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Publié par Saoudi Abdelaziz

 
 
 
 
 
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DR-Le supplicié de Mohamed Khadda

 
L’ARBITRAIRE
 
 
 
 
 
“Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent...“
                                                                         (Victor Hugo)
 
 
 
 
Une merveilleuse voix de contralto venue des profondeurs du Nil emplit le silence pesant. Un appel tardif à la prière s’élève, ponctué par un bruit sourd de bottes, cisaillé par le va-et-vient des verrous à bout de nerfs. Le coeur  chavire : chacun s’attend au calvaire. Un homme ou une femme va être soumis, dans un moment, à la question.
 
Un cri de bête, étrangement humain, perce les murs épais de la cave grise et nous glace, à demi-étouffé par la masse élastique d’une cacophonie assourdissante : un haut-parleur, au maximum de sa puissance, tente de couvrir les cris. L’enfer est allumé. Il fonctionne et les yeux de ses servants sont injectés de sang. Nos tortionnaires s’adonnent immodérément à l’alcool.
 
Nous sommes dans l’Algérie indépendante, encore toute marquée par le supplice et les crimes des Faulques et des Charbonnier. Les Faulques et les Charbonnier algériens leur ont succédé.
 
Ce témoignage se veut le prolongement et le pâle reflet de nos protestations inarticulées dans les profondeurs glacées ; du combat secret livré contre la mort couleur des étangs endormis, aveuglants de lumière ; de la lutte menée par la dignité blessée face aux humiliations, aux insultes et aux coups des spadassins enlaidis par la colère et la méchanceté.
 
Le lieu du supplice -parmi tant d’autres- est dans la banlieue algéroise. Il est entouré d’arbres, d’oiseaux et de barbelés. Il est situé dans un quartier résidentiel, non loin des somptueuses villas des ministres Boumaza, co-auteur de La Gangrène et Bitat (dont j’ai évoqué la figure dans la Complainte de Baba Arroudj en décembre 1960) exactement à Poirson, quartier général de la Sécurité militaire, sur l’artère qui relie le boulevard Bougara au chemin Beaurepaire.
 
L’installation française a été conservée, les méthodes actualisées pour l’infâme besogne. De là à invoquer l’héritage colonial, il n’y a qu’un pas. A leur décharge, il faut dire que nos tortionnaires n’ont pas osé le franchir. Ils n’ont jamais fait allusion à la  „génène“ des  parachutistes français. On les comprend. Cherchant une justification à ses réactions de chat sauvage, la Gouape m’a dit un jour: „Si tu travailles un mois ici, tu sera aussi sauvage que nous.“ (...)
 
 
Bachir Hadj Ali
 
 
 
Texte intégral de l’Arbitraire: Socialgerie.net
 
 
 
 
 
 
 
 
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