Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Publié par Saoudi Abdelaziz

 

 

[Fayez Nureldine/AFP/Getty Images] Les travailleurs préconisent une hausse significative du salaire minimum en Algérie.

DR

 

 

 

 

Il ne faut pas trop toucher au 87 bis, explique le gouvernement, « les patrons d’entreprises publiques » ne le veulent pas sinon ils menacent de licencier. Entreprises publiques ? Allons bon ! Pourquoi ne pas avouer tout bonnement qu’il s’agit d’une revendication du Forum des chefs d’entreprises (privées) qui mène de jour en jour sa campagne autour de deux thèmes majeurs : moins de salaire minimum garanti et moins d’entraves à la liberté de licencier. A quoi s’ajoute la demande d’une nouvelle vague de privatisations, sous la forme pudique de « participations ». En crise systémique, le régime est-il tenté d’asseoir une assise sociale branlante par un consensus « libéral » sur le dos du monde du travail. Le très politisé nouveau ministre de la santé Abdelaziz Ziari, fait dans l’intransigeance de principe caricaturale à l’égard des salariés : pas de prime de contagions aux ambulanciers, car ils ne font pas partie du personnel soignant !

 

Tayeb Louh, ministre du travail avait déjà annoncé que certains points du projet de code du travail font encore l’objet de "litige" entre les employeurs et les travailleurs. On suppose que les principaux point d’achoppement concerne la réglementation du licenciement et la suppression de l’article 87 bis, promis lors de la Tripartite de l’automne 2011. Le 87 bis stipule que le salaire minimum garanti, SNMG, comprend le salaire de base, les indemnités et les primes, à l'exclusion des indemnités versées au titre de remboursement de frais engagés par le travailleur. On se rappelle que cette clause scélérate avait été imposée au milieu des années 90, (en même temps que la suppression de centaines de milliers d’emplois), par le programme d’ajustement structurel imposé alors par le FMI.

 

Salem Ferdi explique dans Le Quotidien d’Oran : « Le ministre du Travail, Tayeb Louh, en s'abritant derrière les craintes exprimées par les patrons des entreprises publiques, a pratiquement fermé l'idée d'une abrogation de l'art 87 bis »

 

La Centrale syndicale UGTA, seul syndicat à représenter le monde du travail dans la Tripartite de 2011. Le 9 mai, Abdelmadjid Sidi-Saïd qui a repris du service dans un contexte gréviste confie à Omar Ouali qui l’interrogeait pour Liberté « des craintes face à cette spirale sans fin des revendications salariales qui pourraient se transformer en péril sur les équilibres financiers ». S’agissant du 87 bis le patron de l’UGTA fait une curieuse remarque : «  Selon Sidi-Saïd, la suppression pure et simple de cette fameuse disposition aura pour conséquence immédiate un SNMG à 18 000 DA nets d’impôts ». Sur quelle base a-t-on calculé le chiffre de 18 000 da. Sidi Saïd évoque un groupe de travail à la Centrale…

 

 

En réalité, cela fait plusieurs mois, que la Centrale UGTA s’est rangée, sans crier gare, du côté de la « rigueur salariale préconisée par le gouvernement ? Dès le 2 mars Madjid T, sous le titre  Le gouvernement a-t-il fait marche arrière ? écrivait dans Liberté : « L’abrogation de l’article 87 bis de la loi 90-11 d’avril 1990 relatif aux relations de travail annoncée depuis plus de deux années, aussi bien par le ministre du Travail que par le secrétaire général de l’UGTA, tarde à intervenir. La suppression de la disposition signifie tout simplement que le SNMG sera de 18 000 DA net sans les primes (…).

 

 

D’où vient ce chiffre fétiche des anti-abrogationnistes? De l’UGTA précise le journaliste : «Nous sommes à la phase technique de l’opération car elle nécessite du temps et de l’argent”, a indiqué, il y a quelques mois, Sidi-Saïd donnant l’exemple du cas des 65 000 travailleurs des corps communs dont les salaires vont passer de 9 000 DA à 18 000 DA ».

