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Publié par Saoudi Abdelaziz

L’année 2013 sera-t-elle celle des surprises comme le fut 2011, après une année 2012 qui apparaît déjà pour les uns et les autres comme une période d’assimilation des réalités nouvelles nées du Printemps arabe ? Une période de gestation aussi.

 En décembre 2011, J’écrivais alors dans ce blog : « Les historiens retiendront sans doute un fait majeur : c’est au début de l’année 2011 que les peuples tunisien et égyptien ont pris de court les maîtres du monde, bouleversant les agendas et les timings des stratèges de la domination (…). D’autres levées de masse en cours dans les pays arabes, en Afrique et de par le monde permettent d’espérer le retour des vastes mouvements populaires, qui, seuls, paralyseront les artisans des complots scientifiques, déjà sévèrement désarçonnés en 2011. On pressent même, à travers certaines caractéristiques de ces mouvements, y compris de certains comportements électoraux trop vite qualifiés de conservateurs, la poursuite de la mise en œuvre d’un savoir plébéien inaccessible à la manipulation, au service d’une volonté de faire table rase de la domination des castes prédatrices».

 Dans un article intitulé « 2012 : quel bilan stratégique ? » Pascal Boniface, le directeur de l’IRIS, sacrifie à la tradition et écrit : « L’année 2012 a vu la continuation des soubresauts qui agitent le monde arabe. En Tunisie comme en Égypte la situation n’est pas stabilisée politiquement. Cela n’a rien d’anormal. Qui peut croire qu’une révolution laisse place à un régime totalement apaisé et ancré dans la démocratie en quelques mois ? Ce serait une erreur de s’inquiéter outre mesure des vifs débats qui agitent ces pays, parce que, y compris dans les démocraties occidentales, les gouvernements sont souvent contestés ».

 Analysant les réticences des élites à l’égard du suffrage universel, après les comportements électoraux observés dans le monde arabes en 2011-2012, Kamal Daoud  conclut : « A quoi bon faire une révolution contre une dictature si ce n'est pour donner le droit de vote au peuple, justement

 Sur les perspectives d’évolution en 2013, Akram Belkaid évoque  « une longue séquence dont personne n'est capable de prédire la fin ». Il affirme : « En tout état de cause, une chose est certaine : le monde arabe va continuer à faire parler de lui durant l'année qui s'annonce. » Une année qui n’exclut pas l’inattendu : « L'inattendu. Cet imprévu salvateur qui rebat les cartes et détruit les certitudes de la veille. Et pourquoi 2013 ne serait-elle pas, elle aussi, l'année de l'imprévu ? »

 « Un sursaut, très hypothétique, n'est pas totalement exclu » en Algérie, écrit Abed Charef , après avoir prédit pour l'année prochaine « des décisions qui auront des conséquences majeures sur le destin de l'Algérie. En premier lieu cette décision centrale : l'Algérie s'engagera-t-elle dans le changement nécessaire, ou bien va-t-elle rester dans l'impasse, se contentant de vendre ses hydrocarbures pour tout importer, alors que le pays subit, impuissant, une destruction de ses institutions et des valeurs qui ont fait sa grandeur ? »

La militarisation de la révolte

 Dans un article de lafin 2011, je notais : « On le sait, la contagion de cette stratégie démocratique dans le monde arabe a été stoppée par les armes à Sanaa et à Manama, avec l’appui direct et indirect des Saoudiens et des Américains. L’échec de l’option Soleïmane en Egypte -c'est-à-dire celle d’un pouvoir fort garantissant les intérêts israéliens et américains- a sans doute précipité la dangereuse initiative stratégique américano-saoudienne consistant à mettre le paquet pour militariser la révolte populaire ». En Libye, on sait la maladresse criminelle avec laquelle Kadhafi a répondu à cette stratégie de militarisation et avec quels résultats. En Syrie, le même aveuglement sectaire, faisant contrepoint à l’incessant harcèlement occidental et saoudien, prémédité, rend de plus en plus difficile une transition démocratique et patriotique et conduit à l’alternative clairement formulée par Lakhdar Ibrahimi : la solution politique ou l’enfer.

