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Publié par Saoudi Abdelaziz

 
Arezki Derguini  
 

 

 

 

Militants défendez votre parti !

 

Par Arezki Derguini


Beaucoup de voix se lèvent pour faire appel au président pour gérer la crise que traverse la prétendue crise au FFS. Prétendue, car largement fabriquée, contrôlée. Pour ma part, je tends à croire qu’Ait Ahmed n’interviendra pas maintenant, parce qu’il sait que face aux médias, dont les injonctions le laisseront insensibles, il faut pouvoir peser, et qu’il ne veut pas faire l’économie du travail de la société sur elle-même. Travail qui fera la consistance de l’expérience du parti. De plus, il n’a pas attendu la dernière minute pour se préparer à la séparation avec son parti. Il a trop longtemps entendu des amis du parti lui répéter qu’après lui le FFS disparaîtrait. Je peux ajouter que dans la conjoncture mondiale et régionale actuelle, il est fort possible qu’il n’est plus besoin de son parti. Car dans l’opinion publique on admet depuis longtemps qu’il faille distinguer entre le leader et son parti. Les plus anciens militants ne font plus allégeance qu’au maître et non à son instrument. Dans notre régime que j’ai décrit un jour comme « nidham al mekhfi », il n’est pas difficile de se convaincre qu’il faille se méfier davantage de ses amis que de ses ennemis. Ceux-là sont découverts, gardent la distance ou respectent des règles, ces autres cachent beaucoup de travestis en tout genre et usent de toutes les ressources pour vous discréditer, vous éliminer.
 
Par son silence, ce qu’il m’est donné de comprendre, mais pas seulement, c’est qu’un jour il ne pourra plus répondre, intercéder et que ce sera aux militants de défendre leur parti car ce sont eux bientôt qui le porteront seuls. Et aujourd’hui, antichambre de demain, ce sont eux qui ont et auront besoin de leur parti, devront apprendre à gérer et régler leurs différends. Ceux qui se disputent aujourd’hui la succession d’Ait Ahmed, veulent soit détruire le parti et ceux là sont conséquents, soit hériter d’un appareil commode parce que déjà là, pour réaliser leurs ambitions personnelles. Mais ceux-là sont moins conséquents que les premiers car il leur faut un appareil performant pour réaliser leurs objectifs, il leur faut de vrais militants pour tirer une plus value de leur militantisme. Les opportunistes existeront toujours, les contrats resteront toujours imparfaits, il est illusoire de penser les éradiquer. Les opportunistes ont donc besoin du travail des vrais militants dont ils profitent, alors que ceux qui veulent le détruire aspirent au contraire à les priver de cette ressource indispensable. Aussi comprendront-ils rapidement qu’il est de leur intérêt de sauvegarder le parti et de le défendre de ceux qui le disputent au risque de l’anéantir. S’il faut défendre le parti des opportunistes, et particulièrement de ceux qui sont aveugles, ce sont donc de ceux qui veulent le détruire qu’il faut en priorité le défendre.
 
J’estime que le début de la fin « de la dernière dictature du Maghreb », commencera avec l’épreuve et le résultat des élections présidentielles. Pensez-vous que le régime algérien aurait pu faire ce qu’il a fait en 1998 dans le contexte actuel ? Impossible. Mais lui a besoin de croire le contraire et il a besoin d’en être conforté par la société. Voilà le climat dans lequel nous devrions nous sentir, trouver notre chemin afin que le dénouement ne soit pas semblable à celui de la Syrie ou quelque chose de pas éloigné. Aussi un de ses objectifs sera-t-il de détruire toutes les oppositions qui peuvent menacer le consensus prégnant en son sein (« sans lui point de salut »), et qui pourraient accroitre les dissensions et les défections en son sein. Nous en appelons à la sagesse afin que les présidentielles soient le moment du début d’une véritable réconciliation. Je suis convaincu que le régime et ses profiteurs n’auraient pu tenir s’il n’avait ses honnêtes travailleurs. A mes yeux, ceux qui veulent détruire le parti nous font miroiter l’image d’un pouvoir un. Mystification ! Je peux aller jusqu’à dire, et je ne suis pas le seul, que tout le monde en fait partie mais dans certaines proportions. Et c’est pour cette raison que cela va changer et que le changement pacifique est possible si la trame du pouvoir est bien comprise.
 
