Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Publié par Saoudi Abdelaziz

 

ACCÉLÉRATION DE LA LUTTE CONTRE LES VENDEURS AMBULANTS EN ALGÉRIE

DR-Lancée ce matin, la dépêche de Reuters est en train de faire la une du week end.

 

 

Par Lamine Chikhi

 

ALGER (Reuters) - L'Algérie accélère depuis le début du mois une vaste campagne contre les vendeurs de rue, signe que les autorités ne craignent plus d'être contaminées par les révolutions du « Printemps arabe », qui ont épargné le gouvernement du président Abdelaziz Bouteflika.

"Ils m'ont obligé à abandonner mon commerce, mais ne m'ont offert aucune alternative", raconte Yacine Saharaoui, un vendeur ambulant de légumes, comme Mohamed Bouazizi, dont l'immolation par le feu a marqué le départ des révolutions du monde arabe, en décembre 2010, en Tunisie voisine.

"Qu'est-ce que je dois faire, maintenant?", se demande le vendeur de Baraki, une banlieue de la capitale d'Alger. "Devenir un voleur? Un terroriste? Qui va s'occuper de ma femme et de mes enfants?"

Serir Mohamed, chef de la police d'Alger, reconnaît que l'ampleur des opérations contre les vendeurs de rue était moindre l'an dernier, par crainte d'une contagion des mouvements populaires qui ont chassé les dirigeants tunisien, égyptien, libyen et yéménite, et sont à l'origine de la guerre civile syrienne.

"Oui, nous avions peur en 2011, à cause du contexte régional", affirme-t-il. "Nous fermions les yeux parce que nous voulions pas que la situation explose, mais désormais les choses ont complètement changé, et nous contrôlons tout."

Le chef de la police d'Alger renvoie au gouvernement la question du chômage, dont le taux, probablement bien plus élevé, est officiellement de 10% et présente la lutte contre les vendeurs de rue comme une mesure nécessaire au maintien de l'ordre.

"La vie à Alger est un enfer à cause des milliers de vendeurs illégaux qui occupent les rues et les transforment en un grand bazar", dit-il. C'est inacceptable.

 

Mesures cosmétiques

 

La campagne contre les vendeurs montre également que les autorités algériennes se sentent renforcées face à aux islamistes, qui domine le commerce occulte du pays, selon Mohamed Mouloudi, un spécialiste de la mouvance.

"On sait bien que les islamistes, en particulier les salafistes dominent l'économie illégale", explique t-il. "Cette opération policière est la première de ce type depuis deux décennies, ce qui montre que l'Etat a retrouvé force et confiance."

Certains analystes ont attribué l'absence d'un "printemps algérien" aux craintes de troubles sociaux au sein de la population, qui garde le souvenir douloureux de la "décennie noire" des années 1990, au cours de laquelle le gouvernement et plusieurs groupes islamistes, dont le Groupe islamique armé (GIA) se sont livrés à une guerre civile meurtrière.

Le maintien du calme au tournant des années 2010 et 2011 a également été le fait du gouvernement qui, confronté à l'exemple des révolutions dans les pays voisins, a vite décrété des hausses de salaire et des prêts à taux zéro pour les plus jeunes, au sein d'une population de 37 millions d'algériens dont 70% ont moins de trente ans.

De nombreux économistes jugent cependant qu'il s'agit de mesures cosmétiques, qui ne cachent pas l'incapacité du gouvernement à créer des emplois, entre une économie privée balbutiante et un secteur énergétique public où les postes sont limités.

La nomination début septembre par Abdelaziz Bouteflika du technocrate Abdelmalek Sellal au poste de Premier ministre, fait espérer aux observateurs la mise en œuvre de réformes, notamment une plus grande ouverture aux investissements étrangers.

Ces réformes s'annoncent toutefois limitées pour l'économiste Arslan Chikhaoui, qui prône l'intégration de l'économie parallèle, notamment les vendeurs à la sauvette, estimés à 300.000 par les autorités dans la seule capitale algérienne.

"Soixante pour cent de notre économie est souterraine",affirme-t-il. "C'est la réalité, et vous ne pouvez pas changer cela du jour au lendemain."

 

 

Dépêche Reuters, 13 octobre 2012

 

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article