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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

Quand les jeunes du quartier « Hamdi Slimane » (Boudouaou) prennent les choses en main »

 

 

 

 

Par Karim Tedjani

 

 

 

Le quartier de la cité Hamdi Slimane, qui s’appelait jadis « Tribo », surplombe Boudouaou (wilaya de Boumerdes) du haut de la petite colline où elle se situe. L’endroit est calme, sans problème. Ici, tout le monde se connait depuis plusieurs générations. Quand on empreinte les rues souvent accidentées de cet ensemble de petites villas ornées de fleurs, avec son château d’eau, son hôpital polyclinique, son hammam et son école privée, on a vraiment l’impression de pénétrer dans un village hors de la ville.

 

 

Des allées d’arbres plantés le long de tous les trottoirs de cette cité pavillonnaire, des places fleuries, des poubelles publiques en nombre important, la propreté des lieux, tout laisse à croire que la Cité Slimane a fait l’objet d’une attention toute particulière de la part les autorités locales. «Tribo» est-il un quartier pilote faisant partie d’un programme national ? Hormis l’état calamiteux de la chaussée, aucun détail ne semble avoir été négligé pour rendre l’endroit plus attrayant qu’il ne l’était auparavant. Il n’y a pas de cela si longtemps, ce quartier était vraiment loin de ressembler à cette agglomération propre et fleurie…

 

 

J’ai voulu en savoir plus. J’ai donc demandé à un habitant du coin s’il pouvait me dire qui avait été l’investigateur d’une initiative si louable.

« Eh bien, ce sont nos jeunes… » . Me répond ce dernier.

« Vos jeunes ? Mais avec quel argent ? Ils ont crée une association et ont été subventionnés par l’APC ? ». Demandais-je.

« Non. A part les poubelles qui leur ont été fournies, tout vient de leurs poches. Ils se organisé verbalement, se sont cotisés et ont fait tous les travaux ensembles…. ». Me répond avec un brin de fierté justifiée mon interlocuteur.

 

 

Je décide donc, logiquement, d’entrer en contact avec ces jeunes gens pour les féliciter, mais aussi pour leur poser quelques questions. Le rendez vous est fixé en fin de matinée devant l’entrée de l’Hôpital qu’ils ont totalement réaménagé et ornée de fleurs.

 

 

« Nous, on est tous nés dans ce quartier. On se connait depuis la toute petite enfance et pour nos grands frères, c’est pareil ! Cela fait un bout de temps que l’envie de rendre notre environnement plus propre et surtout plus beau. On est fier de « Tribo », on veut qu’il soit le plus beau coin de Boudouaou. Non pas le quartier un peu trop délabré à notre goût dans lequel on vivait auparavant. »Ajoute l’un d’entre eux.

 

 

La plupart de ces jeunes sont loin d’avoir la trentaine. Derrière leur look, leur turbulence face à mon micro ainsi que la simplicité de leur discours, je perçois une grande maturité, des âmes d’une grande noblesse. Je trouve, au fond, qu’ils ressemblent beaucoup à ces jeunes «de quartiers» avec qui j’ai déjà eu l’occasion de travailler en France. La différence la plus flagrante, à mes yeux, est qu’ils sont tous, sans exceptions, d’une éducation et d’un respect pour leurs aînés irréprochables. Malgré les difficultés qu’ils rencontrent au quotidien, beaucoup de jeunes algériens gardent ont un esprit « bon enfant », une profonde croyance en des valeurs qui peuvent paraître un peu désuètes à ceux que j’ai rencontré en France.

Il n’est pas question de faire un tableau idyllique de cette jeunesse algérienne qui se cherche un avenir. J’aurais tant à dire et redire à ce propos. Disons que la solidarité et la générosité sont des valeurs indélébiles dans la tradition de grand pays du Maghreb.

