Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Publié par Saoudi Abdelaziz

 

 

 

 

AU FORUM DE DAVOS. La stabilité économique et sociale menacée

 

 

 

 

 

Par François Leclerc, 22 janvier 2013

 

 

Trois rapports viennent d’être presque simultanément rendus publics, qui ensemble décrivent la société qui s’annonce. Celui de l’ONG Oxfam, qui porte sur le développement des inégalités, celui de l’Organisation internationale du Travail (OIT), qui constate que l’emploi ne profite pas de la faible reprise économique, et celui du Commissaire européen chargé de l’emploi et des affaires sociales, qui prédit que la baisse du chômage ne suffira pas à réduire la pauvreté. Il n’est plus question de retour à la situation d’avant, inflexion pourtant largement partagée par le grand public à lire les récentes enquêtes d’opinion.

 

On en vient à ce que le risque pour la stabilité économique que représente la poursuite du développement des inégalités soit souligné par le FMI, ainsi que par le Forum de Davos. Mais il ne s’agit pas que de cela ! L’affaiblissement de la cohésion sociale et la désaffection pour les partis politiques de gouvernement est également crainte. Oxfam en tire pour sa part les conclusions suivantes : « les niveaux inédits d’inégalité économique que l’on observe désormais sonnent comme un avertissement : en l’absence de contrôle, les institutions représentatives continueront de s’effriter et le déséquilibre du pouvoir entre les nantis et les pauvres pourrait devenir chronique et immuable ». À entendre ces pronostics, on comprend que non seulement la stabilisation du système financier n’est toujours pas acquise, mais que les effets de la crise dont il est à l’origine se propagent bien au-delà.

  

Il est en effet frappant de constater que, si les constats se multiplient, les remèdes à y apporter ne se bousculent pas. Rien, au contraire, ne fait obstacle à l’approfondissement des difficultés observées. Guy Ryder, le directeur général de l’OIT, constate que « ce dont nous avons immédiatement besoin, c’est de repenser nos politiques. Nous devons accroître nos efforts pour accélérer la création d’emplois et soutenir les entreprises qui créent des emplois », sans toutefois manifester un optimisme excessif à ce propos. Dans son rapport, le commissaire européen Laszlo Andor ne lui donne pas tort, soulignant que retrouver un emploi ne permet de sortir de la pauvreté que dans un cas sur deux, tout particulièrement en raison du développement du temps partiel. Mais le verrouillage de la situation est solide et demanderait pour être dénoué d’importantes reconsidérations qui ne sont pas dans les intentions de ceux qui disposent du pouvoir, on ne s’en étonnera pas.

 

Tous les chiffres disponibles donnent pourtant le vertige. Par exemple le chômage des jeunes de 15 à 24 ans, dont le taux est plus de deux fois supérieur au taux mondial tous âges confondus, selon l’OIT. Ou bien la concentration de la richesse, 1 % des familles détenant près de la moitié des richesses du monde selon Oxfam. Mais que faire ? Quels mécanismes sont à l’ouvrage qu’il faudrait enrayer ? Au contraire, la dynamique du système financier est restée intacte, les mêmes causes reproduisant les mêmes effets.

 

Les demi-mesures destinées à l’encadrer sont dépassées avant même d’avoir été mises en œuvre. La fuite en avant impose sa loi. La normalisation en cours est illusoire, car le pilier de soutènement de l’édifice que la dette souveraine représente est irrémédiablement fragilisé et les montages financiers destinés à évacuer le risque ont fait la preuve de leur inefficience : l’instabilité du système financier est intrinsèque, en raison de son hypertrophie et de la nature des instruments financiers qui ont été à l’origine de celle-ci.

 

Détaché de toutes autres considérations que ses résultats financiers, le Pdg de Total Christophe de Marjorie a déclaré dans son petit monde de Davos que « l’Europe devrait être considérée comme un pays émergent ». N’ayant pas froid aux yeux, Douglas Flint, le patron de la banque britannique HSBC, a souligné qu’aucune autre industrie, « à part le nucléaire », n’a autant à démontrer comment elle est préparée à faire face à l’éventualité d’un effondrement de son secteur. Sont-ils bien conscients de la portée de ce qu’ils disent parfois?

 

Source Paul Jorion blog

 

 

 

Tahar Ben Jelloun : la nouvelle Constitution tunisienne est révolutionnaire

 

 

22 janvier 2013

 

L'arbre du Printemps arabe vient de donner ses premiers fruits en Tunisie. C'est la première fois qu'un pays arabe et musulman inscrit dans sa nouvelle Constitution l'égalité entre l'homme et la femme ("Les citoyennes et citoyens sont égaux devant la loi sans discrimination"). En même temps, il a réussi à mettre de côté la charia en instaurant la liberté de conscience ("L'État est le gardien de la religion. Il garantit la liberté de conscience et de croyance et le libre exercice du culte"). Il garantit aussi la liberté d'expression et interdit la torture physique et morale ("La torture est un crime imprescriptible").