 

 

Madjid T. rappelle : « Pourtant le ministre du Travail, Tayeb Louh, a été le premier à annoncer “la fin du 87 bis”, synonyme “d’entassement des salaires”, suivi par le secrétaire général de l’UGTA, Abdelmadjid Sidi-Saïd, qui avait affirmé, lui aussi, que le 87 bis “Allah yarhmou” (que Dieu ait son âme). »

Sidi Saïd est-il en voie d’oublier les engagements de l’UGTA sur le 87 bis, ce boulet que le FMI a mis aux pieds du monde salarial et dont on sait qu’il est aujourd’hui injustifiable. Sidi Saïd a oublié ce qu’il claironnait à l’université d’été du parti des Travailleurs (Mme Hanoune est aujourd’hui bien discrète sur le sujet, occupée à ses menaces impérialistes) le  5 août 2013 : « L’article 87 bis de la loi 90-11 d’avril 1990, relatif aux relations de travail, a été abrogé définitivement ».

 

 

Dès le lendemain Reda Hamiani, patron des patrons mettait en garde, le 6 août, contre « un effet d’accordéon » en cas d’abrogation qui va pousser les salaires du bas vers le haut. Son incidence est évaluée « à 20 % d’augmentations qui toucheront tous les salaires ».

 

 

Le pouvoir semble aujourd’hui partager le point de vue du patron de choc. Mais, s’il abandonne la promesse de suppression du 87 bis, c’est du à la  «  la pression des patrons des entreprise publiques » comme le titre complaisamment Maghreb Emergent qui rappelle les propos du ministre Louh devant les députés  « Certains patrons des entreprises économiques publiques m’ont exprimé leurs craintes quant à l’abrogation de cette disposition. Laquelle abrogation si elle intervient causerait des compressions d’effectifs, du fait qu’ils ne peuvent pas assumer les incidences financières y inhérentes. Et nous, au gouvernement, quand il s’agit de compression d’effectifs nous brandissons le carton rouge».

 

Faut-il croire sur parole un éternel et systémique ministre algérien. Patrons d’entreprises publics ? Maghreb Emergent ne va pas chercher plus loin. Pourtant, le FCE exprimant les revendications du patronat privé est le seul à occuper le terrain médiatique multipliant les initiatives pour un code du travail avec moins de salaire minimum garanti et moins d’entraves à la liberté de licencier.

 

 

« Il ne faut pas s'étonner que les citoyens ne veulent pas entendre parler de l'austérité budgétaire signifiant qu'ils devraient renoncer à revendiquer aux plans salarial et social, écrit Kharroubi Habib . Pas quand ils ont été arrosés de révélations sur l'accaparement par voie de corruption d'une bonne partie des ressources financières du pays et qu'ils voient que le train de vie et de dépenses de l'Etat est proprement révoltant par son « m'as-tu-vu » outrancier et insultant pour leurs conditions de vie sociales.

 

Liès Sahar écrit ce matin dans l’édito d’El Watan : « Jusqu'à présent, et malgré les alertes de l'opinion publique depuis de nombreuses années, la politique de prudence budgétaire ou de rigueur ne semble concerner qu'une seule catégorie de citoyens. On oublie le train de vie scandaleux développé au niveau de certaines institutions ou au sein de structures de l'Etat.
L’on se rappelle du scandale de l'augmentation des salaires des députés en 2008, dont les revenus ont été multipliés par trois en une seule fois. Une situation qui avait donné lieu à un effet boule de neige dans les revendications de pratiquement tous les secteurs d'activité.
Il semble que les autorités n'aient pas retenu la leçon, car au moment où le ministre des Finances parle de prudence dans la politique budgétaire, les députés s'octroient une nouvelle augmentation. Voilà une décision qui enlève toute crédibilité aux annonces du gouvernement et qui va sûrement contribuer à développer de grands mouvements sociaux en faveur de nouvelles augmentations de salaires.

 

 

 

Saoudi Abdelaziz, 12 mai 2013

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article