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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

 

Des centaines de femmes ont mis le feu à leur voile islamique, ce mercredi dans la capitale du Yémen. Un geste fort qui n'a pas de portée féministe, mais qui vise à condamner le président Saleh et interpeller les chefs de tribu. 

 

Une curieuse scène a eu lieu ce mercredi dans le centre de Sanaa, la capitale du Yémen: des centaines de femmes ont jeté leurs voiles à terre avant de mettre le feu à cette pile. Près des flammes et de la fumée qui s'en élevaient, elles ont distribué des tracts aux passants, médusés: « Ceci est un cri des femmes libres du Yémen. Nous brûlons nos makrama pour que le monde soit témoin des massacres commis par le tyran Saleh. » Le site de CNN rapporte aussi le message de leurs pancartes: « Saleh le boucher tue des femmes et en est fier » ou encore « Les femmes n'ont aucune valeur aux yeux de Saleh ». 

 

La répression ne faiblit pas, en effet, face à la contestation du régime: 21 personnes (dont 3 femmes et 3 enfants) ont été tuées dans les violences, dans la capitale et à Taëz, deuxième ville du pays, depuis mardi soir et l'annonce par le département d'Etat américain d'une intention du président Ali Abdallah Saleh de céder le pouvoir. Intention déjà formulée plusieurs fois... sans que sa promesse se concrétise, après huit mois de crise. Le régime accuse les manifestants d'être à l'origine de ces dernières violences, alors qu'un appel au cessez-le-feu avait été lancé mardi, quelques jours après la condamnation de la répression au Yémen par l'ONU

 

La place des femmes dans cette vague de contestation a déjà été mis en lumière, quoi que bien différemment. Elle a été soulignée, début octobre, lors de l'annonce du prix Nobel de la paix qui distingue cette année la Yéménite Tawakkol Karman, avec deux femmes libériennes. Elle descend dans les rues de Sanaa et occupe la place du Changement, avec le mouvement en cours, depuis plusieurs mois. Pour le Time, c'est même elle qui "mène" les manifestations estudiantines depuis fin janvier. Le prix Nobel de la paix est venu récompenser notamment sa "lutte non violente pour la sécurité et les droits des femmes". 

 

Le geste spectaculaire de mercredi ne semble cependant « pas lié à la question des droits des femmes ou du port du voile islamique », note Associated Press. Sur les photos, d'ailleurs, la plupart de ces femmes portent un voile intégral, tout en attisant le feu qui consume les voiles rassemblés par terre. « Dans la tradition tribale, brûler leurs voiles signifie pour les femmes implorer de l'aide », rappelle le site GlobalVoices. 

 

Un message surtout adressé aux tribus

 

Leur message ne s'adressait donc pas uniquement au président yéménite. Entre les slogans contre Saleh, d'autres visaient également le général Ali Mohsen al-Ahmar, qui a fait défection pour rejoindre la contestation. « Nous a-t-il envoyé de l'aide? Non. A-t-il mené des représailles? Non. Les hommes devraient donner leur vie pour nous protéger Nous sommes les mères, les filles, les soeurs du Yémen », lance par exemple une manifestante citée par le Yemen Post, un nouveau site anglophone selon NPR.  

Ces femmes espéraient surtout inciter les chefs de tribu à appeler leurs proches à quitter l'armée, à rallier la contestation et à protéger les manifestant(e)s. « Qui protège les femmes yéménites des crimes des gangsters? », chantaient-elles mercredi à Sanaa. A leurs yeux, le silence que les chefs de tribu gardent pour le moment les rend complices de la répression.  

Il se peut que le message soit d'ailleurs « mal perçu par leur destinataire, dans une société si conservatrice », note un journaliste de CNN. D'après lui, « les leaders de la contestation les avaient empêchées de mettre le feu à leurs voiles il y a déjà quelques semaines, redoutant l'effet contre-productif » d'un tel appel aux tribus. Ils n'auront pas pu les retenir cette fois.

 

Marie Simon, 27 octobre 2011. Lexpress.fr

 

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