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Publié par Saoudi Abdelaziz

Amel Boubkeur , sociologue à l’Ecole des hautes études en sciences sociales a été interrogée par Mohand Aziri, pour El Watan, sur le mode de financement des partis « reconnus » en Algérie, notamment du MSP. Extraits:

 



Avez-vous une estimation des fonds que brasse un parti comme le MSP ?

 

Les fonds du parti sont officiellement constitués par le reversement d’une partie des salaires des élus, les cotisations de ses adhérents. D’après Abdelmadjid Menasra, le MSP fonctionnerait avec 20 à 30 millions de dinars par an.

Mais c’est aujourd’hui un secret de Polichinelle que d’affirmer que le MSP s’autofinance réellement grâce à la captation des fonds des marchés publics. La majorité des gens, ingénieurs, entrepreneurs qui travaillent sur les chantiers de l’autoroute Est-ouest sont du MSP. Et même si l’intervenant n’est pas militant «encarté», officieusement il se doit de reverser une partie des fonds engrangés lors de l’accès à des marchés publics dans les caisses du parti. Sorte de commissions occultes payées.

Et suivant l’importance du marché, les entrepreneurs reversaient au minimum 10 millions de dinars pour le parti. Autre source de financement : les campagnes électorales. L’aide de l’Etat, c’est 15 millions de dinars pour un candidat à la présidentielle, et 150 000 DA pour une liste aux législatives. C’est dérisoire et pousse le candidat à chercher d’autres sources de financement. C’est un sérieux problème, perpétuant l’opacité mais qui va au-delà des partis islamistes : l’article 185 de la loi électorale autorise le candidat à se servir des fonds du parti, de l’aide de l’Etat et de ses propres revenus.



Un business des listes électorales…

 

C’est aussi une source de financement. A Béjaïa, lors des élections de 2007, il a été rapporté par exemple que le MSP a fait payer des personnes pour figurer sur ses listes. L’émergence d’une classe de nouveaux riches, soucieux de blanchir politiquement leur fortune, fait le lit de ce phénomène. Mais cette pratique va au-delà du parti islamiste, aggravée par l’absence de régulation par l’Etat. Les partis-Etats, le FLN et le RND sont les premiers promoteurs de cette pratique. Il est à ce propos intéressant d’inverser les paradigmes et de se demander comment un parti islamiste qui tient un discours sur la corruption se positionne pour ce type de pratique, tout en revendiquant même une certaine éthique. Et là, on n’est pas du tout sur des questions idéologiques ou religieuses, mais on est bien face à une attitude d’adaptation à des règles de jeu qui a pour objectif premier de peser sur des clientèles, parce que c’est ça qui fait infléchir la prise de décision en Algérie et non pas le nombre de députés à l’Assemblée, encore moins l’importance de la base électorale. D’ailleurs, cette dernière, au-delà de son intégration financière comme c’est le cas pour le MSP, elle est hautement controversée. D’ailleurs, sa base militante s’est grandement effritée, notamment depuis la démission de Menasra et même bien avant, d’où le fait que ce n’est pas du tout un parti qui pourrait compter sur un financement provenant de ses militants. Pas du tout.


Source : El Watan.com. 5 mars 2012

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