Militants défendez votre parti, vos associations et rappelez vous que nous sommes tous des mortels mais que des combats on survécu aux hommes tant qu’ils n’avaient pas connu leur terme. Abdelhamid MEHRI est parti sans pouvoir voir se lever le jour d’une libération du pays de la dictature, fasse Dieu que Hocine Ait Ahmed connaisse un autre destin !
 
Arezki Derguini, 24 juillet 2012. Ffs-dz.net
 

  

 

Samir Bouakouir : «Certains ont enterré Aït Ahmed vivant»

 

La Dépêche de Kabylie : L’ex-premier secrétaire du FFS, Karim Tabou, vient d’annoncer ses intentions manifestes de créer un parti politique. Quel est votre commentaire ?

Samir Bouakouir : La création d’un parti est le résultat d’un processus dynamique, elle doit correspondre à une nécessité politico-sociale. On ne crée pas un parti pour assouvir une ambition personnelle ou pour régler ses comptes avec d’anciens camarades. Quel intérêt politique y a-t-il à vouloir ajouter un nouveau sigle qui viendrait alimenter la cacophonie politicienne orchestrée par une kyrielle de “partis” sans ancrage sociologique ? Dans le contexte actuel, marqué par l’incertitude et l’improvisation, il ne fera qu’alimenter la confusion et le sentiment de désordre politique et accentuera ainsi la démobilisation citoyenne. Je pense, au contraire, qu’il faut se placer au dessus des contingences stériles du moment, liées à des luttes d’appareils et au choc d’ambitions personnelles postélectorales, pour pouvoir engager un débat démocratique sur les questions politiques et stratégiques auxquelles est confronté notre pays et poser les bases d’un grand projet national moderne et démocratique, qui réhabilitera l’Etat et la Nation et accomplira, enfin, les promesses du mouvement de libération nationale.

 

 

Qu’en est-il de votre Mouvement de Rassemblement des Energies et quel est le bilan que vous en faites ?

Notre mouvement de rassemblement va au delà des appareils, il les transcende sans les nier. Il s’adresse aux hommes et aux femmes libres, syndicalistes, jeunes, intellectuels, fonctionnaires, entrepreneurs, journalistes et artistes qui résistent courageusement à la violence politique d’un système en dégénérescence morale et politique. Le coup de force du 10 mai, qui a redonné un rôle hégémonique à l’ancien parti unique, témoigne de la cécité politique d’un pouvoir qui rame à contre-courant de l’Histoire et qui pense échapper à l’onde de choc du « printemps arabe », en ressassant un pseudo-discours nationaliste sclérosé devenu inaudible pour les générations post-indépendance. Nul n’est dépositaire de la conscience nationale et les militants que nous sommes, n’ont d’ailleurs pas de leçons de patriotisme à recevoir de la part de cette « famille révolutionnaire », qui n’a de révolutionnaire que le nom et qui considère le pouvoir, telle une « noblesse», comme un héritage.

L’exemple de certains pays arabes, en particulier celui de la Syrie, doit pourtant inciter les décideurs à des révisions déchirantes, à repenser le projet national pour le rénover à la lumière des bouleversements géopolitiques en cours. Il n’y a pas d’ « exception algérienne », mais une « solution nationale » est encore possible pour peu que se manifeste une volonté politique.

C’est dans la perspective d’une voie algérienne de transition démocratique, que s’inscrit notre action. La conférence nationale pour l’alternative démocratique que nous avons proposée lors du meeting du 12 juillet vise à mobiliser l’ensemble des patriotes et des démocrates, pour débattre de l’avenir de notre pays et proposer ce grand projet national qui hissera notre pays au rang d’une grande puissance régionale et non pas à celui d’un simple sous-traitant des intérêts occidentaux.

