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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

 

 

 

 

 

Il y a riche et riche. En bon libéral, travaillant dans un journal appartenant à l'homme le plus riche d'Algérie, Mustapha Hammouche trouve "normales" les inégalités sociales, mais il n’accepte pas les privilèges que s’octroie la nomenclatura, comme de se faire soigner à l'étranger. Comme le font les autres riches "normaux" qui eux obtiennent ce privilège grâce à leur argent.

 

 

 

 

 

Pour un développement “autocentré”

 

 

 

 

 

Par  Mustapha Hammouche

 

 

 

 

 

 

Même l’imagination d’un romancier n’aurait pas pu accoucher d’un tel tableau : d’un côté, une santé publique sinistrée et en grève ; de l’autre, au moins trois responsables politiques et sociaux hospitalisés dans des capitales européennes.

Autre image contrastée : des parlementaires s’allouant une augmentation de cent mille dinars/mois au moment même où un personnel de santé entre en grève, parce que la revendication d’amendement de leurs statuts particuliers n’est pas entendue par le pouvoir.

En cherchant bien, l’on pourrait dresser une longue liste de ces disparités de traitements qui caractérisent une Algérie à plusieurs vitesses. Mais ces écarts ne relèvent pas d’inégalités sociales — tout compte fait propres à toute société et plus ou moins marquées selon le système politique en place — mais d’une différence de statut entre le citoyen et le membre du sérail. Il n’est pas question, ici, d’écarts de privilèges entre riches et pauvres, entre nantis et nécessiteux, mais de disponibilité différenciée de l’État à l’endroit de ses citoyens. Bien sûr, ce ne sont pas, non plus, les privilèges institutionnels légitimes qui sont en cause, mais l’usage de moyens publics et sociaux, réservé à des élites politiques et dont les masses sont exclues.

Des prises en charge de santé qui connaissent une destination segmentée : ceux qui, d’un côté, en bénéficient de droit… statutaire et ceux qui, de l’autre, doivent en faire la démonstration de la nécessité médicale. Cette ségrégation touche aussi les fonctions extraterritoriales, dont une partie est pourvue d’affectations de faveur. Elle s’applique essentiellement aux bourses d’études, dont il n’est un secret pour personne qu’elles sont autoritairement distribuées aux enfants de la nomenklatura, même si l’on laisse des majors de promotion se glisser dans la liste des bénéficiaires par naissance.

Force est de constater que dans les autres secteurs de l’action public, la situation n’est guère plus reluisante, mais ce sont bien ceux de la santé et de l’enseignement qui auront connu la dégradation la plus profonde et soutenue de leurs efficiences respectives. Les puissants bénéficient, en quelque sorte, d’un transfert de budget à l’effet de les faire bénéficier de prestations de standard international délivrées par des institutions étrangères.

La vitesse d’évolution de nos services publics ne les affecte, donc, ni dans leur confort ni dans les perspectives qu’ils envisagent pour l’avenir de leurs proches. Jusque dans leur besoins quotidiens et leurs loisirs, ils ne s’inscrivent pas dans la condition qui est globalement celle des Algériens. La gestion de nos intérêts et de notre avenir est assurée par des responsables qui parfois s’en acquittent dans une posture qui est objectivement celle de coopérants : s’ils sont bien rémunérés pour le faire, ils ne se projettent pas, eux-mêmes, dans les effets de leur gestion. Pour les uns, l’Algérie est une ressource ; pour les autres, elle est leur destin.

Il doit forcément exister un lien entre ces états de fait et d’esprit, d’une part, et la qualité de gestion des secteurs structurants pour notre qualité de vie actuelle et à venir, d’autre part.
Il faudrait peut-être commencer par “rapatrier” les intérêts des responsables pour espérer les voir s’atteler enfin au développement national.

 

 

Mustapha Hammouche, 8 mai 2013. Liberté.com

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