Non seulement la Tunisie, grâce à l'engagement de la société civile et en particulier au combat des femmes, a réussi à renvoyer le parti islamiste Ennahda dans les mosquées, mais en même temps elle a ouvert le pays à une modernité qui manque cruellement dans le reste du monde arabe. L'égalité des droits signifie qu'il n'y aura plus de polygamie ni de répudiation, elle signifie aussi que l'héritage n'obéira plus aux lois de l'islam qui accordent systématiquement une part à l'homme et une demi-part à la femme en vertu de la sourate 4, verset 12 : "Quant à vos enfants, Dieu vous ordonne d'attribuer au garçon une part égale à celle de deux filles."

 

 

La peur de la femme

 

L'égalité, c'est aussi un pas vers la parité dans la représentation et les salaires. En Europe, on continue de payer un homme mieux qu'une femme pour le même poste. Peut-être que la Tunisie donnera l'exemple en bouleversant les données et en faisant reculer les préjugés et les archaïsmes.

L'égalité des droits entre l'homme et la femme, c'est précisément ce que les islamistes ne peuvent accepter. Car ce que cache l'utilisation de la religion en politique, c'est la peur de la femme, la peur de la sexualité libérée de la femme, la peur qu'a l'homme de perdre la suprématie que lui accordent certains versets. L'intégrisme religieux est obsédé par le sexe. C'est pour cela que l'homme cherche à voiler la femme qu'elle soit épouse, soeur ou mère. Il faut la cacher, la rendre invisible. Il faut tuer le désir, car tous les problèmes de la société naissent, d'après les intégristes, de la liberté de la femme. Ils donnent l'exemple de l'Occident où la libéralisation des moeurs aurait provoqué la déstructuration de la cellule familiale.

 

 

La modernité de Bourguiba

 

La lutte des Tunisiennes pour la libération de l'homme et de la femme ne date pas d'hier. Il faut reconnaître que c'est l'ancien président  Habib Bourguiba (1903-2000) qui a lancé dans les années soixante le programme de la libération de la société tunisienne. Dans un premier temps, il a donné à la Tunisie le Code de la famille le plus progressiste du monde arabe. Ce Code du statut personnel qui date du 13 août 1956 a été un pas essentiel dans la voie de la modernité. Vint ensuite une tentative de laïcisation de la société. Bourguiba a eu le courage de se présenter à la télévision un jour de jeûne du ramadan et aurait dit avant de boire un verre de jus d'orange : "La Tunisie mène un combat pour son développement économique ; le ramadan retarde ce combat. Or, durant la guerre, il est permis aux soldats de manger et de boire ; considérons que nous sommes en guerre pour le développement." Ceux qui refusèrent de renoncer à leurs convictions religieuses étaient libres de pratiquer leur foi. Les autres étaient aussi libres de manger et de boire publiquement.

Ce fut une décision historique. Aujourd'hui, cela provoquerait des manifestations très violentes. La religion a pris une place trop importante dans la vie des gens, à cause des frustrations et des déceptions politiques. C'est pour cela que la nouvelle Constitution tunisienne marque une date importante dans l'histoire d'un printemps qui a failli se transformer en cauchemar hivernal.

 

 

Un exemple pour le Maghreb...

 

Mais tout n'est pas joué. Encore faut-il que les élections législatives et présidentielle puissent confirmer dans les urnes ce progrès et ce choix de société. Les forces de la régression n'ont pas désarmé. Les salafistes n'ont pas disparu du paysage et, de temps en temps, ils se manifestent en s'attaquant aux forces de police ou aux citoyens qui vivent librement. Leur mouvement Ansar al-Charia (les défenseurs de la charia), dirigé par un vétéran de la guerre en Afghanistan, le Tunisien Abou Iyadh, a été classé par le gouvernement comme "organisation terroriste".

Si la Tunisie consolide ce changement dans la Constitution, si elle réussit à le mettre en pratique, c'est tout le monde arabe qui sera montré du doigt, surtout le voisin algérien qui a le Code de la famille le plus rétrograde du Maghreb. Quant au Maroc, même s'il a modifié le Code du statut personnel, il n'a pas osé toucher à l'héritage.

 

 

Et pour les pays du Golfe ?

 

Les pays du Golfe, notamment l'Arabie saoudite et le Qatar, suivent le rite wahhabite, qui est un dogme rigide et rétrograde datant du XVIIIe siècle. Aujourd'hui, des femmes manifestent pour avoir le droit de conduire une voiture, en Arabie, un pays où l'on continue d'appliquer la charia. L'hypocrisie occidentale qui aime signer des contrats juteux avec ces pays fait mine de ne pas savoir qu'elle traite avec des champions de la régression.

On verra dans le proche avenir comment ils réagiront face à ce tournant historique et exceptionnel d'une nation qui s'est mise sur le chemin de la laïcité, étant entendu que celle-ci n'est pas le refus de la religion, mais la séparation de la sphère publique et de la sphère privée, avec cependant la liberté de croire ou de ne pas croire. L'Égypte, dans le passé, a condamné à mort des citoyens qui avaient une lecture non orthodoxe du Coran. Ils ont été désignés comme apostats, crime absolu du point de vue islamique. Dans la Tunisie nouvelle, la Constitution a aussi interdit la référence à l'apostasie.

 

Source Le point.fr

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article