Le dossier n’avance pas.

 

 

 

Où en sont les commissions rogatoires demandées par le juge d’instruction français ?

Les commissions rogatoires internationales (ndlr : dans le cas de l’affaire Ben Barka, ces  “commissions” sont des demandes de recherche et d’audition de témoins ou suspects, pour la plupart des gradés et de hauts responsables marocains) n’ont pas été exécutées au Maroc. Plusieurs ministres de la Justice se sont succédé, mais aucune commission n’a été exécutée. Rien n’a jamais été fait, sous le prétexte que les commissions du juge ne sont pas complètes, qu’il manque telle ou telle autre information, les adresses, les états civils complets, etc. Les autorités marocaines n’ont fourni aucun effort pour faire avancer les choses. Les personnes demandées par le juge sont connues au Maroc, pourtant la justice marocaine prétend ne pas connaître leur adresse, ou ne pas les connaître tout court !

 

Certains personnages impliqués dans la disparition de Ben Barka ont même eu droit à des grimate, si l’on se réfère à la fameuse liste des bénéficiaires d’agréments, publiée il y a quelques mois par le ministre Aziz Rabbah. Un commentaire ?

C’est scandaleux. Je crois que Boubker Hassouni, Abdelkader Saka et Mohamed Achaâchi font partie du lot. Si les autorités marocaines ont choisi de récompenser ces personnes, il y a lieu de se demander pour quels actions ou services rendus…

 

(...)

L’arrivée de François Hollande peut-elle donner un nouveau départ à l’affaire Ben Barka ?

Chaque fois qu’il y a un nouveau président de la république, nous effectuons les démarches auprès de toutes les autorités compétentes pour faire avancer le dossier. Nous l’avons donc fait avec Hollande. Pour l’instant, nous attendons des réponses. Nous avons de nouveau approché les autorités françaises pour la levée du secret défense. Nous attendons, nous espérons…

 

(...)  Une dernière question. Que pensez-vous des dernières déclarations de Mustafa Ramid, le ministre de la Justice, affirmant que le sort des disparus n’était pas une priorité pour son département ?

J’étais très surpris. Les fondations d’une justice indépendante ne peuvent pas se faire sur les oublis du passé, sur des injustices. Le fait de minimiser l’affaire des disparus au Maroc et les attentes des familles ne peut que fragiliser cette construction. On ne peut pas solder le passé de cette manière. On ne peut pas, d’un revers de main, dire qu’on va oublier les disparus. Il s’agit de la mémoire de tout un pays.

 

TEXTE INTEGRAL : Tel Quel

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article