 « Monarchies arabes, la prochaine cible ? »

Chercheur à l’université Stanford (Californie),   Hicham Ben Abdallah El-Alaoui (par ailleurs cousin du roi du Maroc Mohamed VI), écrit dans le Monde diplomatique daté de janvier 2013 : « Avec l’effondrement du parti Baas en Irak et bientôt, probablement, en Syrie, les derniers vestiges du nationalisme panarabe auront bel et bien disparu. » Dans son article intitulé « Monarchies arabes, la prochaine cible ? », il note : «Tandis qu’en Tunisie, en Egypte, en Libye et au Yémen s’amorce une chaotique transition démocratique, les combats s’intensifient en Syrie. Moins remarquées, les contestations s’enracinent dans les monarchies, que ce soit en Jordanie, au Maroc ou dans les pays du Golfe ».

 Le ministre des affaires étrangères des Emirats du Golfe, Anwar Gargash, semble confirmer cette analyse. Il vient d’écrire  sur son compte twitter : « 2012 a été une année agitée où le chaos a remplacé la création, les slogans ont remplacé le sens, la violence et l'extrémisme règnent ». Selon lui, les pays du Golfe doivent rester très vigilants : « Nous sommes en plein chaos, nous ne voyons pas notre avenir et nous devons donc renforcer nos arrières ».

 Le clivage chiites-sunnites est déjà, et sera sans doute de plus en plus, l’instrument principal pour « renforcer les arrières » monarchiques, c'est-à-dire diviser les peuples.

 Des banquiers pour gérer la paupérisation

 A côté de l’évolution heurtée de l’actualité, des tendances profondes d’évolution continuent de creuser leurs sillons dans un monde où les clivages sociaux s’approfondissent. L’année 2012, avec le développement généralisé, mois après mois, des politiques d’austérité, se confirme la tendance historique, révélée par les travaux de Karl Marx: la paupérisation des peuples est une « loi générale, absolue de l’accumulation capitaliste ». Ce n’est pas un hasard si face à cette évolution inéluctable du capitalisme, d’abord dans les pays occidentaux, l’année 2012 confirme une nouveauté dans la gestion politique de la crise amorcée en 2011 : la participation directe des experts de l’aristocratie financière dans la direction des gouvernements. En Italie, par exemple, l’action gouvernementale est toute entière tendue vers la mise en œuvre de la martingale Monti, à laquelle travaille le premier ministre donnée à la péninsule par Goldman Sachs.

 Le « dangereux » déclin américain

 Les observateurs les plus avertis se concentrent sur les tendances profondes. Ainsi Immanuel Wallerstein, en octobre 2008, affirmait, alors que se développait la première phase de la crise financière du capitalisme, celle des subprimes : « La crise que nous vivons correspond aussi à la fin d'un cycle politique, celui de l'hégémonie américaine, entamée également dans les années 1970. Les Etats-Unis resteront un acteur important, mais ils ne pourront plus jamais reconquérir leur position dominante face à la multiplication des centres de pouvoir, avec l'Europe occidentale, la Chine, le Brésil, l'Inde. Un nouveau pouvoir hégémonique, si l'on s'en réfère au temps long braudélien, peut mettre encore cinquante ans pour s'imposer. Mais j'ignore lequel. En attendant, les conséquences politiques de la crise actuelle seront énormes, dans la mesure où les maîtres du système vont tenter de trouver des boucs émissaires à l'effondrement de leur hégémonie ».

 Face à la montée du rival chinois, le doute s'est depuis très profondément installé aux Etats-Unis et Uncle Sam cherche à se rassurer. Zbigniew Brzezinski et Robert Kagan, deux influents experts en géopolitique, chacun de leur côté, publient à New York au printemps dernier, un essai pour récuser l'idée voulant que le pays a commencé son déclin.

 Après la réélection de Barack Obama, Immanuel Wallerstein, note : « Une fois encore, je tiens à rappeler que nous vivons dans un monde chaotique en pleine

transition, où des changements imprévisibles font partie de notre réalité quotidienne, y compris en matière d’allégeances politiques. »

 En 2008, Wallerstein concluait ainsi son analyse : « Je pense que la moitié du peuple américain n'acceptera pas ce qui est en train de se passer. Les conflits internes vont donc s'exacerber aux Etats-Unis, qui sont en passe de devenir le pays du monde le plus instable politiquement. Et n'oubliez pas que nous, les Américains, nous sommes tous armés... » 

 

 Saoudi Abdelaziz, 30 décembre 2012

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