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Publié par Saoudi Abdelaziz

Nous écrivions il y a trois ans : "Même s'il a de lointaines filiations dans l'histoire du mouvement nationale, c'est bien le 19 juin 1965 qu'un nouveau régime a été installé par l'ANP. Ce régime est fondé sur un pacte entre les deux principaux clans du pays. Pacte placé sous la protection et la surveillance des services de sécurité, sensés être le bras "politique" de l'ANP. Les clans plus les services : ce sera l'équation du système algérien. C'est ici que réside l'essence a-constitutionnel de ce système".  

Coup d'Etat du 19 juin 1965 : La nostalgie d'un remake ?

Par Saoudi Abdelaziz, 19 juin 2013

 Pourquoi les journaux font-ils semblant d'oublier le coup d'Etat militaire du 19 juin ? Pas une ligne sur l'évènement. Ces journaux se nourrissent pourtant avidement des commémorations et des polémiques qui vont avec.

Ce jour-là donc, aux aurores, des blindés prennent place aux endroits stratégiques de la capitale, sans susciter de trouble parmi les Algérois, convaincus qu'ils assistaient au tournage de la Bataille d'Alger, le film de Pontercorvo. Des unités de l'armée occupent radio et télévision, Tahar Zbiri le chef d'Etat-major embarque le président de la république élu. Un Conseil de la révolution prend le pouvoir sous la direction du ministre de la défense Houari Boumediene.

Coup d'Etat "unitaire"

Rapidement, on constatera que les auteurs du coup d'Etat viennent de deux principaux clans, celui de l'Est dit BTS et celui de l'Ouest dit clan d'Oujda. Les artisans du coup d'Etat s'efforcent d'associer les autres courants. Le libéral Ferhat Abbas et ses partisans approuvent l'action des militaires. Des personnalités, comme le futur défenseur des Droits de l'homme Ali Yahia Abdenour font partie du gouvernement constitué au lendemain du 19 juin. On baptise le coup d'Etat du terme de "redressement révolutionnaire".

C'est sans doute un modèle de coup d'Etat réussi, survenant à un moment de chute de la popularité de Ben Bella, liée à l'impasse socio-économique.

Ceux et celles qui se sont opposés activement à cette intervention anticonstitutionnelle de l'armée viennent de la gauche du FLN, des syndicats, ce sont des étudiants de l'Unea, ou des jeunes de l'organisation de jeunesse JFLN dominée alors par les jeunes "progressistes" dans la capitale et les principales villes du pays; ils viennent aussi du parti communiste, interdit trois ans plus tôt. Des manifestations de jeunes ont lieu dans de nombreuses villes;  il y a eu mort hommes à Annaba, où le général Attaïlia avait ordonné de tirer (à la tête de la 1ère région militaire, il rééditera cet ordre en octobre 1988). Des centaines d'opposants furent jetés en prison ; certains, comme le communiste Bachir Hadj Ali, furent sauvagement torturés. Mais finalement le coup d'Etat a été un succès. Pas d'effusion exagérée de sang, quelques centaines d'opposant gardés en prison juste le temps que les choses se stabilisent. Même les ministres les plus proches du président écarté ont acceptés d'être recyclés.

Le deal unitaire

Mais alors, pourquoi le rayer de l'Histoire médiatique? Peut-être veut-on cacher la tare originelle, qui permettrait de comprendre les mécanismes du système politique -encore inchangé-, né de ce "redressement". Puisant sa  filiation dans le tournant anti-Abane pris en 1957, un nouveau régime a été installé par l'ANP. Ce régime est fondé sur un pacte entre les principaux clans du pays. Pacte placé sous la protection et la surveillance de services de sécurité, sensés être le bras "politique" de l'ANP, services érigés en animateurs politiques de la nation, par extension. Cela implique des ajustements périodiques pour coller aux rapports de forces et aux évolutions, avec bien entendu les cooptations nécessaires, les contractants du deal fondateur unitaire étant de plus en plus vieillissants, avec des soubresauts comme celui du 14 décembre 1967.

Les clans plus les services : ce sera l'équation du système algérien. C'est ici que réside l'essence a-constitutionnel de ce système.

 

Le retour du refoulé

Cinquante ans après "le redressement révolutionnaire", le mécanisme de la construction a perdu son dynamisme au fil des ans. Aujourd'hui, il est hors service. Après avoir assuré des transformations nationales importantes, il n'est plus capable d'assurer la cohésion d'un pays aux composantes devenues infiniment plus complexes. La cohésion sociale nationale est  devenu ingérable dans un système inexorablement déréglé, dont seul bénéficie un capitalisme ultralibéral tout aussi déréglé qui prospère par les réseaux.

Depuis que la recherche de l'argent facile a pris le pouvoir, le dérèglement économique et social a besoin que l'Algérie maintiennent un système politique déréglé.

L'omerta sur la signification du 19 juin 1965 marque les élites qui, au fil des ans, trouveront leur place dans le nouveau système. D'autres forces politiques, alors extérieures à l'establishment, mettrons aussi un voile sur l'événement, pour des raisons dont la justesse  reste encore à élucider.  

Aujourd'hui, dans une partie de l'élites vieillissante des maîtres à penser médiatiques, le retour du refoulé s'exprime dans l'appel à un remake du 19 juin 1965, lancé au printemps 2011 par le vieux "démocrate" Ali Yahia Abdenour, un des acteur de l'opération de 1965. L'appel semble inspirer un général, d'anciens officiers du DRS qui appellent à une sorte de 19 juin soft.  Même Issad Rebrab, le patron qui doit tout au système, veut qu'on le débarrasse de Bouteflika!  Le scénario  pour un remake est-il en gestation?

 Mis en ligne le 19 juin 2013

 

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