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Publié par Saoudi Abdelaziz

DEMAIN SE LEVERA LE JOUR - Ferhat ABBAS

En mai 2011, je découvrais dans une librairie de Jijel Demain se lèvera le jour, un recueil de notes manuscrites de Ferhat Abbas sur la période qui a suivi l’indépendance (Alger-Livres éditions). J’y avais consacré une note de lecture que je remets en ligne.

 

Que s’est-il passé de 1962 à 1992 ?

Par Saoudi Abdelaziz, 30 mai 2011

 Que s’est-il passé de 1962 à 1992 ? Ces trente années disparaissent dans un brouillard schématisé. Les protagonistes de cette période souffrent d’une sorte d’amnésie, due peut-être au sentiment de culpabilité, alors que les journaux en quête de sensationnel, mettent en spectacle, de manière affligeante et éhontée, les divagations fantasmagoriques des ancêtres, sur de lointains épisodes de la guerre de libération.

 La publication du texte posthume de Ferhat Abbas-des notes manuscrites inachevées consacrées à son vécu de la période qui a suivi l’indépendance- est d’autant plus bienvenue (Demain se lèvera le jour. Alger-Livres éditions). Ce texte, livré sans notes explicatives, mérite d’être confronté à d’autres vécus.

 A la mi-juillet 1965, alors que l’étais engagé dans l’opposition au coup de force militaire du 19 juin 1965 au sein de l’ORP, j’ai reçu chez ma mère la visite de Ferhat Abbas, frère de ma grand-mère Zakia (Je suis de ce fait un des héritiers de Ferhat Abbas, mort sans enfants). Celui que j’appelais Khali Ferhat a essayé de me convaincre que le marxisme était sans avenir et m’a proposé des études d’attaché d’ambassade (à Bruxelles, je crois) en m’assurant de l’aide, pour ce faire, de son « ami » Abdelaziz Bouteflika, alors ministre des Affaires étrangères.

 J’ai été arrêté le 2 août, quelques jours plus tard. J’ai compris, après coup, l’affection qui animait la démarche de mon grand oncle. Il a continué de manifester son soutien à ma mère pendant les 18 mois de mon emprisonnement.

 Le texte posthume de Ferhat Abbas a été écrit en 1977, au sommet du tournant à gauche amorcé au début des années 70 par Boumediene. Ferhat Abbas a écrit ces notes après l'Appel, en mars 1975, de deux anciens présidents du GPRA, Abbas et Benkhedda, et de deux autres personnalités, qui, en réaction à la nouvelle démarche du pouvoir, proposaient des mesures de démocratisation.

 La présentation de ce manuscrit pourrait laisser penser que Ferhat Abbas a constamment fait preuve d’une opposition frontale au pouvoir. Elle met sous le boisseau des faits avérés. Ainsi, Ferhat Abbas a accueilli avec satisfaction d’éviction par coup d’Etat de Ben Bella le 19 juin 1965. Il a fait montre de compréhension à l’égard du nouveau pouvoir où il disposait de nombreuses amitiés, jusqu’au tournant amorcé au début des années 70.

 Après le décès de Boumediene et l’avènement du Chadlisme, non seulement l’assignation à résidence a été levée, mais l’ancien président du GPRA fut l’un des premiers à recevoir en 1984 la médaille du mérite que Chadli venait d’instituer. Les gens influencé par les idées de Ferhat Abbas, qui n’a jamais essayé de rassembler ses partisans dans une organisation, se sont naturellement inscrits dans la politique d’ouverture pratiquée par le Chadlisme et y ont prospéré.

 C’est évidemment une approche outrancière qui conduit Ferhat Abbas (alors en résidence surveillé), à parler de pouvoir « socialo-communiste ». La charge anti-communiste du manuscrit posthume est sans doute compréhensible. L’auteur a toujours exprimé des positions de classe, correspondant à ses convictions libérales et bourgeoises. C’est une position sans doute légitime de son point de vue, face au tournant à gauche, et une réaction normale face à la fuite en avant des progressistes dans un vertige du succès qui a touché de nombreuses régions du monde à cette époque.

 Mais il faut prendre avec prudence certaines affirmations à propos des « marxistes ».

 Les communistes, dont le parti a été interdit en novembre 1962, alors que Abbas était président de l’Assemblée nationale, ont subi une sévère répression à partir de juin 1965 jusqu’au milieu des années 70. Son appareil de direction était totalement en clandestinité et sa presse interdite (jusqu’en 1988).

 Jusqu’au tournant des années 80, dans le mouvement étudiant et dans les mouvements de jeunes, dans les luttes sociales et syndicales, les communistes ont été à l’avant-garde de la lutte pour la démocratie et pour l’indépendance. Ils ont participé activement à l’émergence du mouvement d’émancipation des femmes.

 Aujourd’hui ces vérités historiques incontestables sont mises sous le boisseau, alors qu’un ministre porté par le coup d’état du 19 juin, un ancien premier ministre promoteur d’état d’urgence et tant d’autres protagonistes suivistes des années 62/92 se recréent sans vergogne des virginités démocratiques, comme si la mémoire de ces années avait disparu dans un lointain fantasmagorique.

 Le texte de Ferhat Abbas doit donner le bon exemple.

 

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