 

 

« On a été encadrés par des grands frères et des anciens qui nous ont conseillé pour le choix des arbres et des fleurs à planter. On a fait les choses petit à petit, en fonction de ce que chacun pouvait donner en argent et en énergie. On a commencé par 200 dinars par tête, parfois cela est même monté à 1000 ; pourtant, personne n’a jamais rechigné à mettre la main à la patte ni à la poche d’ailleurs ! »

 

 

Ainsi ils ont planté des arbres et des fleurs, mais aussi construit une petite fontaine publique, aménagé des escaliers, refait la peinture… Un point très appréciable dans leur démarche, c’est qu’ils assurent aussi un entretien régulier de leurs ouvrages dont ils assurent le suivi. Ils se relaient entre eux pour arroser les fleurs et les arbres, rajouter un coup de peinture ça et là, balayer la chaussée quand elle est trop sale et tant d’autres petites corvées utiles pour tout le quartier.

 

 

« On en avait assez de voir que notre coin se délabrer au fil du temps et surtout que personne ne semblait s’en préoccuper. On n’allait pas attendre le bon vouloir de certains…On a pris les choses en main ! » Déclare un autre jeune homme.

« Nous avons pleins d’autres projets pour le futur, dont la création d’un espace vert afin que nos petits frères ne jouent plus sur la route. Mais, pour l’instant, les finances sont un peu réduites, on va devoir patienter un peu. On aimerait aussi être plus aidés dans notre entreprise, notamment que les routes de notre quartier ne soient plus dans un état aussi dégradé. On pourrait vraiment travailler dans de meilleures conditions et avoir vraiment l’impression d’être pris en considération par la localité. Car là, on ne peut rien faire pour la chaussée, c’est aux autorités de prendre en compte nos doléances et de nous suivre dans notre démarche citoyenne… ». Ajoute encore le jeune Lyes.

Puis, avec beaucoup de simplicité et, il en va de soi, un peu de fierté, les jeunes de « Tribo » me font une visite guidée de leur actions pour améliorer leur cadre de vie collectif. (Voir l’album photo).

 

 

J’ai été très touché par autant de courage et de solidarité de la part de ces jeunes qui, par leurs actes, offrent un bel exemple à suivre pour toute la société algérienne. Celle d’une initiative collective, solidaire et constructive portée par des efforts réguliers et durables. Malgré la mauvaise foi de certains, la léthargie d’autres, ces jeunes hommes ne se sont pas laissé aller au défaitisme stérile ou bien à la colère destructrice. Ils ont décidé, plutôt, de lancer un défi pacifique à ceux qui auraient dû faire ce travail. Bien entendu, ils auraient pu mieux faire. Mais ils disposaient de peu de moyens. Alors, quand on sait cela, l’on ne peut qu’applaudir ce qu’ils ont déjà réalisé par leurs propres moyens.

 

 

Qui, en parcourant à présent ce quartier, pourra se cacher derrière la fausse excuse que la jeunesse algérienne ne sait que réclamer de l’aide? Est-il possible de laisser ces jeunes dépenser leur argent et donner de leur temps sans les encourager ? Il faudrait, certes, qu’ils créent leur propre association afin d’avoir un statut leur permettant de récolter des fonds et de s’adresser aux élus locaux avec plus de légitimité. Mais, ce qui a été déjà fait sans tout cela est une belle victoire en soi ainsi qu’un pied de nez à tous ceux qui ne croient plus en rien. Souhaitons, enfin, que l’effort de ces jeunes sera soutenu avec plus d’insistance par l’APC de Boudouaou…

 

Pour avoir été témoin de nombreux actes de bravoure écologiques à travers près d’une vingtaine de wilayas, je suis persuadé qu’il existe à travers tout le territoire bien d’autres exemples comme celui-ci. L’Algérie regorge tellement de talents inexploités, de héros anonymes. Cette fois-ci, je n’ai pas eu à parcourir des centaines de kilomètres pour en témoigner : cela c’est passé juste devant la maison de vacances de mes parents…

 

Karim Tedjani, 12 juin 2012. (Photos) Nouara-blog

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