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Publié par Saoudi Abdelaziz

Après l'explosion. Photo DR

Après l'explosion. Photo DR

Par Saoudi Abdelaziz, 2 mai 2013

Le 2 mai 1962 à l’aube, comme tous les habitants de la  Casbah, je fus réveillé par une puissante déflagration. « Cela se passe à la place du gouvernement » avons-nous pensé sur le coup, d'après le puissant bruit de l’explosion. On apprendra rapidement que cela s’est passé plus bas, sur le port. La voiture piégée actionnée par un commando de l’OAS visait les près de deux cents de dockers venus s’inscrire à l’embauche. Les snipers de l'OAS achèveront des blessés.

62 morts seront dénombrés et des centaines de blessés. Parmi les victimes des enfants accompagnant leurs parents dockers. Le jour suivant un désastre, sans doute plus effroyable, sera évité grâce aux pompiers, aidés de quelques pieds noirs : l’OAS avait amené sur les hauteurs qui dominent la Casbah un camion-citerne contenant plus de 12 000 litres de mazout et projetait de le rouler en notre direction et de le faire exploser.

Lycéen en rupture de ban, j’habitais la Casbah depuis quelques semaines. Avant le cessez-le-feu, les jeunes musulmans internes du lycée Bugeaud, proche de Bab El Oued, contrôlé par l'OAS avaient été transférés au lycée de Ben Aknoun, jugé plus sûr. Le 15 mars, un commando delta de l’OAS assassinait Mouloud Feraoun, Max Marchand et quatre autres inspecteurs de l’enseignement, à Chateauneuf, non loin de notre nouvelle affectation. Après les Accords d’Evian, notre présence à Ben Aknoun devenait aléatoire, malgré la présence d’une compagnie de CRS, cantonnée à côté des néfliers... Je quittais Ben Aknoun en avril 1962. Ne pouvant rejoindre Jijel du fait de difficultés familiales, j’ai obtenu un hébergement à la Casbah, grâce aux copains de la section universitaire du FLN.

La section avait ouvert les écoles et faisait appel aux jeunes lycéens pour garder, et si possible scolariser, les milliers d’enfants désoeuvrés, la plupart refugiés venant d’autres quartiers d’Alger vulnérables aux attaques de l’OAS. Contrairement à la Casbah, verrouillée par la Zone autonome. L’attentat du port d’alger confirmait la justesse de la décision de ne plus laisser les enfants traîner hors de l’enceinte de la Casbah.

Echo-Oran 06 02 1962

6 février 1962, édition spéciale de l’Echo d’Oran, avec Salan en couverture

Trois jours après le cessez-le-feu du 19 mars 1962, le général Salan, chef suprême de l’O.A.S., avait rendu public son appel à l’insurrection qui l’ordre d’« ouvrir systématiquement le feu sur les unités de gendarmerie mobile et de CRS ». Mais, l’action des commandos de l’OAS sera surtout dirigée contre les populations civiles musulmanes ou contre les Français qui acceptaient ou soutenaient les Accords d’Evian. En Algérie, on a compté 2 200 morts jusqu’à jusqu’à l’arrestation de Salan, le 20 avril 1962. Au total,  France métropolitaine comprise, l’OAS a perpétré environ 13 000 explosions au plastic, plus de 2 500 attentats individuels et 510 attentats collectifs.

Les historiens admettent généralement que c’est la  fuite en avant meurtrière des partisans de l’Algérie française, galvanisés par l’OAS, qui a conduit à une situation où, pour la majorité des Pieds noirs, l’exil est apparu inexorable.

 

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