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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

Tiaret : un jeune immolé provoque l’émeute

 

Le chef-lieu de la wilaya de Tiaret a vécu une émeute hier à la suite d’une tentative de suicide perpétrée par un jeune, M. K., 22 ans, et résidant à la cité Oued Ettolba.

 

Les faits rapportés par plusieurs sources font état d’une altercation entre un policier et le jeune vendeur de lunettes au pied des escaliers dits Bab Salem. Le policier, en faction depuis plusieurs jours, depuis que les autorités ont décidé de délivrer la ville du marché informel, a fait écrouler d’un coup de pied la table du vendeur.

 

Dépité par cette tournure, M. K. s’est aspergé d’essence et a craqué une allumette. Il n’a été délivré qu’au prix de secours immédiats apportés par les passants nombreux sur cette mythique place, El Blaça. S’en est suivi un début d’émeute sur fond de tentatives de marches, ponctuées par des cris «d’Allahou akbar», des pneus et des bacs à ordures enflammés, le tout sous une étroite surveillance policière. La situation a généré avec la fermeture des locaux et l’amplification de la nouvelle.

 

Au niveau des UMC de l’hôpital Youssef Damerdji où fut admise la victime, les nouvelles sont plutôt bonnes. M. K., brûlé au deuxième degré au visage et au ventre, est pris en charge et est sous observation médicale. Mais au centre-ville, des jeunes revendeurs informels, notamment ceux évacués il y a quelques semaines, continuent d’interpeller les autorités pour leur trouver une solution pour survivre. En fin de journée, la police a dispersé des  manifestants au niveau du boulevard Capitaine Boussif en tirant des gaz lacrymogènes. Des dizaines d’interpellations ont été opérées. 

 

Fawzi Amellal, 27 janvier 2012. El Watan

 

 

 

C’est aussi l’indifférence et le mépris des pouvoirs publics qui a conduit à la mort tragique du jeune Abdelwahab Zeidoun devant le local d’un ministère à Rabat.

 

 

 

 

Emotion et colère après la mort d’un jeune immolé au Maroc

 

 

Reportage de Ilhem Rachidi

 

(De Rabat) Il avait 27 ans. Il était diplômé, et chômeur. Abdelwahab Zeidoun, l'un des deux jeunes Marocains qui se sont immolés lors d'une manifestation la semaine dernière à Rabat, est mort mardi des suites de ses blessures.

 

Le 18 janvier, Abdelwahab Zeidoun et deux autres diplômés chômeurs, Omar Akaoui et Mahmoud El Haouas (tous trois titulaires de masters) qui revendiquent une intégration dans la fonction publique, se sont aspergés d'essence devant une annexe du ministère de l'Education nationale. Deux d'entre eux, dont Zeidoun, ont été grièvement brûlés. Mahmoud El Haouas est toujours en soins intensifs.

Une centaine de diplômés chômeurs exclus des listes d'un accord conclu avec le précédent gouvernement en juillet dernier occupaient le bâtiment depuis le 5 janvier. Avant le drame, les forces de l'ordre les encerclaient et bloquaient leur ravitaillement en nourriture et en médicaments.

 

Des coups alors qu’il récupérait du pain

 

Alors qu'une manifestation de soutien se déroulait, les trois hommes ont versé de l'essence sur leurs vêtements et ont menacé de s'immoler par le feu si on ne les laissait pas accéder à la nourriture de l'autre côté du cordon sécuritaire.

C'est en voulant récupérer du pain, déposé par des soutiens, et après les coups des forces de l'ordre, que l'un d'entre eux se serait soudainement enflammé. C'est à ce moment-là que, d'après plusieurs militants et témoins, Zeidoun a voulu secourir son ami, oubliant – peut-être – qu'il s'était aspergé d'essence.

« Dans le cas présent, il ne s'agit pas d'un suicide. Les diplômés chômeurs étaient dans un sit-in ouvert. […] Dans la bousculade, l'un d'entre eux à pris feu et, les autres, dans un réflexe pour secourir leur camarade, ont également pris feu en oubliant qu'ils étaient aussi imbibés d'essence », affirme Abdullah Abaakil, militant du Mouvement 20 Février.

Mercredi, plusieurs centaines de diplômés chômeurs, rassemblés devant le Parlement et ensuite le lieu du drame, ont demandé l'ouverture d'une enquête sur le décès de Zeidoun.

 

Ce mépris conduit à ces drames

 

Quelques heures après l'annonce de la mort de Zeidoun, le Mouvement 20 Février observait un sit-in devant le bâtiment. Pour ses militants, Zeidoun est un martyre. « Zeidoun mat ma9toul al nidam houa al mas'oul ! » (Zeidoun a été tué, c'est le système qui est responsable !)

 

Lors de la manifestation, ils ont aussi rendu hommage à Kamal Amari (mort le 2 juin, suite à des violences policières, d'après le Mouvement) et à Fadoua Laroui, la « Bouazizi marocaine », une jeune femme de 25 ans qui s'est immolée par le feu le 21 février dernier, après le refus des autorités de lui accorder un logement social parce qu'elle était mère célibataire.

 

Selon Yassine Bazzaz, un militant du Mouvement 20 février, l'Etat marocain est responsable de la mort de Zeidoun. « C'est vraiment désolant de voir des jeunes de ce pays s'immoler par le feu et perdre tout espoir de vivre dignement dans leur pays malgré tous les efforts qu'ils ont fait pour avoir les diplômes qui leur permettront d'accéder à l'emploi. L'Etat marocain est bien évidement responsable parce que la Constitution garantie le droit au travail. Mais dans la pratique c'est autre chose, la politique de l'emploi se base essentiellement sur le clientélisme. »

 

Abdullah Abaakil partage un point de vue similaire : « Je suis touché et, comme l'ensemble du Mouvement, je me sens particulièrement concerné. Nous avons là un exemple de ce à quoi le refus d'écouter le mouvement social par ce régime autoritaire peut mener et, comme nous le craignions, ce mépris conduit à ces drames. La nécessaire remise en cause profonde à laquelle le Mouvement du 20 Février appelle reste d'actualité si nous souhaitons que cela s'arrête et que notre pays et ses citoyens repartent sur de bonnes bases. »

 

Face au récent durcissement du mouvement des diplômés chômeurs, les réactions au sein du nouveau gouvernement ont été prudentes. « C'est un incident regrettable et douloureux que nous ne souhaitons à aucun jeune », a déclaré à l'AFP le nouveau ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, Mustapha Khelfi, à la suite de l'annonce du décès de Zeidoun. (…)

 

Ilhem Rachidi, 27 janvier 2012. Extraits. Texte intégral : Révolution arabe-overblog

 

Vidéo de la manifestation meutrière sur YouTube

 

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