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Publié par Saoudi Abdelaziz

par K. Selim

 

 

La difficulté des partis en lice à créer un «climat» électoral significatif apporte la preuve indubitable que l'obsession du «contrôle» qui a poussé le régime à imposer un jeu de rôles aux acteurs présumés de la vie publique n'a fait que discréditer lourdement la politique. On croyait être au degré zéro de la politique, on découvre que c'est encore plus grave.

Ce discrédit de la politique et les agréments soudains d'une flopée de partis politiques à quelques jours des législatives n'arrangent rien rend pratiquement impossible tout discours pédagogique sur le changement en Algérie ; et encore moins un effort de clarification des enjeux dans un contexte géopolitique de plus en plus délicat. Certains crient déjà à «l'échec» des partis politiques alors qu'il s'agit bien d'un échec beaucoup plus grave. Le lien avec l'Etat est rompu. Les médiations partisanes ou associatives, sans cesse domestiquées ou combattues, ne fonctionnent plus. Le désintérêt des Algériens pour le scrutin législatif est trop grand cela va au-delà de l'abstention pour qu'on n'y voie pas un constat clinique que le système politique ne fonctionne pas. Ou à vide.

Personne ne comprend pourquoi on a choisi d'arrêter Abdelkader Kherba venir soutenir des greffiers grévistes ne peut en aucun cas être assimilé à un acte de violence et d'aller jusqu'à un procès avec des réquisitoires lourds. Le militant des droits de l'homme et du comité de défense des droits des chômeurs a fini par être libéré après une condamnation à un an de prison avec sursis qui ne satisfait pas ceux qui se sont mobilisés pour sa libération. Mais satisfait-il aussi un régime qui cherche à éviter une désaffection trop grande des Algériens à l'égard du scrutin ? La situation Abdelkader Kherba, même si les médias audiovisuels n'en parlent pas, est venue supplanter médiatiquement la campagne électorale. A telle enseigne que les éternels théoriciens du complot se demandent si le régime, une partie ou sous-partie ne l'a pas fait délibérément. Histoire d'encourager le manque d'engouement général. Ces grilles de lectures claniques sont invérifiables et au fond totalement inutiles.

Toutes les péripéties de ces dernières semaines et singulièrement la morne campagne électorale apportent un constat vérifiable. Les faux-semblants de la politique telle que conçue par le régime et les réformes sur le mode de «on fait bouger quelque chose pour que tout reste en place», cela ne marche pas. Beaucoup d'Algériens l'ont dit auparavant. La politique, c'est trop sérieux pour qu'elle soit réduite à un jeu d'apparences avec des partis servant de simple ornement pluraliste et des journaux servant de soupapes et souvent d'alibis. Le rapporteur spécial des Nations unies sur la liberté de réunion pacifique et d'association a appelé, hier, les autorités algériennes à profiter des élections législatives pour amorcer en quelque sorte un nouveau départ, plus «sérieux». Ce rapporteur trouve «regrettable que l'Algérie se singularise par un retour en arrière dans le domaine de la liberté d'association».

L'analyse que fait l'expert des Nations unies sur le corset imposé aux associations et le recul par rapport à la loi qui existait (elle n'était pourtant pas un modèle de libéralisme politique) a été déjà faite par les Algériens. Ils n'ont pas été entendus. A-t-on besoin qu'un expert de l'Onu vienne faire le constat basique que les «associations constituent un moyen de première importance permettant à la population d'exprimer ses aspirations ? Elles doivent pouvoir, et ont même la responsabilité morale, de s'intéresser à la vie politique intérieure de leur propre pays. » A l'évidence, la parole extérieure passe mieux
même si l'on ne cesse de gaver les Algériens des discours sur la menace étrangère. Le rapporteur de l'Onu ne dit rien d'autre que ce que les Algériens disent depuis longtemps: sans les libertés, toutes les libertés, aucune scène politique «nationale» sérieuse n'est possible. Et sans scène politique libre entraînant une «nationalisation» des débats et des compétitions politiques, le consensus sur la définition de l'intérêt national devient plus qu'aléatoire.

 

 

K. Selim, 5 mai 2012. Le Quotidien d’Oran

 

 

Ali Laskri : “L’impasse et le statu quo, c’est cela qui peut nous mener au chaos »

 

Oran : l’accueil bienveillant de Tahtaha

Par  D. Loukil, Liberté

 

Le chef du FFS, qui a eu plutôt droit à un bon accueil dans la mythique M’dina Jdida, a expliqué dans son intervention que la participation du FFS aux législatives visait à poser les termes d’un nouveau pacte démocratique.


À Oran, les deux seuls partis qui ont osé aller à la rencontre de la population et des électeurs ont connu des fortunes diverses en un même lieu à une semaine d’intervalle. La veille de la fin de cette campagne électorale a vu, jeudi, le FFS faire une sortie sur la symbolique esplanade de Tahtaha à M’dina J’dida.

 

Là où Djaballah, marchant avec quelques-uns de ses partisans et de son staff, avait essuyé, la semaine dernière, des huées et avait été conspué par les vendeurs du boulevard Zabana, obligeant le leader islamiste à accélérer sa sortie de proximité sous la protection des agents des services de sécurité. Jeudi, Ali Laskri, le premier secrétaire du FFS, entouré de certains cadres et militants, a connu une situation inverse. En effet, il a été accueilli de manière bienveillante par les riverains et les commerçants de l’esplanade. La délégation allait à leur rencontre, serrant les mains des passants, des clients attablés sur les terrasses et à l’intérieur des cafés, y compris les nombreux vendeurs de l’informel installés en ces lieux. Et c’est tout aussi tranquillement que le premier responsable du FFS achèvera sa petite sortie de proximité, pour se rendre ensuite à la médiathèque municipale où il animera un meeting.

 

 Là, le numéro un du plus vieux parti d’opposition fustigera le pouvoir et le régime en place qui enferme l’Algérie dans une situation dangereuse. “L’impasse et le statu quo, c’est cela qui peut nous mener au chaos, cela fait 20 ans que nous mettons en garde, nous, au FFS sur ce danger”, et de faire un parallèle avec la Libye. Pour l’orateur, l’intervention de l’Otan et l’instabilité qui règne à la frontière sont le fruit du régime dictatorial en Libye, expliquant encore que la chute de Kadhafi a été rendue possible à cause de ses propres agissements poussant ainsi son peuple à ne pas se ranger à ses côtés. Pour l’orateur, l’engagement du FFS dans ces élections est venu après de longues rencontres de concertation avec la base mais également avec le mouvement associatif indépendant, des syndicats autonomes et des militants des droits de l’Homme. “Notre objectif n’est pas de participer pour obtenir des privilèges, mais de réhabiliter la chose politique, la pratique politique loin de la corruption, rétablir la justice sociale, un État de droit et une démocratie pleine et entière pour toute la population”.


D. Loukil, 5 mai 2012, Liberté

 

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