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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

Une revue de la presse quotidienne révèle ce matin une certaine gêne parmi les commentateurs. Habituellement péremptoires dans leurs pronostics, ils restent prudents, d’autant plus que le nouveau premier ministre n’est pas classé dans leurs catalogues idéologiques. Moncef Wafi, dans raïnaraïkoum, semble traduire l’état d’esprit dans l’opinion en écrivant dans une chronique désenchantée : « Alors autant souhaiter à Sellal bonne chance ». A suivre.

 

ALGERIE. Bouteflika nomme Abdelmalek Sellal Premier ministre

 

 

Un homme du système politiquement inclassable

 

Par Hacen Ouali, El Watan

 

La nomination de cet énarque, de 64 ans, était presque attendue tant son nom est cité avec insistance depuis des années pour occuper le palais du docteur Saâdane. Si pour l’opinion publique, sa désignation au poste de Premier ministre n’est pas une surprise, elle est une consécration d’un commis de l’Etat qui a évolué dans les rouages et les méandres de l’administration. Classique itinéraire. 35 ans après son premier poste comme chef de cabinet de la wilaya de Guelma en 1975, Sellal est bombardé au poste de Premier ministre à vingt mois de la présidentielle. A observer son parcours, l’originaire de Guenzet (Kabylie) a pris son «mal en patience».

 

Il commence sa carrière par la plus basse marche de l’administration, M. Sellal a grimpé graduellement les échelons dans l’appareil pour obtenir le plus élevé des galons.De chef de daïra à Tamanrasset en 1976 au wali hors cadre au ministère de l’Intérieur en 1994 en passant wali dans cinq wilayas (Adrar, Sidi Bel Abbès, Oran, Boumerdès et Laghouat), le plus «blagueur» des ministres, après un long apprentissage au sein de l’appareil bureaucratique, fait un détour par la diplomatie où il était nommé ambassadeur de 1996 à 1997 à Budapest (Hongrie).

 

Rompu au fonctionnement des différentes strates de l’Etat, il entre au gouvernement en 1998 par la plus grande porte en héritant du très influent ministère de l’Intérieur et des Collectivités locales. Depuis, il a accompagné les différentes équipes gouvernementales, en faisant deux haltes à l’occasion des présidentielles de 2004 et 2009 où il dirigeait les campagnes du candidat du régime, Abdelaziz Bouteflika. Ce qui lui a permis d’avoir une proximité avec le chef de l’Etat et son cercle immédiat.

 

Ministre de la Jeunesse et des Sports, des Travaux publics, des Transports, puis des Ressources en eau, le nouveau Premier ministre, sans faire trop de bruit autour de lui, a pu tisser un large réseau au sein et en dehors des rouages de l’Etat qu’il mettra sans doute à profit pour sa nouvelle mission. Là où il est passé, il n’a laissé que de «solides amitiés». Il est l’un des intouchables ministres. Il est le seul ministre que Bouteflika n’osait pas «blâmer» alors que ses collègues se faiaient écrabouiller par le chef de l’Etat. Sans doute pas parce qu’il est un proche du locataire du palais d’El Mouradia. Mystère ! Etiquette technocrate sans couleur partisane, M. Sellal, qui jouit d’un solide appui du pouvoir, est-il pour autant un personnage sans opinion idéologique ? Inclassable.

 

L’homme, qui en public affiche plutôt l’image d’un blagueur avec un sens de l’humour qu’il cultive soigneusement, dissimule scrupuleusement ses opinions idéologiques tout comme ses ambitions politiques. Une posture qui lui permet d’être au carrefour des différents clans du régime et d’être accepté par les partis politiques du pouvoir et une partie de l’opinion. Pour les tenants du pouvoir, M. Sellal est l’homme qu’il faut pour gérer la période pré-présidentielle. Si sa nomination n’éclaire pas suffisamment les projections politiques du régime, elle indique par contre un cap. Celui de 2014.

 

 

 

 

 

Le reste sans changement ?

 

 

Par Mustapha Hammouche, Liberté

 

 

Des confrères plus qualifiés ont trouvé et trouveront encore des raisons à la pertinence du choix du nouveau Premier ministre. Il est vrai que, dans le contexte d’une tendance générale à la prévarication dans les secteurs à hauts investissements, celui qui sort indemne de scandales de corruption mérite d’être signalé. Mais ni cela, ni les réels progrès dans l’approvisionnement en eau potable, ni la bonhomie de la personne ne suffisent à résumer le sens politique d’une nomination.

Sur ce plan, on observe d’emblée que le “raz-de-marée” organisé du FLN aux dernières législatives n’a pas influencé la décision du Président. Depuis la révision constitutionnelle de 2008, le pouvoir est organisé de sorte que l’Exécutif soit totalement “indépendant” du législatif, dont le rôle est de parapher les décisions du premier. Dans ce mécanisme, le gouvernement, à son tour, ne constitue une entité institutionnelle que lorsqu’il est réuni en Conseil des ministres et le Premier ministre servant de coordinateur pour les seules opérations interministérielles.

