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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

DR-Youcef Sebti. « Menu, maigre, le visage émacié, il portait sur ses traits les stigmates mystiques de sa vie intérieure. Il ne faisait pas de politique, il enseignait la socio, et comme dirait Nazim Hikmet exerçait le métier de poète, métier de l’exil » (Saddek Aïssat)

 

 

Youcef Sebti a été égorgé dans la nuit du 27 au 28 décembre 1993, à l’Institut national d’agronomie, à El Harrach. Le poète y enseignait la sociologie rurale depuis une vingtaine d’années. Il est né le 24 février 1943 à Boudious, près d’El Milia, dans la wilaya de Jijel.

 

 

 

 

 

« Pouvoir sur tout »

 

 

 

 

Nous transmettons ce que chacun d’entre nous a pu arracher au mutisme de ce présent torride…Dire, tout dire ! Face à une technobureaucratie sous-développée, le Dire, la parole, répond à toute infidélité. La parole est tentative de prise d’un pouvoir. Pouvoir sur tout.

 (1968)

 

Toi ou tard, je te le répète

Quelqu’un viendra de très loin

Et réclamera sa part de bonheur

Et vous accusera d’un malheur dont vous êtes l’auteur

 (Futur)

 

Textes de Youcef Sebti publiés par Bachir Hadj Ali . « Le mal de vivre et la volonté d’être dans la jeune poésie algérienne d’expression française » (Juillet-août 1976, Revue Europe)

 

 

 

La terreur n’est pas aveugle

 

 

Par saddek Aïssat, 6 janvier 1994

 

 

 

Il y a des moments où l’impuissance nous donne l’impression d’être réduits à n’être que ce qu’on est peut-être : plumitifs en alerte usurpant la fonction de pleureuses, déroulant l’interminable obituaire des oraisons funèbres à longueur de colonnes. Accablés de labeur, on se sent épuisé. Dieu, qu’il est dur de devoir tenir à jour sa nécrologie ! Ils sont nombreux à partir, et à chaque fois, cette impudeur qui fait qu’écrire n’est qu’une dérision lorsqu’il faut enterrer un copain.

 

Encourant la peine de mort, Nazim Hikmet écrivait de prison à sa femme pour lui dire que, lorsque la main noire et velue du bourreau se poserait sur son coup, « ils regarderont » en vain dans ses yeux pour y voir la peur, et, pour la rassurer, lui disait : « On n’arrache tout de même pas la tête d’un homme comme on arrache un navet ».

 

Youcef Sebti a été égorgé à l’Institut national d’agronomie, dans la banlieue d’Alger où il enseignait la sociologie rurale depuis une vingtaine d’années. Menu, maigre, le visage émacié, il portait sur ses traits les stigmates mystiques de sa vie intérieure ; car c’est à l’intérieur de lui-même qu’il vivait. Il ne faisait pas de politique, il enseignait la socio, et comme dirait Nazim Hikmet –encore-exerçait le métier de poète, métier de l’exil. Jean Senac, en 1971, le présentait ainsi : « Youcef Sebti avance dans les labyrinthes d’une sensibilité agressée, trouvant quelque fois une issue dans les revendications de la communauté au travail, (…). L’audace de la poésie, sa plus lumineuse démence fondent ici l’homme et l’expression. La profanation, le blasphème deviennent appel et déjà communication. Solidarité. Si tout est perdu, tout est donc à retrouver et le salut reprend un sens ».

 

Avec l’écrivain Tahar Ouettar, Sebti était l’un des principaux animateurs de l’association El Djahidhiya qui éditait la revue littéraire de même nom. Mais s’il ne faisait pas de politique, sa poésie atteste de ses coups de cœur : la réforme agraire, la Palestine, les pauvres.

 

Bientôt, je ne sais quand au juste/un homme se présentera à votre porte/affamé hagard gémissant/ayant pour arme un cri de douleur/et un bâton volé. »

 

Encore un d’emporté par cette folie qui obstrue les yeux du cœur. Mais un et un ne font plus deux en Algérie, et combien sont-ils, les anonymes, qui chaque jour, sont emportés ? C’est un pays où, depuis un miment déjà, les comptes sont embrouillé. Mais le couteau est le même qui depuis longtemps triturait la plaie, à mordre aujourd’hui dans la plaie, à mutiler l’Algérie. Les assassins changent de visage mais leur âme est la même.

 

Des milliers de morts depuis l’annulation des élections législatives de décembre 1991, parmi lesquels près d’une vingtaine d’intellectuels. Si l’on excepte Kasdi Merbah, ancien chef des services secrets et ancien premier ministre dont les circonstances de la mort sont très particulières-sa famille a publiquement accusé le groupe de l’ancien président de ce meurtre-on ne compte aucun dignitaire du régime parmi les victimes, ceux qui ont dépecé l’Algérie et créer les conditions du pourrissement. Rabah Kebir, le leader du FIS refugié en Allemagne appelle cela « une révolution populaire ». Il est quand même bizarre que la terreur, à ce point, ne soit pas aveugle.

 

A l’annonce de l’assassinat de Youcef Sebti, un ami qui l’avait bien connu m’a dit : « Personne ne mérite la mort, mais lui encore moins que d’autres ».

 

 

Sadek Aïssat, 6 janvier 1994. Révolution n°723

 

 

 

L’Hommage de Ali Akika

 

 

Le cinéaste Ali Akika écrit dans le Soir d’Algérie un long hommage à l’occasion de l’anniversaire de la disparition du poète, né comme lui dans la région de Jijel,  Il décrit son itinéraire : "Il faut être poète pour identifier outre les traumatismes de la colonisation, les ingrédients du mal-être des Algériens. A cette époque, je ne savais pas que la poésie pouvait ouvrir les yeux de ceux qui souffrent de l’infamie. Je ne mesurais pas complètement l’importance du poète dans la cité, cette sentinelle contre les ruses de l’histoire, ce sculpteur de la beauté, ce rempart contre les obscurantismes, ce chantre de «l’amour infini qui monte dans l’âme», comme dirait Arthur Rimbaud (...). 

 

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