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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

 

« Au niveau scolaire, certains experts parlent même de « re-ségrégation » tant la compétition scolaire tous azimuts a renforcé la séparation entre Blancs et Noirs dans les écoles »

 

Par Lucie Delaporte

 

Leur chance de gagner est mince mais c’est de toute façon le dernier recours. Le procès qui a débuté ce 10 mai devant la Cour fédérale de Washington est décisif pour ces habitants des quartiers majoritairement noirs de la capitale où quinze écoles publiques doivent fermer l’an prochain. Un plan de réorganisation qui s’inscrit dans le cadre d’une politique entamée en 2008, à l’image de ce qui s’est également fait à New York, Chicago ou Los Angeles et qui consiste à rayer de la carte les établissements scolaires jugés peu performants. Radical. Ces cinq dernières années, plus d’une vingtaine d’écoles publiques ont déjà été fermées dans la capitale américaine. Résultats insuffisants, fréquentation trop faible, ces écoles situées dans les quartiers les plus défavorisés de la ville sont déclarées en faillite et sont ainsi contraintes de baisser le rideau. Leurs élèves étant alors dispersés sur les autres écoles du secteur, parfois à plusieurs kilomètres.

 

© Empower DC

 

À quelques jours de cette audience cruciale, une centaine de personnes se sont réunies dans le sous-sol d’une église baptiste du nord-est de Washington en réponse à l’appel de l’association Empower DC, qui demande un moratoire sur les fermetures d’école. Si beaucoup d’habitants accueillent avec fatalisme la disparition de leur école de quartier, dont les performances scolaires sont effectivement si déprimantes qu’on les appelle ici des « failure factory », eux sont persuadés que supprimer ces écoles est la pire des solutions. «Cette politique est discriminatoire », estime Johnny Barnes, l’avocat représentant ces familles, qui poursuit le district de Columbia sur ce motif, rappelant que les écoles concernées par le plan sont à presque 100 % fréquentées par des élèves noirs et plus marginalement latinos.

Parents, enfants, ils sont venus dans une ambiance de kermesse écouter les paroles de l’avocat d’Empower DC, mais aussi le flow galvanisant du chanteur de hip-hop Bomani Armah raillant un Obama qui parle tant et fait si peu. Un président, surtout, qui soutient sans réserve la politique de rénovation menée dans les écoles de DC, parce que les familles les plus pauvres en sont en l’état, selon lui, les premières victimes.

 

« Nous avons vu déjà comment les précédentes fermetures ont affecté les communautés, déstabilisé des quartiers dans leur ensemble », raconte Daniel Del Pielago, en charge du secteur éducation au sein d’Empower DC. Il décrit « la tristesse de voir ces enfants de nos quartiers qui passent tous les jours devant des écoles où ils ne peuvent plus accéder ». Et il en est persuadé, le message subliminal est clair : on ne veut plus de vous ici. La gentrification qu’a connue depuis trente ans Washington a fait passer le taux d’Afro-Américains à DC de 70 % à 50 % pendant cette période. Au niveau scolaire, certains experts parlent même de « re-ségrégation » tant la compétition scolaire tous azimuts a renforcé la séparation entre Blancs et Noirs dans les écoles (lire par exemple ce rapport de l'university of California)

 

Mediapart.fr

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