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Publié par Saoudi Abdelaziz

« Il y a tout un pays qui a besoin de sortir du «gel» et de la «paralysie» et faire plus d'efforts pour rattraper les décennies perdues ».


 

 

Un constat-avertissement

 

Par K. Selim

 

 

L'Algérie a demandé et obtenu un «délai de grâce» de trois ans avant l'entrée en vigueur d'une zone de libre-échange avec l'Europe. Personne en Algérie, mis à part quelques idéologues du «marché», ne conteste le bien-fondé de ce report. Les entreprises algériennes, celles qui restent ou celles qui essaient d'émerger, ont besoin d'un peu plus de temps pour se préparer. Les protections tarifaires existantes, outre le fait qu'elles rapportent des sommes non négligeables pour le Trésor, permettent à la production locale de tenir. Mais un «sursis» n'étant pas, par définition, durable, ces entreprises savent qu'à l'approche de 2020, une autre demande de report ferait désordre. Elles doivent se préparer à l'échéance avec une volonté de survivre et de se développer. C'est maintenant, sans attendre 2020, que les entreprises algériennes et toute l'économie du pays doivent se mettre dans une optique concurrentielle. Il faut donc qu'en termes de qualité et prix les produits locaux puissent tenir tête.


Un débat d'experts, relayé par le FCE, critique la propension du programme de mise en valeur des PME à faire inutilement dans le quantitatif alors qu'il s'agit de faire une affectation «utile» des ressources. Pour ces experts, les milliards de dollars que l'Etat affecte ou se propose d'affecter pour la mise à niveau de 20.000 entreprises seraient plus judicieusement utilisés s'ils allaient vers les entités les plus viables. En clair, il vaut mieux s'occuper sérieusement de 5.000 entreprises qui présentent des critères sérieux de viabilité que de dépenser, en pure perte, de l'argent pour 20.000 entreprises. D'autres experts insistent sur l'investissement dans l'éducation et la formation qui sont devenues, après l'hémorragie des années 90, une des grandes faiblesses de l'économie algérienne.


Ces débats n'ont, malheureusement, pas de prolongement. La scène politique nationale est atone, pervertie par l'organisation des cirques de diversions, les institutions sont des entités dormantes. Alors que la société, en dépit des dérapages et des coups d'éclat et de colère çà et là, fait preuve d'une grande patience, l'immobilisme officiel inquiète même les plus optimistes. Comme si les événements qui se déroulent dans le monde arabe se passent sur une autre planète et ne signalent pas que les urgences politiques, économiques et sociales ne peuvent continuellement être différées ; pas plus qu'elles ne peuvent continuer à être noyées dans des «redistributions» sans effet et de toute façon rapidement effacées par l'inflation. Il n'y a pas que les PME qui doivent tenir compte d'un deadline qui se rapproche malgré le sursis. Il y a tout un pays qui a besoin de sortir du «gel» et de la «paralysie» et faire plus d'efforts pour rattraper les décennies perdues.


Gagner quelques années sur le démantèlement tarifaire n'a pas de sens si l'Algérie continue de subir une gouvernance qui consiste à«gagner du temps», c'est-à-dire à en perdre. Les Algériens, tous niveaux d'instruction confondus, ne cessent de dire que «ça ne peut plus durer ainsi».Ce qui les effraie le plus est de constater que le «système» avec ses «grandes oreilles» n'entend pas du tout ce constat en forme d'avertissement. Pour le pays, son avenir, le deadline n'est pas 2020, le deadline est maintenant, avant qu'il ne soit trop tard

 

 

 

K. Selim, 25 aout 2012. Le Quotidien dOran

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