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Publié par Saoudi Abdelaziz

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Le crédit du FFS, que certains lui reprochent déjà de gâcher au profit d’une manœuvre électorale du pouvoir, ne pourra, indéfiniment, faire l’économie de l’épreuve de vérité. Entre le pouvoir dont l’argent détruit, et le FFS dont le crédit empêche de construire, il y a là comme un problème… pour tous.

Un éditorial de la Nation, par Salima Ghezali, 21 février 2012

La convention nationale du FFS n’a pas donné la réponse définitive de ce parti quant à sa position sur les prochaines élections législatives. Les deux propositions de la participation et du boycott ont trouvé, chacune, un écho auprès de la base militante et de l’encadrement du parti. Un écho mais pas d’enthousiasme.

Et pour cause. Le FFS, bien plus qu’un sigle, un chef charismatique, un appareil et une base militante, représente une trajectoire politique de l’opposition aussi vieille que la trajectoire au pouvoir du régime lui-même. Leurs destins se sont plus d’une fois croisés sans pour autant se confondre.

En politique et, à plus forte raison en démocratie, la finalité d’un régime n’est pas de « mourir au pouvoir » pas plus que celle d’un parti n’est de « mourir dans l’opposition ». Il se trouve que l’Algérie n’est pas une démocratie. Mais qu’en plus, l’exercice politique, qui a toujours débordé du cadre institutionnel légal pour s’incarner dans le jeu des réseaux et des groupes d’intérêts informels, n’est plus que l’ombre de lui-même. Cette anémie du politique n’étant que le reflet de la perte de substance institutionnelle, voire de la perte de l’aptitude à élaborer et à construire des institutions par les Algériens, Etat, nation et société. Or, sans institutions, la politique elle-même devient exercice impossible.

Une des leçons des émeutes de janvier 2011, que le discours dominant a vite fait d’habiller du costume des « printemps arabes », est combien elles furent révélatrices de l’état de précarité institutionnelle du pays. Hormis les forces de police, toujours dans leur rôle de répression. Rien, ni personne, ne fût en mesure de faire face, de dialoguer, d’accompagner et encore moins de se présenter en alternative aux émeutiers. Ni parti politique, ni association religieuse ou de quartier, ni imam, ni député, ni star du foot-ball.

 Bien plus que les émeutes d’octobre 88, qui furent autrement plus sanglantes, mais qui trouvèrent les mots pour les dire et les dépasser politiquement, les émeutes de janvier ont montré le champ de dévastation institutionnelle dans lequel se trouve le pays. 

Ce long week-end en enfer qui débuta brusquement à Oran, le lundi 03 janvier, puis s’étendit à d’autres wilayas gagnant progressivement en intensité et touchant l’ensemble des régions du pays pour s’éteindre, le samedi 08 janvier, aussi brusquement qu’il s’était déclenché, est, jusqu’ici, demeuré sans explication à la mesure de ce qu’il a donné à voir.

Une vague de jeunes en colère déferlant sur les villes pour tout ravager sur leur passage. Sans mot d’ordre, ni revendications, ni leadership. Puis se retirant. Chacun dans son quartier ressortira à l’occasion d’une émeute particulière. Ou d’une bagarre inter-quartiers. Mais la grande chorégraphie urbaine de la jeunesse en colère face à la police aux aguets ne sera pas rééditée. A une telle échelle du moins. Elle ne s’en incrustera pas moins dans les consciences des uns et des autres.

Des quartiers saccagés aux quatre coins du pays. Des habitants pris en otages dans leurs cités. Incapables d’affronter la vague en furie. Incapables de lui parler avec une chance d’être entendus. Incapables de donner à cette violence un nom, une finalité, ou même un conseil susceptible d’être écouté. Des habitants souvent gagnés par la tentation de l’auto-défense.

Rien qu’un immense champ de colère et de dévastation où la police allait faire mécaniquement son travail de cueillette des « usuals suspects » dans les quartiers populaires.

 Voilà un pays de 36 millions d’habitants qui se retrouve immergé dans un épisode chaotique sur lequel on viendra lui dire plus tard qu’il s’agissait d’une vague histoire d’huile et de sucre. 

Durant près d’une semaine dans certains endroits, et un long week-end dans d’autres, trois acteurs ont été directement concernés : La société, l’Etat et la violence. Des trois, seule la dernière est sortie renforcée.

On en retiendra à peine que, sur Internet, les passions se sont déchaînées, que les uns ont appelé les casernes à se soulever et les autres ont donné des recettes pour fabriquer des cocktails- molotov. Croyant enfin venue l’insurrection finale, certains, devant leurs claviers, rameutaient des troupes aussi virtuelles que leur commandement.

On retiendra de même, qu’un mois plus tard, un rassemblement d’associations et de partis politiques, soutenus par l’essentiel de la presse privée, appelait à manifester pour « le changement » sans rien susciter de plus que quelques sarcasmes au sein de l’opinion.

Arrivant juste à donner au pouvoir la possibilité d’exhiber le formidable appareil policier-en uniforme et en civil- destiné à la gestion de la contestation pacifique.

Comme un écho lointain de la chorégraphie des émeutes éclairées par les pneus enflammés et les incendies, la rencontre des manifestants et des policiers équipés comme des « robocops », s’accomplit dans le scintillement des boucliers et sous les flashs des caméras.

 A chaque fois, à un mois d’intervalle, s’est joué le même tango tragique entre l’Etat, la société et la violence chaotique ou dissuasive. 

Des trois, seule la violence est sortie renforcée. La répression des manifestations pacifiques n’est pas moins une violence que l’émeute. C’est même à force d’abus de la première qu’on en vient à la deuxième.

Les vingt dernières années ont vu l’Etat et la société progressivement dépouillés des instruments de médiation que sont des institutions qui fonctionnent. Au seul profit de la violence.

 Les « réformes » accordées par le régime n’ont ouvert aucun espace de liberté, n’ont renforcé aucun exercice du droit, n’ont rendu de crédit à aucune institution. 

Distribuer de l’argent aux étrangers d’abord, puis aux corps constitués, aux fonctionnaires et aux députés de cette étrange République sans citoyens, distribuer des logements, des projets grand sud, grand Maghreb ou grand Sahel, ne résoudra, aucunement, cette terrible équation de la violence qui avance… tandis-que l’Etat et la société reculent.
Dans un tel contexte, que le FFS participe ou pas aux élections, n’importe que de façon périphérique.

Ce qui importe encore, c’est la manière avec laquelle chaque Algérien, militant dans un parti ou pas, va se déterminer sur la manière d’aborder la question des institutions de ce pays : Simple accès à la mangeoire pour le personnel politique ? Instrument de prédation pour les uns ? Obstacle devant les appétits de prédation des autres ? Coquilles vides à bruler au grand soir de la grande émeute, ou minuscule passerelle, entre le droit d’avoir des droits et l’éthique militante, qui ferait de la politique autre chose qu’un repaire de brigands attendant leur tour.

 Tôt ou tard, ces questions se poseront à tous, et exigeront des réponses et des engagements clairs. 

Le crédit du FFS, que certains lui reprochent déjà de gâcher au profit d’une manœuvre électorale du pouvoir, ne pourra, indéfiniment, faire l’économie de l’épreuve de vérité.
Entre le pouvoir dont l’argent détruit, et le FFS dont le crédit empêche de construire, il y a là comme un problème… pour tous.

 

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