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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

Dans un article du journal Lanation.info, intitulé « Offres périphériques pour un ravalement de façade», Ahmed Selmane analyse la portée des colloques sur le printemps arabe et le changement tenus récemment, à quelques jours d’intervalle, à Alger. Extrait.

 

« Changer ? Mais quoi ? Et comment ? Dans quel but ? Ce refus d’engager la discussion concrète sur le thème du changement n’est pas une faille analytique ou une béance intellectuelle, loin de là : c’est un positionnement politique. Engager le débat sur les modalités du changement, ses acteurs et la nature des alliances, c’est inéluctablement remettre à plat tout l’édifice en place, ses structures, ses appareils et ses apparences. C’est inévitablement discuter de la phobie du peuple profondément installée au Pouvoir et encore davantage dans sa périphérie microcosmique. Cette phobie qui a justifié depuis vingt ans et jusqu’à présent, la mise en place d’un système de neutralisation du suffrage universel et de la citoyenneté. L’enthousiasme pour le printemps chez les autres même s’il se drape de critiques dures voire violentes à l’égard du régime reste habité par l’idée, structurante, que pour exister, il faut exclure.

Du coup, les oppositions bruyantes et très médiatiques ne rivalisent que dans l’implicite, évitent de nommer … Car en définitive, il ne s’agit pas de changer de système, il s’agit, encore une fois, de se positionner sur le marché très cadré pour ne pas dire assiégé de la politique en Algérie comme étant la meilleure image possible du système. Les « printaniers » d’Alger se présentent comme une alternative de ravalement de façade du système, non comme une rupture avec ses structures et son mode de fonctionnement. Et on peut comprendre que ce dernier ait décidé qu’il faut superviser le printemps pour en neutraliser toute floraison préjudiciable.

Bien entendu, le paradoxe le plus frappant dans ces phraseurs printaniers est le mépris dans lequel ils tiennent une société qui refuse de marcher quand on la met en demeure de le faire les samedis pour faire « tomber le régime » ; comment peuvent-ils apprécier une société qui, à contrecourant de ceux qui se considèrent comme « l’élite » la plus moderne et la plus éclairée, a appréhendé, de manière instinctive, malgré Al Jazira et ses consœurs, ce qui se passe en Libye à l’aune de sa propre mémoire et de son réflexe anticolonial ?

Au printemps, de quoi ne rêvent pas le gros des Algériens ? On le sait désormais. Les Algériens n’aiment pas beaucoup le CNT libyen même quand Bouteflika et Medelci lui découvrent, in extremis, des vertus insoupçonnées. Respecter une histoire dont la trame profonde a tenu malgré les instrumentalisations perverses postindépendance est rassurant. En faire une mémoire vivante aussi. Cela conduit à ne pas signer de chèques en blanc. A ne pas marcher les samedis sans avoir une idée des chemins à emprunter ni de la destination voulue par des guides inspirés… Faut-il s’étonner alors que les algériens regardent, de loin, une discussion hyper-codée sur le changement ? »

Ahmed Selmane. 27 septembre 2011. Texte intégral : http://www.lanation.info/

 

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