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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

Algérie : les importations de véhicules automobiles pèsent déjà 3,6 milliards € 

DR

 

 

 

 

 

 

Comme le savent les lecteurs des journaux algériens, les différentes marques automobiles sont les vedettes des pages de pub, mais aussi des articles de complaisance payants. Cela rapporte gros et annihile toute critique sérieuse du tout-automobile-en dehors du petit coup d'indignation de commande lors de la publication périodique des chiffres d'importation publiés par les Douanes algériennes. Le blogueur, pour qui le centre de notre capitale ultra polluée d'ozone de particules et de dioxydes divers est un vrai calvaire, comprend l'avertissement de Yazid Taleb lorsqu'il écrit d'emblée que "sa tentative d'estimation ne tient pas compte des conséquences nombreuses et considérables sur la vie des Algériens que certains qualifient de « pathologie de l'automobile».

 

 

 

 

Les coûts faramineux de la folie automobile en Algérie

 

 

 

Par Yazid Taleb, 19 novembre 2013

 

 

 

 

La frénésie d'achat d'automobiles des Algériens s'est accentuée au cours des trois dernières années. Combien coûte-t-elle ? Ici, une tentative d'estimation qui ne tient pas compte des conséquences nombreuses et considérables sur la vie des Algériens que certains qualifient de « pathologie de l'automobile ».

Le coût économique de la frénésie de l'achat automobile, pour être mesuré de façon aussi complète que possible ,devrait prendre en compte non seulement les coût directs liés aux achats de véhicules, de pièces détachées et de carburants mais également les coûts «implicites» inhérents au caractère fortement subventionné des prix des carburants en Algérie. Il devrait également tenir compte d'un certains nombres de coûts indirects, sur l'environnement et la santé par exemple, dont la mesure est plus complexe.

 

 

Une facture d'importation supérieure a 10 milliards de dollars en 2013

Quelle est actuellement la facture d'importation de véhicules en Algérie ? La réponse à cette question apparemment simple est devenue plus compliquée depuis la fin de l'année dernière. En 2011, les douanes algériennes annonçaient des importations de véhicules en hausse de plus de 37% avec près de 390 000 voitures importées pour une facture supérieure à 4 milliards de dollars. On pensait que le marché allait un peu se calmer en 2012. Cela n'a pas été le cas ! Non seulement le marché ne s'est pas tassé, mais il a continué au contraire de progresser à un rythme qui ne cesse de s'accélérer au point de donner le vertige aux responsables économiques algériens.

Les chiffres pour 2012 communiqués officiellement par l'administration des douanes jusqu'en septembre de l'année dernière - 420 000 véhicules importés en 9 mois,en hausse de 40% - indiquaient clairement que le cap du demi million de véhicules importés allait être dépassé allègrement à la fin de l'année .Le coût des importations de véhicules était également en passe d'exploser pour atteindre le montant faramineux de plus de 6 milliards de dollars. C'est le moment que le ministère des finances a choisi pour interrompre brutalement la publication de ces statistiques, très bien documentées et très complètes, élaborées et mises en ligne par l'administration des douanes. Ces statistiques présentaient sans doute l'inconvénient majeur d'être largement relayées par les médias nationaux et faisaient un peu désordre du point de vue du pilotage de l'économie nationale.

 

Combien de véhicules seront importés en 2013 et pour quelle facture ? Un haut fonctionnaire dans l'administration des finances que nous avons consulté tente un chiffrage. « En faisant l'hypothèse minimale d'une stabilisation du nombre de véhicules importés en 2013, on arrive quand même à près de 6,5 milliards de dollars. Mais il faut ajouter à ce montant , les pièces détachées pour environ un milliard et des carburants importés pour 2 à 3 milliards, ce qui donne une facture d'importation de l'ordre de 10 milliards de dollars même en faisant des hypothèses très conservatrices. Il faut rappeler pour indiquer l'ampleur que prend ce phénomène, que l'ensemble des importations de notre pays toutes catégories de produits confondus ne dépassait pas 12 milliards de dollars en 2002 ».

 

Subvention des carburants : un coût financier considérable et méconnu

Le coût économique de l'automobile ne se mesure pas seulement en termes de facture d'importation. Alors que les véhicules et les pièces détachées sont en gros payés à leur vrais prix par les consommateurs algériens, il n'en est pas de même, il s'en faut de beaucoup, pour la consommation de carburants. Plusieurs études internationales récentes confirment que l'Algérie est dans le peloton de tête des pays où les carburants sont le moins cher du monde. Le coût financier de la politique de subvention du prix mise en œuvre depuis des décennies, était jusqu'à une date récente quasiment passé sous silence aussi bien par les pouvoirs publics que par les médias nationaux. Et pour cause, si le coût du soutien des prix des produits alimentaires est relativement bien connu, le coût de la subvention des produits énergétiques n'était jusqu'ici pas mesuré avec précision du fait qu'il s'opère par d'autres moyens que le budget de l'Etat ; essentiellement sous forme de rachat des dettes des entreprises concernées par le Trésor public.

Le ministre des finances M.Karim Djoudi avait promis que le Parlement serait informé par le Gouvernement, dès la présentation de la prochaine loi de finances, du coût annuel des subventions accordées aux produits énergétiques. « Nous sommes en train de travailler actuellement au ministère des Finances pour quantifier ces subventions pour que la prochaine loi de finances permette au Parlement de prendre connaissance du montant des subventions non budgétisées. Ces montants ne vont donc pas être budgétisés mais affichés sur le budget à titre indicatif » avait-ilindiqué. La promesse a été tenue. Un document annexé à la loi de finance pour 2014 que les députés viennentd'approuver précise notamment que les subventions implicites dont bénéficient les carburants dans notre pays devraient atteindre l'année prochaine un coût supérieur à 800 milliards de dinars (encore 10 milliards de dollars). Une étude réalisée par le PNUD sur la base des données de l'année 2010 évaluait déjà ces subventions à 650 milliards de dinars.

Pas question pour l'instant de relever les prix des carburants, mais on sait au moins ce que leur subvention coûte à la collectivité nationale. Malgré le consensus qui s'élargit sur le caractère globalement néfaste de la politique du gel des prix des produits énergétiques, la révision des prix à la hausse n'est pas pour demain. Elle devra attendre un calendrier politique plus favorable. Elle pourrait être sérieusement à l'ordre du jour une fois passée les échéances électorales de 2014.

 

 

Source: Le Quotidien d'Oran

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