Le ministre de la Santé a eu à le rappeler à Ouyahia quand, en octobre 2011, celui-ci l’interpellait très officiellement sur ses responsabilités dans le marasme du secteur : “Je suis le premier et l’unique responsable du secteur de la Santé. Il n’y a aucun différend entre le Premier ministre et moi. Il est désigné par le président de la République et moi aussi. Lui est chargé de la coordination entre les différents ministères. Et chaque ministre travaille selon une feuille de route définie par le président de la République”, répliquait Ould-Abbès.
   

Tout le système, formellement finalisé avec la révision constitutionnelle de 2008, est basé sur ce faisceau d’obédience directe des institutions envers le Président. Il n’y a plus de fonctions politiques à prérogatives propres. Ni même de commis de l’État, puisque les instances d’arbitrage constitutionnel, monétaire, etc. sont réduites à un rôle d’exécution. Les organes-relais n’ont plus de prérogatives d’interprétation ou d’adaptation du “programme du Président” et, eux comme leurs subdivisions opérationnelles, attendent les instructions détaillées sur leurs tâches. Qui ne viennent pas toujours. Ce qui peut expliquer la paralysie de la machine État et ce que le tout nouveau président de l’Assemblée nationale, lui-même, appelle un “état d’hibernation”.

Peut-être que son efficacité exécutive servira à Sellal pour “mettre du mouvement dans le statu quo”, comme dirait l’autre, mais ce n’est pas là qu’il faut chercher les raisons de sa promotion. Pas plus que dans la configuration politique de la nouvelle Assemblée, dont la composante est, indépendamment des appartenances partisanes, formatée dans le moule qui fait des élus des exécutants. Elles se trouveraient plutôt dans sa pratique de la relation directe au Président, à l’occasion des campagnes électorales qu’il a dirigées.
   

Comme un message d’un autoritarisme résolu, la première APN de “la réforme” doit cohabiter avec un Premier ministre qui n’a eu, ni à dévoiler ses convictions politiques ni à se soumettre au vote populaire. “L’objectif principal” de Sellal est, dit-il, “de poursuivre l’application du programme du président de la République sur le terrain”. Ce que faisait son prédécesseur. Un nouveau gouvernement donc, et le reste… sans changement ?



 

L'effet Sellal ?

 

   

Par Moncef Wafi, Raïnaraïkoum, Le Quotidien d’Oran

 

 

Ouyahia débarqué, c'est à Sellal qu'échoit la délicate mission de sortir le pays du bourbier où il s'est enlisé et de le conduire dans une autre direction que celle du mur vers où il courait, tête baissée. L'homme aura à ses côtés la présomption d'innocence qui a tant fait défaut aux gouvernements passés. Et même s'il n'est pas tout nouveau dans le microcosme politique national, il n'en demeure pas moins que sa nomination met fin au tandem Belkhadem - Ouyahia qu'on nous servait à satiété comme si l'Algérie de la politique était limitée à ces deux seuls noms. Si ce n'était pas l'un, c'était l'autre. Hadj Moussa et Moussa Hadj. Une bipolarité qui avait fini par assassiner les derniers espoirs citoyens de voir un changement en mieux dans la gestion des affaires.

 

Bénéfice du doute mais également l'assurance qu'il ne peut pas faire pire, la présence de Sellal à la tête de l'exécutif augure, et tout le monde l'attend, d'une nouvelle ère avec de nouvelles têtes de premiers de la classe pour mener à bien les différents dossiers en suspens et qui pourrissent la vie aux millions d'Algériens. Car c'est avec beaucoup d'appréhension et d'espoir que cette Algérie d'en bas lève les yeux vers le palais du gouvernement et prie, avec force ferveur, que les ministres squatteurs soient délogés de leurs rentes et renvoyés à la vie civile. Au-delà des changements de noms et de CV, l'Algérie attend qu'on change surtout de comportement avec elle et ses besoins. Qu'on ne la prenne plus du haut des ministères et qu'on lui rende enfin sa dignité foulée aux pieds de l'affairisme, du népotisme et des rhumatismes qui nous gouvernent. Sellal aura pour tâche de redonner confiance aux Algériens, trahis et oubliés par Alger.

Il devra anticiper une rentrée sociale bouillonnante qui risque de déborder du cadre social. Il devra tout revoir, du factotum jusqu'à l'antichambre de la présidence, s'atteler à ce qu'il y ait moins de corruption dans les couloirs des ministères et prendre les décisions, lui, et pas dans son dos et avoir le courage de tourner la page. Il devra aussi éteindre les immolations et pacifier la rue. Remettre les matraques dans leur fourreau et rendre la justice aux tribunaux. Il devra également redorer le blason de la diplomatie algérienne rendue inaudible à force de chuchotements. Il aura à chasser les Qatariens de nos déserts et achever le terrorisme résiduel. Sellal aux commandes, c'est tout un pays qui se reprend à respirer, forcé de voir son Algérie au bord du gouffre, alors que le reste du monde, ses amis en premier, essayer de lui faire faire un pas vers l'avant ou lui donner une grande tape dans le dos. Alors autant souhaiter à Sellal bonne chance et surtout qu'il ramène du sang neuf à la tête des ministères et des institutions.

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