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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Des milliers d’étudiants avaient réussi, ce mardi 12 avril 2011 à marcher dans les rues d’Alger. Rassemblement place Emir Abdelkader et à la Grande Poste, puis, à 11 heures, marche en direction de la Présidence. Les étudiants réussissent avec intelligence à forcer le cordon sécuritaire, prenant le le boulevard Mohamed V, pour atteindre le Palais du gouvernement, puis la rue Pékin, du lycée Descartes. Venus en grand nombre, vers 14 heures les forces anti-émeutes ont joué de la violence et de la matraque, repoussant les étudiants vers le Palais du gouvernement, et plus loin encore…

Ces manifestations qui ont longtemps ridiculisé le dispositif policier, avant d’être finalement bloquées, étaient d’une tonalité pacifique qui rompait radicalement avec les émeutes violentes de janvier. Elles étaient portreuses d’une promesse démocratique que le pouvoir avait réfusé d’entendre. Sa réponse : l’Etat d’urgence, hypocritement « levé » deux semaines auparavant, le 24 février 2011, reste toujours en vigueur dans la capitale. Deux ans plus tard, c’est toujours le cas…

 « Ce mardi, c'était l'avenir du pays qui s'est exprimé dans les rues algéroises pour faire entendre au pouvoir qu'il ne se reconnaît pas dans les projets que le pouvoir a concoctés pour lui. » écrivait Kharroubi Habib dans son analyse du Quotidien d’Oran.

 

 

 

 

 

 

 

La double faute

 

  

  

Par Kharroubi Habib

 

 

 

Le pouvoir a commis une double faute à l'égard de la fronde estudiantine. La première, en mésestimant la détermination des étudiants et leur capacité à se fondre dans un mouvement de contestation et de revendication unitaire. La seconde a été de tenter de disperser par la force leur marche de mardi dans la capitale. Le voilà, à cause de cela, confronté à une situation autrement plus à risque pour lui que les face-à-face qu'il a avec ses opposants politiques partisans qui s'essayent à faire bouger la rue contre lui.

  

  

  

La démonstration estudiantine à Alger de mardi lui a révélé que le mot d'ordre de l'unité d'action a été bel et bien entendu par la communauté estudiantine. Ils ont été en effet des milliers d'étudiants venus de partout à prendre part à la marche de mardi. Il lui a été aussi démontré que la répression est impuissante devant le raz de marée humain.


[Reuters/Ramzi Boudina] Les étudiants algériens affirment que le gouvernement fait la sourde oreille à leurs revendications.

DR

 

 

A contrario, les étudiants savent désormais que la dynamique unitaire fait leur force dans le bras de fer qui les oppose à leur administration de tutelle et que leur mouvement pacifique bénéficie d'une chaude sympathie populaire. La population algéroise leur a en effet exprimé de différentes façons des marques de cette sympathie. Pour peu que les étudiants décident de ne pas s'en arrêter à la seule marche de mardi et récidivent, quitte à subir à nouveau la répression, alors il y a de fortes chances que leur détermination soit le déclencheur d'un évènement que le pouvoir aura du mal à gérer.


Nous avions écrit, au premier moment de la fronde estudiantine, que celle-ci venant à s'exprimer dans la rue en dehors des campus, elle peut réaliser ce que l'opposition politique est incapable de faire en son état actuel, à savoir agglomérer autour d'elle les mécontentements populaires et être ainsi à l'origine d'un mouvement de contestation plus large.


L'autisme du pouvoir et son recours à la répression a transformé la fronde estudiantine, à son départ motivée par des revendications d'ordre purement interne à leur communauté, en un mouvement dans lequel s'exprime aussi maintenant la contestation politique du système et du régime. Qu'il en soit ainsi, ce n'est pas parce que les étudiants seraient manipulés par des forces qui travailleraient à déstabiliser le pays, mais au constat qu'ils ont fait que le pouvoir en place ne réagit qu'au rapport de force. Ces étudiants qui ont marché à Alger et ailleurs ont pris la précaution de démarquer leur mouvement revendicatif dès son entame de toute filiation politico-partisane.


Le pouvoir ne peut non plus essayer de minimiser la fronde estudiantine en l'assimilant à «un chahut de gamins», et encore moins la discréditer en la présentant comme le fait de «voyous» à la recherche d'occasions pour s'adonner à la casse et au pillage. Leur statut d'étudiants, l'impeccable organisation de leur marche et leur pacifisme dont elle fut la démonstration, ont donné à voir à la population algéroise que les manifestants de mardi ne sont pas motivés par de contestables desseins.


Ce mardi, c'était l'avenir du pays qui s'est exprimé dans les rues algéroises pour faire entendre au pouvoir qu'il ne se reconnaît pas dans les projets que le pouvoir a concoctés pour lui. Il ne pouvait que susciter l'approbation de l'opinion publique, en attendant d'entraîner la mobilisation populaire autour de son action.


Faute d'entrevoir ce que la fronde estudiantine a de potentiellement déstabilisant pour lui, le pouvoir risque de se retrouver, sans s'y attendre, pris dans un engrenage qu'il lui sera impossible d'arrêter.

 

 

Le Quotidien d’Oran, 14 avril 2013

 

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