 

Comment comptez-vous dépasser les clivages qui minent le camp démocratique ?

Un nouveau cycle politique s’ouvre et favorise de nouvelles opportunités, peut-être, historiques. Pour les saisir et se projeter dans l’avenir, nous ne pouvons nous dispenser d’un regard lucide et critique. Nous devons tirer les leçons des échecs passés, des impasses stratégiques et de la gestion patrimoniale des partis de la mouvance démocratique. Nous devons surtout réaliser une rupture intellectuelle et culturelle, pour rendre possible la rupture politique. Il n’est pas crédible de dénoncer l’autoritarisme, le sectarisme, le sexisme et l’exclusion et les reproduire aussitôt dans son parti, son syndicat, son association, son lieu de travail, bref dans la vie quotidienne. Par ailleurs, il faut sortir de cet avatar du populisme que représente le mythe de l’ « homme providentiel » et promouvoir une authentique culture démocratique qui redynamisera le processus de convergence démocratique en prenant le soin de dépasser les faux clivages idéologiques, entre islam et modernité, éradicateurs et réconciliateurs. Il faut sortir des catégories politiques fictives dans lesquelles le pouvoir a cherché à enfermer la société avec sa théorie des trois familles politiques : nationalistes, islamistes et démocrates. Notre mouvement est d’abord un mouvement d’idées, à la fois de continuité et de rupture. Continuité avec les principes fondateurs du mouvement national, depuis l’Etoile nord- africaine jusqu’au Congrès de la Soummam, et rupture avec l’idéologie nationaliste, islamiste, et populiste qui a bloqué l’avènement d’un Etat moderne et la construction d’institutions politiques démocratiques.

 

Comment expliquez-vous l’absence de l’action politique du FFS aux niveaux national et international ?

Aussi paradoxal que cela puisse paraître, la force et la faiblesse du FFS, c’est son président Hocine Ait Ahmed ! La particularité du FFS est qu’il a reposé, depuis sa fondation, sur une autorité charismatique, au sens wébérien du terme, dont le poids historique et politique est tel que cela n’a pas permis la construction d’un grand parti moderne qui institutionnalise le débat démocratique et qui définit des mécanismes internes, permettant de gérer les divergences politiques sans que cela n’aboutisse systématiquement à des crises ou à des dissidences. Tout au long de son histoire, en l’absence de tels mécanismes, le FFS a eu à se séparer de nombreux cadres qui ont fini par l’affaiblir considérablement. Aujourd’hui, l’âge avancé du président a considérablement compliqué la situation et certains éléments, se réclamant d’une proximité familiale avec lui, n’ont pas hésité à l’enterrer vivant, en engageant l’appareil dans des alliances douteuses qui ont fini par entamer sa crédibilité auprès de l’opinion. La direction du FFS se trouve aujourd’hui sans boussole politique, stratégiquement désorientée, sans perspective aucune sinon celle d’élargir les cercles clientélistes à la faveur des prochaines municipales, selon le même mode opératoire que celui du pouvoir.

 

Y a-t-il des contacts entre vous et la direction pour asseoir un débat ou trouver des solutions aux questions posées ?

Nous n’avons pas cessé de lancer des appels au dialogue et au débat. Nonobstant certains individus compromis, je reste convaincu que la majorité des responsables du parti sont tristes de la piètre image que donnent certains membres de la direction du parti et souhaitent que le « rassemblement des énergies » se concrétise.

Je tiens à souligner que nous avons refusé de nous associer à un travail de sape ou de casse, en nous démarquant de ceux qui, aveuglés par l’ambition, font tout pour affaiblir le parti, en particulier dans son bastion historique. Notre seule ambition est que le FFS retrouve sa cohésion et son unité pour être un des principaux acteurs de la réussite de la conférence nationale pour l’alternative démocratique.

 

Propos recueillis par Ferhat Zafane, 26 juillet 2012. Depechedekabylie.com

 

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