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Publié par Saoudi Abdelaziz

 
 

Par  Mustapha Hammouche, 5 août 2013

 

 

 

Franchement, la ficelle est tellement grosse qu’on se demande si les faits sont réels : un wali suspend une association locale pour “ingérence de l’association dans les affaires intérieures du pays” ! (Lire sur notre blog: Le wali d'Oran suspend une association pour "l'ingérence dans les affaires de l'Etat")


Il s’agit de l’Association de défense de l’environnement (ARC) qui, dans sa lutte pour la protection du milieu — naturel, pas l’autre — à Oran, s’oppose à des constructions dans la fameuse et panoramique pinède de Canastel que de puissants semblent avoir destinée à un déboisement insidieux, par lotissements successifs programmés.

 

La facilité avec laquelle le pouvoir sait sacrifier la ressource naturelle pour satisfaire les besoins de ses protégés n’est plus à décrire. Une espèce de “construction sur brûlis” est en train d’avoir raison des espaces verts résiduels du littoral.

 

Dans leur discours, nos dirigeants n’omettent que rarement de rappeler qu’ils ont “libéré” l’Algérie. Traduisant mentalement qu’ils l’ont… conquise. De fait, dans leur gestion de tout ce qui est patrimoine, ils se comportent comme     “en terrain conquis”. Eux et leurs recrues de la génération postindépendance qu’ils ont formatées à leur illusion de vainqueurs et, donc, de potentats légitimes.

 

Avec un tel esprit de conquistadors, il est normal que nos dirigeants pensent d’abord territoire. L’espace est à leur merci et le fait qu’il soit habité ne doit constituer qu’une contrainte, une variable d’ajustement. “Que je te déloge, que je te reloge, que j’érige mon immeuble, que je clôture le terrain adjacent, que je te cache la vue, que je m’approprie la forêt, que je privatise la plage !… Tout cela est de mon autorité. Je suis le pays et ses territoires, ressources et État sont à moi.”  

 

L’affaire de la suspension de l’association ARC par le wali d’Oran illustre cet état d’esprit de nos dirigeants qui fait du pays leur quasi-propriété. Cette instinctive conviction est ancrée au plus profond du système, à savoir que tout ce qui n’est pas homologué comme élément du système n’est pas légitime à suggérer, ce qui serait bon pour le pays. Et ce bannissement politique de l’Algérien non “systémisé” commence au plus profond, chez le législateur, c’est-à-dire, en Algérie, le pouvoir exécutif, qui est aussi le véritable faiseur de lois : en anticipant sur une possible “ingérence dans les affaires intérieures du pays” de la part d’associations nationales, il a placé des Algériens dans la position d’entités   “extérieures” qui viendraient fourrer leur nez dans des affaires qui ne concernent que l’Algérie. Et comme pour l’instant, l’Algérie c’est eux, carton rouge à l’ARC.

 

L’affaire prêterait à sourire si elle ne reflétait l’infinité des ressources que le régime peut développer pour éloigner les importuns. L’ingérence est une notion de relation internationale ; elle ne se matérialise qu’en ce qu’elle remet en cause la souveraineté d’une nation. Et comment cette souveraineté a-t-elle été remise en cause ? Par le fait qu’une association de droit algérien se fût adressé à un tribunal algérien !

 

Hormis l’APC et la wilaya, rien n’est État, rien n’est souveraineté ! Que sont les membres de l’association ARC, dans cette logique ? Des intrus qui s’ingèrent, pas des citoyens préoccupés par l’effet désastreux d’une démarche rentière qui fait de tout patrimoine national un possible butin cessible un jour à un des membres des réseaux de prébende.

 

 

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