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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

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Photo DR

 

 

 

 

 

La chronique du Condjador (85)

 

 

 

 

 

Le ministre de la Pêche a annoncé « une enquête sur les conditions socio-économiques des professionnels de la pêche ». Il a expliqué à la radio que c’est pour « améliorer notre connaissance sociologique, démographique et économique des gens de mer »

 

 

 

Que pourrais lui apprendre un marin pêcheur ? Le  ministre a sur son bureau tous les rapports des directions de la pêche et des ports de toutes les wilayas maritimes. Il a de quoi nous berberer au cours des années de mandat qui lui restent. Puis il dira ensuite, comme les autres : « je ne savais pas ».

 

 

Il ne savait pas que les marins crèvent en silence. En 2007, au cours d’une réunion de marins avec une délégation du ministère à la salle Soummam je leur ai dit : les marins sont au port, pas dans les directions et les chambres de la pêche. Ce n’est pas dans ces chambres contrôlées par les armateurs qu’ils trouveront les porte-parole des marins. Les revendications des armateurs ne nous  concernent en rien, ni de loin ni de près.

 

 

Le ministre dira qu’il ne  savait pas que le poisson est devenu rare près des côtes et que le nombre de sortie en mer est limité par la météo. Que les bonnes pêches et les bons rendements ne bénéficient qu’aux raïs qui travaillent avec leurs propres bateaux car ils ne ratent aucune sortie  en mer, même avec de grands risques. A Jijel, les bateaux sont restés bloqués par la météo 45 jours en mai et avril. Au total : 4 mois de l’hiver, la moitié du printemps, plus le dernier mois d'automne… A quoi il faut ajouter le mois pour le carénage annuel (réparations). Qu’est-ce qui reste ? Le ministre de la pêche annonce 280 jours de sortie en mer par an !

 

 

Le métier de marin pêcheurs n’est plus un métier pour vivre dignement: rien de fixe et de régulier, on est le roi un jour et un cadavre le reste de l'année. La chance de travailler avec un bon raïs devient inexistante, toutes les places sont prises et les marins ne débarquent pas. C’est valable aussi pour les condjadors. Ces dernières années, la règle chez les marins pêcheurs qui veulent fonder une famille c’est de se marier avec des femmes qui travaillent.

 

 

Ce ministre  est-il vraiment capable  incapable d’améliorer la situation des marins ? Ils faudrait pour cela toucher les 45/100ème  de la recette des armateurs.

 

 

Mais peut-être veulent-ils nous étudier pour mieux nous bloquer, comme ils le font avec les marins de chalutiers dont les bateaux sont arrêtés pendant les « 4 mois de repos biologique ». Pendant ce repos forcé, ils perçoivent une indemnité équivalant au Smic. La bureaucratie interdit à ces marins d’embarquer sur d’autres types de bateau lorsque l’occasion se présente d’améliorer leurs revenus, sinon elle leur coupe l’indemnité. Je ne vois pas en quoi l’un empêche l'autre.

 

 

 

Jijel, le 16 juin 2013

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