Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Publié par Saoudi Abdelaziz

A l'occasion du Cinquantenaire de l'Indépendance

Par Saoudi Abdelaziz, 5 juillet 2012

Le programme officiel du cinquantenaire porte en réalité sur l'histoire de la guerre de libération. L’histoire de ces cinquante dernières années ? Il y aura quelques échanges conceptuels entre universitaires distingués et entre gens de bonne compagnie. Pas de bilan public. La société réelle reste à l’écart, dubitative et souvent ironique.

Les scoops

 En plus des résucées habituelles,  les médias nous donnent quand même des scoops. Dans un montage diffusé par El Watan et Le quotidien français Le Monde, le commandant Azzedine nous apprend qu’il a déserté l’Etat-major de l’ALN en Tunisie, pour protester contre les luttes pour le pouvoir à l’approche de l’indépendance. Il n’a pris la direction de la zone autonome d’Alger que pour protéger le peuple contre l’OAS.

Quand on était, comme moi, présent à la Casbah et qu’on bénéficiait des confidences d’amis jijéliens, membres des fameux commandos de la zone, on sait que la mission impartie au commandant Azzedine était de neutraliser la direction de la willaya 4, tentée par le soutien au GPRA, et de couper l’herbe sous les pieds de ce dernier dans les autres willayas.

Il s’est acquitté de sa mission avec le succès que l’on sait et continuera après l’indépendance à apporter sa contribution à la politique de l’Etat-major et de Boumediene. C’est en effet un homme-clef du système.

 Le cinquantenaire servira donc à peaufiner la légende des uns et des autres avec le souci partagé de ne pas apparaître comme étant mouillé avec le pouvoir. Cette préoccupation est dans l’air du temps.

 Mais, que s’est-il donc passé depuis le 5 juillet 1962 dans la vie réelle? Il y a un an, je posais cette question sur le blog en saluant la publication d’un ouvrage posthume de Ferhat Abbas sur les années 70. Les analyses du président Abbas méritent bien entendu d’être discutés. Cet ouvrage est, malgré tout, un témoignage rare. Pourtant il n’y a pas eu de réaction notable après la publication de son livre. 

Mohamed Harbi et les autres historiens de la guerre de libération nous ont éclairés sur la manière dont elle a été conduite.

Que s’est-il donc passé depuis la victoire sur le colonialisme?  Quels sont par exemple, les mécanismes d’élaboration de la décision et du contrôle de son application ? Contrairement à la période de la lutte de libération, les protagonistes politiques restent en général silencieux sur les dessous du pouvoir et sur leurs faits et gestes pendant les cinquante années de souveraineté nationale. De temps en temps, au gré des conjonctures politiques, nous assistons à des règlements de compte « à la marge ».

La moisson de témoignages pour écrire cette histoire vivante se résume à quelques mémoires hagiographiques peu instructives. Il ne nous reste que les fresques conceptuelles et muettes universitaires.

 Le président Bouteflika a souligné le vieillissement de ceux qui dirigent le pays. On peut alors comprendre que les historiens des temps actuels et leurs éditeurs puissent être gênés par l’épée tenu au dessus d’eux par les maîtres du pays, experts en blocages et maîtres des archives, cooptés de régime en régime depuis cinquante ans. Pas touche ! Ce qui s’est réellement passé pendant les cinquante années d’indépendance est-il voué à être occulté dans un brouillard évasif et schématique à la fois?

Les dirigeants de l’opposition, impliqués dans l’histoire de l’après-indépendance risquent d’emporter leur double-six dans la tombe, dirait Chiricahua. Entre le pouvoir et l’opposition, l’entre-nous archaïque  est une des clés du blocage de la vie politique à l’Algérienne : il n’est pas convenable de vendre la mèche.

 Les politiques sont aussi, désormais, tétanisés par la peur de la radicalité, assimilée à la violence et à la fitna, depuis la dissidence armée de 1963, puis celle de la décennie noire, et aujourd’hui l’émeute et les casseurs, complaisamment valorisés par les services du contrôle soicial. On veut que la volonté plébéienne de changement et la violence contre les biens et les personnes soient indissolublement liées dans les consciences. Le dénouement des crises doit alors venr nécessairement, non des initiatives populaires, mais de consensus élaborés en haut, entre nous.

 Et la partie recommence, la même et la pareille, disent les porteurs de dés du ray ray. L’assentiment sans rupture, à quoi sont ainsi contraintes périodiquement les forces d’opposition est le secret de la survie en boucle de la domination.

 « Le camp des seigneurs »

 L’énorme poussée plébéienne venant des grandes banlieues et des zones rurales a envahi les villes aux deux-tiers vides après l’indépendance et occupé l’espace public central citadin. Il était jusque-là réservé à la cohabitation -relativement harmonieuse- entre les Européens et les familles musulmanes.

Parmi les Musulmans, le haut du pavé des grandes et moyennes villes était occupé par les castes dominantes anciennes, qui se sont avérées incapable de résister durablement à la colonisation et qui, au tournant du 20ème,  seront intégrés de manière systémique, dans le fonctionnement de l’ordre colonial.

Dans les années 80, au temps du Chadlisme triomphant, un vieil ami jijélien, aujourd’hui décédé,  médecin au franc parlé redoutable, m’expliquait que parmi les élites du pays, les plus émergents étaient les descendants des familles de marabouts, grandes tentes, kourouglis, makhzen kabyles… Et turcoïde ironisait le sarcastique docteur  qui, lui, revendiquait une ascendance turco-tartare ! On reconnait ces élites émergentes, selon lui, à une certaine posture néo-aristocratique et à une irrésistible propension à se positionner, au pays et dans le monde, dans le «camp des seigneurs».

 Le Chadlisme a été, dans une grande mesure, l’occasion de la revanche historique de ces castes, qui avaient été éjectés du haut du pavé, durant la lutte de libération et après l’indépendance. L’infitah et la restauration néolibérale, engagée presqu’immédiatement après la mort de Boumediene, avec l’appui du néocolonialisme français, a été le moteur du tournant dans le processus d’accession de ces catégories aux commandes du pays, pénétrant et organisant le premier cercle de la présidence de Chadli. Les rejetons envahissent les secteurs économiques, les administrations et les services les plus décisifs de l’Etat algérien, y compris ceux de la puissante « communauté du renseignement ». Par différents mécanismes, nourris par leur supériorité culturelle et idéologique, ces castes se sont efforcé de phagocyter les structures du pouvoir économique et politique. Ce squat abusif de l’Etat algérien a considérablement aggravé sa coupure avec les masses populaires, qui, au fil des ans, deviendra structurelle.

Le système actuellement en vigueur en Algérie s'est structuré au cours des trente dernières années. Cette réalité vérifiée et vécue par les Algériens ordinaires, est noyée dans la recherche universitaire de causes plus lointaines. Depuis trente ans,  le lien entre le pouvoir et les besoins du peuple a été totalement inversée. Avec le mépris qui l’accompagne.

Rejetant les demandes d’amélioration du logement social, la campagne d’éradication des bidonvilles d’Alger -et de déportations de leurs habitants- engagée par Chadli fut un des signaux de la revanche des castes.

Le projet de construire une nouvelle capitale sur les hautes plaines du Titteri est venu du désir du nouvel establishment d’éloigner le centre du pouvoir de la plèbe insolente d’Alger, où jusqu’à présent le droit de manifester est prohibé.

 Cette idéologie anti-plébéienne est le ciment de l’alliance de classe qui s’est forgée dans les années 80 et qui continue d’imposer une hégémonie artificielle sur l’Algérie, se limitant, pour tout projet politique, à construire ses options de survie sur un kémalisme à l’Algérienne, fondé sur l’endiguement « laïque » et autoritaire de la souveraineté populaire, ou à l'autre versant sur un « deal démocratique » avec des islamistes bourgeois. Ces deux épigones du système seront ainsi chargés, concomitamment si nécessaire, de tenir le peuple à distance, lui interdisant de toucher à la machinerie intime de la prédation et de l'injustice sociale.

 Saoudi Abdelaziz, 5 juilllet 2012

 

Post-scriptum

 

« Pouvoir sur tout »

  Nous transmettons ce que chacun d’entre nous a pu arracher au mutisme de ce présent torride…Dire, tout dire ! Face à une technobureaucratie sous-développée, le Dire, la parole, répond à toute infidélité. La parole est tentative de prise d’un pouvoir. Pouvoir sur tout. 

Youcef Sebti (1968)

 Toi ou tard, je te le répète

Quelqu’un viendra de très loin

Et réclamera sa part de bonheur

Et vous accusera d’un malheur dont vous êtes l’auteur

Youcef Sebti (Futur)

Textes publiés par Bachir Hadj Ali dans son ouvrage « Le mal de vivre et la volonté d’être dans la jeune poésie algérienne d’expression française » (Juillet-août 1976, Revue Europe)

 

Nos vœux  demeurent

49 ans après, l’Algérie est vaccinée contre la fitna

 Saoudi Abdelaziz, 5 juillet 2011

 

L’Algérie a 49 ans. Le bel âge. Celui de la maturité. Le peuple Algérien en a vu de toutes les couleurs. Il a accumulé les expériences, il a plus que frôlé la pire catastrophe, provoquée, il a une vingtaine d’années, par la caste des tyrans apprentis sorciers, dont les stratèges les plus intelligents sont encore là à tirer les ficelles et à supputer les moyens de perpétuer l’atomisation du peuple algérien.

 Après des décennies de quadrillage par les réseaux de la tyrannie, une opinion publique majeure et clairvoyante est en train d’émerger, patiemment mais résolument.

 Nous constatons l’affirmation des catégories de la population les plus aptes à fondre leurs intérêts particuliers dans l’intérêt national : une jeunesse ambitieuse, porteuse d’aspirations et de projets modernes, une classe ouvrière luttant pour que l’Algérie ait les moyens de produire et de se développer, des salariés des services et entreprises publiques qui imposent le respect de leur dignité et refusent que les institutions soient détournées de la mission de servir le citoyen, des étudiants qui ne veulent pas être de futurs chômeurs, des femmes décidées à assumer pleinement leur existence, un peuple exigeant la santé pour tous et des moyens d’existence élémentaires.

Des politiciens sont en train de discuter pour élaborer des consensus autour des réformes politiques venues à maturité, capables d’impulser le redressement national. D’autres, et parfois ce sont les mêmes, magouillent pour revenir aux anciens clivages, pousser les Algériens à s’affronter, comme des moutons à la veille de l’Aïd. Pour perpétuer leurs position de caste, Ils tentent d’ouvrir une nouvelle période de fitna, et essaient de recréer les castings: éradicateurs contre intégristes sectaires, patriotes contre ex-terroristes, modernistes laïcs contre islamistes, Kabyles contre Arabes, gens de l’est contre gens de l’ouest. A eux d’arbitrer les bagarres : ils mettront alors tout le monde d’accord, bel Qazoul.

 Pourtant, j’ai l’impression que l’on est presque tous vacciné contre ce virus.

 Bonne fête !

 Félicitations aux dockers du port d'Oran qui obtiennent  leur 15%, après la grève !

Commenter cet article